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Séminaire international sur la Résistance africaine à l'intrusion coloniale

Séminaire international sur la Résistance africaine à l’intrusion coloniale

Le jeudi 18 Novembre 1982, le Responsable Suprême de la Révolution, Chef de l’Etat, le camarade Président Ahmed Sékou Touré, a ouvert au Palais du Peuple, le Séminaire international sur la résistance africaine à l’intrusion coloniale.

Organisé conjointement par le Parti Démocratique de Guinée et le Conseil Mondial de la Paix, en hommage à l’Almamy Samory Touré, ce Séminaire a regroupé d’éminentes personnalités venues de tous les horizons.

Et dans les pages qui suivent, nous revenons sur les temps forts de ces travaux qui ont pris fin le samedi 20 Novembre.

Allocution du camarade Damantang Camara, Président de l’APN, Secrétaire permanent du BPN, Vice-Président du CMP.

Camarade Responsable Suprême de la Révolution,

Illustres hôtes du Parti-Etat,

Camarades,

La tenue à Conakry, en terre héroïque et libre de Guinée, d’un Séminaire international en hommage à l’Almamy Samory Touré, figure illustre de la Résistance africaine au colonialisme, est un événement capital qui reflète et cristallise les exigences croissantes de la lutte des Peuples pour la liberté totale, l’indépendance et la Paix.

Cette cérémonie, qui nous réunit aujourd’hui, initiée et organisée conjointement par le Parti Démocratique de Guinée et le Conseil Mondial de la Paix revêt également une signification particulière pour notre Peuple prêt à célébrer le 12e anniversaire de l’éclatante victoire de la Révolution sur l’agression impérialiste du 22 Novembre 1970. Car elle incarne l’esprit d’une nouvelle époque, époque marquée par une ère de solidarité de plus en plus étroite entre les Peuples, où notre pays, enfin libre et souverain, assume désormais une identité culturelle et une conscience historique propres à la réhabilitation du passé de notre continent, l’Afrique.

En ce moment solennel, je ressens, non sans émotion, l’immense privilège qui m’échoit, de féliciter, au nom du Président du Conseil Mondial de la Paix, le Parti-Etat de guinée pour sa contribution de qualité à la tenue de notre Séminaire et de saluer de tout cœur le camarade Ahmed Sékou Touré, Responsable Suprême de la Révolution, qui a bien voulu nous faire bénéficier, malgré un programme de travail particulièrement chargé, de ses précieux enseignements en acceptant de prononcer l’allocution solennelle d’ouverture des présents travaux.

Camarade Responsable Suprême de la Révolution,

La lutte permanente et multiforme des Peuples africains contre la pénétration et la domination coloniales a fait surgir des héros remarquables, des personnalités exceptionnelles qui ont écrit les plus belles pages de notre Histoire.

L’Almamy Samory Touré était de ces héros là. Son œuvre exemplaire illustre la confrontation la plus aiguë, la plus complexe et la plus déterminante ayant opposé l’Afrique aux puissances coloniales. Son expérience, ses capacités de chef trempé dans les combats, son prestige d’homme politique lucide, ses qualités de stratège et d’organisateur remarquable du Peuple ont constitué partout, en Afrique, un modèle de comportement anti-colonialiste conséquent.

Pour tenir l’image de marque de la résistance et de la lutte africaine à la pénétration coloniale, les historiens et les idéologues de l’impérialisme ont tenté, mais en vain, de falsifier la vérité historique et de s’attaquer à l’idéal qu’a toujours défendu l’Almamy Samory Touré.

En fait, la lutte de l’Almamy est la même lutte que les Peuples africains, dans des contextes souvent différents, ont mené partout contre la pénétration coloniale. Mais, nulle part, l’impérialisme n’est arrivé à occuper un territoire, sans avoir affronté une résistance tenace des Peuples, soit dans une confrontation militaire, soit dans une lutte à caractère idéologique, culturel, politique ou social.

C’est pourquoi, l’hommage à l’Almamy Samory Touré doit être également perçu comme un hommage à la Résistance africaine au colonialisme dans ses multiples formes d’expression. Cette idée se retrouve en filigrane dans ces lignes célèbres écrites par le Secrétaire Général du PDG au lendemain de l’indépendance nationale : « Pour les sociétés, il n’est pas d’autre voie ouverte à leur personnalité humaine que la voie de l’histoire. C’est par elle que s’affirme et se manifeste cette personnalité, c’est en elle qu’elle se développe et progresse. C’est elle qui unissait naguère le Tékrour, le Manding et le Sonrhaï, c’est elle qui établit cette glorieuse filiation entre Fodé Kaba et Baram Bakié, Ba Bemba et Samory, Béhanzin et Bandiougou Diara ».

Toutes ces figures historiques ont fourni des raisons suffisantes d’avoir confiance aux Peuples africains et de lutter à ses côtés. Leur combat a grandement contribué à l’accélération de notre histoire. Aujourd’hui encore, s’inspirant de leurs nobles idéaux, en Namibie, en Afrique du Sud, une liste interminable de héros, de combattants, continue de tomber dans la tranchée de la lutte anti-impérialite. Un peu partout dans le monde, des Peuples continuent de payer un lourd tribut de sacrifices, de sang et de vie humaine pour obtenir, défendre et préserver la liberté, l’indépendance et faire avancer la Révolution. Ces Peuples réclament un nouvel ordre international plus juste, luttent pour le désarmement, contre la course aux armements et pour le développement.

Nous tenons ce Séminaire à un moment où le problème de la paix se pose à l’humanité, en termes graves d’être ou de ne plus exister. Nous le savons tous malheureusement que notre planète est devenue une véritable poudrière dont la charge est à même de détruire toute forme de vie. Des sommes faramineuses sont englouties chaque année – on parle de plus de 500 milliards de dollars par an – dans la conception et la fabrication d’armes de destruction. La survie de l’espèce humaine ne tient plus qu’au bout d’un fil, et la paix est sujette au fragile équilibre dite de la terreur.

La course effrénée aux armements est la survivance de l’esprit d’hégémonie qui a toujours conduit des hommes à vouloir asservir d’autres hommes. Mais, l’histoire ne s’est jamais démentie. Aucun Peuple n’a accepté et n’acceptera jamais d’être esclave d’un autre Peuple, quels que soient les moyens techniques dont celui-ci disposerait, car toute attaque entraîne instantanément la riposte.

Camarade Responsable Suprême de la Révolution,

L’hommage à l’Almamy Samory Touré, est aussi un hommage rendu aux Peuples qui luttent pour la paix, la liberté et le développement.

Pour toutes ces raisons, nul mieux que le Responsable Suprême de la Révolution, digne continuateur des précieuses traditions de lutte, d’abnégation et de courage de notre Peuple, membre fondateur du Mouvement Mondial de la Paix, combattant émérite pour les causes justes et le progrès démocratique dans le monde, n’est plus indiqué pour prononcer l’allocution d’ouverture de ce Séminaire international, en hommage à l’Almamy Samory Touré.

Je voudrais donc, pour terminer, prier le Responsable Suprême de la Révolution, le camarade Ahmed Sékou Touré, de bien vouloir prendre la parole et procéder à l’ouverture solennelle de notre Séminaire.

Prêt pour la Révolution !

Discours d’ouverture du Chef de l’Etat

L’Afrique, tout comme les autres continents du monde, a une histoire propre, histoire tissée de faits ayant caractérisé, à travers les temps et sur son espace, le comportement constamment dynamique de ses fils et filles, et des Peuples qui s’y sont constitués pour pérenniser la vie humaine en valorisant la nature.

L’anthropologie moderne a établi que l’Afrique est le berceau de l’espèce humaine. L’Afrique est donc le continent à avoir vu des hommes organiser leur vie d’homme, conquérir leur survie qui est la première forme de résistance à toute destruction ou extinction de l’espèce, à l’instant même où ils ouvraient un regard d’homme sur la nature.

Nos chercheurs devraient s’attarder sur ce point qui nous paraît capital, car comment ne pas admettre qu’une tradition de résistance plusieurs fois millénaire des hommes d’Afrique n’ait pu peser dans la lutte qu’ils ont eu à mener jusque dans les temps modernes ? Comment ne pas voir que ces Peuples d’Afrique étaient prédisposés, grâce à leur étonnante capacité de résistance à tout arbitraire, à toute forme d’agression ou d’oppression, acquise à travers les âges, à survivre aussi à deux des plus graves et tragiques violences de l’histoire : la traite des Noirs et le fait colonial ?

C’est dire que les Peuples d’Afrique, tout comme les autres Peuples, firent suffisamment montre de vitalité et de génie créateur. Ils ont édifié des sociétés viables, lesquelles, au cours d’un long processus historique, par approches successives tantôt conflictuelles, voire brutales et sanglantes, tantôt à travers des alliances pacifiques, se sont fondues en collectivités claniques, tribales, nationales.

Les Peuples d’Afrique, nos Peuples, ont usé de leur intelligence et de toutes leurs facultés physiques et morales pour agir sans cesse et efficacement sur la nature qu’ils ont continuellement transformée en vue de satisfaire leurs besoins et d’améliorer sans cesse les conditions de leur existence.

Nos Peuples, tout comme les autres Peuples, ont donc assuré, de façon autonome, leur vie matérielle, leur vie sociale, culturelle, spirituelle. Ils ont créé les moyens intellectuels et mis en œuvre des pratiques de communications : communication des idées, communication des moyens. Ils ont créé des langues de culture, fait des œuvres, des ouvrages d’art, des échanges économiques, créé et utilisé la technique et la technologie appropriées à leurs activités et à leurs moyens de production. Ils ont déterminé et organisé le mode de comportement, la discipline interne à chaque société, avec la hiérarchie des valeurs fondant cette société, l’éthique et l’esthétique. Ils ont édifié des infrastructures matérielles, élaboré les règles régissant le comportement des hommes, bref, le mode d’existence en commun des hommes, les règles de justice en vue d’assurer la sécurité et l’harmonie sociale. Ces règles d’administration des biens collectifs de la famille, du clan, de la tribu ou de la Nation, ces normes de comportement ou de conduite sont des caractéristiques évidentes de l’existence d’une conscience africaine, d’une culture africaine, d’une civilisation africaine.

Les Peuples d’Afrique, au cours de nombreux millénaires, ont donc évolué dans un cadre d’indépendance totale par rapport aux Peuples habitant d’autres continents, lesquels ont, eux aussi, par leur action propre, réalisé leurs sociétés, développé leur patrimoine matériel et immatériel.

Pour avoir réalisé à un moment de leur histoire, des conquêtes scientifiques et techniques plus avancées dans un certain nombre de domaines dont celui de la destruction, des Nations d’autres continents ont pu imposer aux Nations africaines leur influence, d’abord par des contacts que permirent la pratique naissante de la navigation, celle du commerce de troc, et ensuite par la domination, en raison justement, de la supériorité de la force matérielle dont disposaient les envahisseurs européens.

L’Afrique pré-coloniale, qui connaissaît une évolution verticale et qui exerçait sa souveraineté sur ses propres affaires, a eu à subir la volonté des puissances étrangères qui se sont imposées par la force matérielle en piétinant les droits légitimes de nos Peuples à vivre libres et dignes sur le sol de leur continent. Mais, pour avoir pu vivre une vie sans référence à des valeurs externes, pour avoir organisé son existence sur des bases qui lui sont propres, durant des millénaires, l’Afrique ne pouvait pas s’agenouiller devant des illusionnistes. Elle ne pouvait que recourir aux ressources qui lui ont permis de faire son histoire au lieu de baisser les armes devant les envahisseurs mus par l’instinct de gain. Ainsi, c’est la volonté d’être l’expression authentique de soi-même qui donna lieu, dans tous les pays africains, à la résistance au fait colonial, c’est-à-dire à l’opposition consciemment résolue à toute domination étrangère.

Parler de la Résistance africaine, c’est situer le comportement résolu de nos Peuples face à toute atteinte à leur personnalité, à toute violence perpétrée contre leur souveraineté, et à toute pratique tendant à rendre l’africain irresponsable et indigne dans son existence.

Parler de la Résistance africaine, c’est également camper les Peuples d’Afrique dans leur combat en vue d’assumer pleinement leur propre identité et d’assumer la sauvegarde et le développement continu de leur patrimoine, de tout leur patrimoine, matériel et immatériel.

Parler de la Résistance africaine, c’est enfin faire prendre en charge par nos Peuples la légitimité des aspirations de nos Peuples à exercer efficacement leurs responsabilités historiques et celle de leur volonté d’être et de devenir en fonction de leur choix exclusif.

La Résistance à l’oppression est la concrétisation de la volonté d’un Peuple d’exercer, par tous les moyens, son droit imprescriptible à l’insurrection contre l’arbitraire, la tyrannie, la servitude et la misère.

C’est dire que toutes les époques historiques ont connu ce drame et le connaîtront encore tant qu’une puissance, un système de force ou un groupe d’hommes s’arrogera le droit d’imposer sa loi, au sein d’une société nationale consciente et responsable ou sur tout un Peuple conscient et résolu à défendre sa souveraineté et sa dignité.

Tout pouvoir, qui viole le droit de l’homme et du Peuple à vivre dans la dignité, est une usurpation, car jamais un Peuple ne se défait consciemment de cette faculté ou de cette force qu’il est le seul à posséder : la force de garantir la pérennité de son système social et politique en le revêtant du sceau de sa légitimité et de sa légalité.

En parlant de la Résistance africaine, loin de nous l’idée d’enlever son caractère universel à un phénomène, en en limitant géographiquement ses manifestations. Mais, nous estimons que dans le cas de l’Afrique, la résistance a pris un caractère qui la singularise sous plusieurs aspects dont le principal est la soumission violente de ses populations aux pratiques les plus abjectes de l’histoire de l’homme : d’abord, la traite faisant de l’homme noir une matière première, le « bois d’ébène », un simple objet de commerce, et son aboutissement historique : le dépeuplement de l’Afrique qui a perdu quelque deux tiers de sa population active ; ensuite, la domination étrangère sur le continent même, et dont la finalité était la perte totale d’identité, l’anéantissement de toute volonté de sursaut contre l’indignité, et ce, à l’échelle de tout un continent.

Il se trouve que les partisans de cette exécution en règle de l’homme d’Afrique n’ont jamais le privilège de comprendre que l’une des caractéristiques de l’histoire est de sanctionner le contenu des actions humaines, de les faire juger selon l’essence de leur impact sur l’existence de l’homme et de la société.

L’Europe s’est aventurée dans la colonisation selon un processus qui frappe inéluctablement toute civilisation qui se développe verticalement en faisant fi de la juste nécessité d’associer horizontalement de larges couches sociales au partage de la richesse créée pourtant en commun. Et plus une telle éthique se systématise dans le développement global, plus des privilèges artificiels se font naturels dans les esprits : complexe de supériorité ; habileté dans la légitimation de l’arbitraire, mépris d’autres Peuples, débordement hors des territoires pour soumettre ces derniers à l’exploitation, a l’hégémonie, c’est ainsi que l’oppression, aboutit à la déshumanisation du colonisateur, de l’exploiteur, tout comme à la déshumanisation de l’opprimé.

Certains en sont encore à parler des effets stimulants de la colonisation pour des populations, colonisation qui, aux yeux d’un éminent homme du milieu du 19e siècle, est parée de toutes les vertus. « Son pays, écrit-il, est en train de composer un poème magnifique qui a pour titre : « La colonisation de l’Afrique ». (Son pays) « a recours à la guerre…uniquement dans la mesure où elle est nécessaire à la civilisation, poursuit-il. Ce qui rassure (son pays), c’est de savoir qu’il porte dans sa main la lumière et la liberté ;(son pays) sait que, pour un Peuple sauvage, être occupé…, c’est commencer à être libre ; que pour une cité de barbares, être brutalisés,…, c’est le début des lumières. Que (pour son pays) faire la guerre, envahir les territoires, bombarder les fortifications n’est pas important s’(il) fait taire ses fusils avec des livres ».

Mesdames et Messiers,

Chers Frères,

Vous avez entendu « lumière et liberté » pour un « Peuple sauvage », incendie de « cité de barbares », comme « début des lumières », envahissement de « territoires », mariage « des fusils et des livres » !

Alors, vous conviendrez avec nous, qu’il est significatif que la tenue de ce Séminaire sur la Résistance africaine coïncide avec le 13e Festival National des Arts et de la Culture en Guinée. C’est que la résistance à la subjugation est aussi une manifestation culturelle et qu’un tel traitement de la condition humaine ne peut que déclencher une résistance d’autant plus farouche qu’il concerne les hommes conscients du fait que leurs Peuples n’ont jamais été privés de liberté des siècles durant, Peuples allant jusqu’à ignorer l’existence de civilisation d’envahisseurs !

Nous disons, depuis près de 15 ans, que l’histoire nous enseigne assez clairement que tout élément de progrès, qu’il soit technique, scientifique, social ou culturel, n’a de réelle valeur humaine que si son influence sert à l’ensemble de la société universelle et constitue un moyen honnête d’évolution. Mais, « les fusils et les livres » dont nous venons de parler étaient identiques aux premiers Wharfs de Gorée, des Iles de Loos de Conakry, des débarcadères de Boké, de Benty, de Dubréka, de Bassam, de El Mina édifiés pour faciliter la traite des esclaves et qui appelaient nécessairement à l’exercice du droit à la résistance à l’humiliation, à la domination étrangère, à l’oppression et à l’indignité !

Dans le but de bâtir leur empire sur les ruines des Peuples africains, les colonisateurs ont eu recours à l’occupation militaire de vastes territoires sous tutelle absolue de la « métropole ». Régenter sans partage le monde fut et demeure encore le propre d’un système étouffant et étouffé par son propre développement vertical, un système qui, à travers ses capitaux qu’il exporte, institue un monopole qui se veut planétaire, en vue de se procurer des surprofits au mépris de la liberté des autres, sinon de leur existence pure et simple.

A ce système d’oppression et d’exploitation sans borne des Peuples et des hommes, à ce pillage systématique de leurs territoires, au vol organisé de leurs biens pour disposer d’un marché facile et gratuit, les Africains ne pouvaient opposer que la résistance sous toutes ses formes.

Pour les besoins de la cause, pour se donner bonne conscience, les envahisseurs ne tarirent guère en qualificatifs méprisants prétendant salir la crédibilité des héros dont nous parlons légitimement aujourd’hui, légitimement, car, comme on le dit, pour savoir où l’on va, il faut savoir d’où l’on vient. La mémoire des Peuples est une source inépuisable d’expériences et de courage pour affronter avec succès l’avenir et ses problèmes complexes. Mais, écoutons un peu quelques-uns de leurs propos les plus courtois :

Abdel Kader d’Algérie ?

« Berbère insolent et têtu » !

El Hadj Oumar Tall ?

« Marabout fanatique et turbulent » !

Béhanzin du Dahomey ?

« Un barbare buveur de sang humain » !

Le Mahdi du Soudan ?

Jeu de mot sur son nom : « mad mawla, le Chef enragé » !

Almamy Samory Touré ?

« Roitelet sanguinaire et vendeur d’esclaves » !

Et nous en passons en fait d’injures ordurières et d’étiquettes collées à nos Résistants par ceux qui, avec cynisme, avaient dépecé l’Afrique comme un gibier à la triste Conférence de Berlin en 1884-1885. Mais, nos héros de la résistance à l’occupation coloniale ne pouvaient être injuriés que par les âmes viles. A un moment opportun de l’histoire, ils se sont donné la volonté et le courage de dire catégoriquement non au diktat de l’étranger, non à l’opprobre, non au carcan de l’esclavage, non à la soumission à un ordre immonde !

Et pour affirmer sa volonté de n’accepter aucun comportement avec les ennemis de son Peuple, l’Almamy Samory Touré avait eu raison de dire, comme le rapporte l’un de nos historiens, nous le citons : « Quand un homme ne veut pas, il dit non catégoriquement et sans équivoque ».

Un recul suffisant dans le passé pour en cerner les mobiles politiques, les motivations idéologiques et les ressorts moraux qui ont mû des hommes dans le sentier de la lutte à outrance pour la dignité et la liberté, permet une aperception solide de la complexité inévitable des questions de l’avenir.

L’Almamy Samory Touré, dont l’Empire est l’un des sous thèmes du présent Séminaire international sur la Résistance africaine à l’intrusion coloniale, l’Almamy Samory Touré, disons-nous, fut l’un des plus grands Résistants à l’invasion coloniale française en Afrique.

Il commença sa vie dans le commerce de produits végétaux et du bétail, dans le cadre d’une tradition familiale, son père ayant exercé les mêmes activités. C’est la capture de sa mère bien aimée par les troupes des Cissé, qui incita cet homme à s’enrôler dans les mêmes troupes pour obtenir la libération de sa mère.

Il fit montre de qualités militaires exceptionnelles, de courage indomptable et de ferme détermination dans le combat, et devint ainsi progressivement influent. Incarnant de nobles aspirations à l’unité politique des villages de sa tribu, il constitue une troupe autonome pour se doter d’un domaine qu’il agrandit au fur et à mesure de ses conquêtes. Il était un diplomate averti, un véritable stratège habile dont le coup d’œil sur le contexte environnant lui permettait de prendre immédiatement les décisions les plus justes.

Il contracta plusieurs alliances avec les Chefs de la contrée mandingue et arriva à regrouper autour de lui les populations des Régions actuelles de Beyla, Kérouané, Kankan, Mandiana, Siguiri, Kouroussa, Faranah, etc.

Très grand organisateur, il sut insuffler la discipline à ses troupes et mit sur pied une administration judicieuse et une parfaite organisation de son territoire.

Il appliqua savamment la méthode de la décentralisation dans cette administration, décentralisation associée à la concentration du pouvoir, notamment, militaire, judiciaire, religieux et éducatif, car son but était avant tout de créer une Nation homogène, puissante et soumise à la morale de l’Islam, religion qu’il pratiquait et à l’expansion de laquelle il oeuvrait. Mais voilà qu’en pleine œuvre de construction nationale, les troupes françaises d’invasion, parties du Sénégal, avançaient en direction du Niger avec l’intention de soumettre à l’autorité de la France, la sous-région mandingue. Au même moment, des troupes britanniques faisaient la conquête du Sud de la Sierra-Léone et établissaient des Comptoirs anglais.

Pendant 18 ans, 1881 à 1898, l’Empire samorien eut à affronter des attaques violentes et permanentes de la part des troupes françaises. L’Almamy Samory Touré a dû recourir dans le cadre de la résistance à toute colonisation étrangère, à une grande mobilité de ses troupes et à la guérilla. Il refusa obstinément toute abdication malgré la supériorité des armes meurtrières utilisées par l’ennemi.

C’est à la suite d’une trahison et par surprise que, le 29 septembre 1898, il fut arrêté et déporté au Gabon avec son fils Sarankémory Touré.

L’Almamy Samory Touré, dont votre Séminaire va camper la personnalité, magnifier l’œuvre d’unification des populations mandingues et rendre hommage au courage, à l’intelligence, à la détermination patriotique et aux hautes qualités de dirigeant de masses et de Chef d’Armée, fut un homme dont le prestige couvrit tout le continent africain, à tel point que ses ennemis jurés ont été amenés à dire et à écrire de lui, « qu’il fut de tous les Souverains africains, Rois, Empereurs et Chefs, le plus courageux et le plus déterminé dans la défense de sa Patrie. »

Tels sont quelques-uns des traits de caractère marquant l’Almamy Samory Touré, celui que certains colonialistes ont osé salir de leur venin. Ce qui est vrai, c’est que toute résistance était considérée comme un crime de lèse-civilisation.

Ce qui est également vrai, c’est qu’ils sont légions, les Résistants à la subjugation coloniale. Ce qui est vrai, c’est qu’il n’y a pas eu un seul mètre carré de nos terres qui fut occupé sans résistance.

Nous venons de parler de l’Almamy Samory Touré, mais comment résister à la tentation d’évoquer le souvenir de quelques autres de nos prestigieux Résistants ?

Sans quitter la Guinée, comment ne pas associer à la lutte exemplaire menée par l’Almamy Samory Touré, celle menée par Alpha Yaya Diallo, mort en exil en Mauritanie, qui assurait la défense de la zone Nord-Ouest de la Guinée, celles conduites par les vaillantes troupes de Bokar Biro Barry, Zébéla Togba, Dina Salifou, du Waliou de Gomba, Kissi Kaba, Bakary Touré, mort en exil à Madagascar, la Reine Gnara Belly, qui furent tous de la catégorie de ces hommes qui acceptèrent de faire face à toutes les épreuves pour que leurs noms ne fussent jamais à la capitulation ?

Mais, sortons un moment de la Guinée. Partout, c’était la lutte : un des Résistants illustres à la domination coloniale a été le Chef religieux sénégalais Cheik Amadou Bamba (1850 – 1927).

Cheik Amadou Bamba, sur le plan spirituel, a été l’un des grands chefs des populations musulmanes du Sénégal. Il fut le fondateur du Mouvement religieux qui s’appelle le Mouridisme. Cheik Amadou Bamba dispensa une éducation musulmane et enseigna la morale islamique dans son double fondement individuel et social : le travail comme obligation de l’homme, la justice comme base de l’harmonie sociale, la tolérance, la bienséance et la générosité comme qualités du fidèle religieux, furent la base privilégiée de l’éducation populaire qu’il diffusa sans restriction. Ce fervent musulman, considéré par l’administration coloniale comme un danger pour sa pérennité, fut arrêté arbitrairement et déporté au Gabon où il trouva celui qu’il considéra à juste titre comme son ami, son compagnon de route et avec lequel il partagea la lourde mission d’islamisation dans la sous – région occidentale de notre continent, l’Almamy Samory Touré.

Le destin l’amena à assister à la disparition physique de ce grand ami et c’est lui qui dirigea la prière sur son corps avant son inhumation dans la terre de l’Ile N’Jolé.

Cheik Amadou Bamba, cet ascète musulman, y fut, lui aussi, coupé de son Peuple et du monde pendant un exil qui dura 7 ans, 7 mois et 7 jours. Libéré en 1902, après la mort de l’Almamy Samory Touré, il revient au Sénégal. Les autorités coloniales commandant le Cercle de Thiès, tentèrent vainement d’obtenir de lui le renoncement à ses activités religieuses et essayèrent, par de fausses accusations « d’enlèvements d’enfants », de remettre la main sur lui. La grande popularité de ce Saint Homme qui incarnait le martyr de l’Islam obligea le pouvoir colonial à renoncer à cette tentative de crime et à l’entourer de respect et de considération pour éviter le soulèvement des populations sénégalaises.

La résistance du Peuple sénégalais à l’intrusion coloniale fut, en fait, incarnée par plusieurs grandes figures, ceci en raison du fait que le Sénégal, sur la façade atlantique ouest-africaine, a servi de point de départ des troupes coloniales françaises vers l’Hinterland africain. Il faut mentionner ici les glorieuses pages écrites, au prix de leur sang, par les Résistants comme Lat Dior Diop (1842 – 1886) qui se comparait lui-même à un arc qu’on ne cesse de ployer sans le rompre. C’était un preu, un homme libre qui aimait à dire : « je veux vivre digne et généreux ». Avisé, Lat Dior comprit bien les préoccupations économiques des envahisseurs : la voie ferrée Dakar-Saint Louis était pour lui le chemin de transport des troupes ennemies. C’est malgré sa volonté que les Français le construisirent.

A côté de lui, il y a Lamine Dramé, Albouri N’Diaye, qui ont tenu la draguée haute aux envahisseurs français.

A l’heure où des divisions nous guettent, songeons un peu à la valeur des alliances que Lat Dior et Albouri N’Diaye tissèrent pour les besoins de la défense de leur sol :

Lat-Dior-Ahmadou Sékou, Lat-Dior-Albouri ;

Albouri-Ahmadou Sékou.

Au Mali, ce fut Ba Bemba qui s’opposa aux Français. Et quand l’artillerie française eut raison de sa forteresse de Sikasso, il préféra se suicider plutôt que de se rendre. C’était le 1er Mai 1898.

En Sierra-Léone, La Reine Mama Yoko a écrit pour la postérité une page vibrante de vaillance dans sa farouche résistance aux troupes d’invasion britanniques.

En Haute Volta, le vaillant Naba Wogbo 1er affronta la colonne des Lieutenants Voulet et Chanoine le 1er Septembre 1896.

Au « Dahomey », c’était Béhanzin qui dans l’adversité, dans l’infortune des armes contre les troupes coloniales françaises incomparablement mieux équipées, disait déjà : « la défaite n’est, dans l’histoire, qu’un insuccès si le courage dans le combat lègue aux continuateurs la détermination de poursuivre la lutte jusqu’à la victoire ».

« …Il faut préserver la vie de ceux qui restent, car, nous savons qu’après des générations, qu’après des temps de soumission, d’humiliation et d’oubli, le pays sera rétabli, debout, parce que les hommes auront tenu à l’abri ce qui doit l’être ».

En Tunisie, Aly Pacha (1740 -1756) et Hamouda Bey (1782 – 1814) ont fait preuve de détermination farouche dans la défense de leur Patrie.

Comme on le voit, au vrai, nos Peuples n’ont jamais accepté la subjugation. En Afrique Centrale, le Royaume du Kongo qui s’étendait de part et d’autre du fleuve Congo et qui regroupait les Républiques actuelles du Zaïre, du Congo et de l’Angola, illustre ce fait.

L’opposition aux troupes d’invasion coloniales européennes va s’y manifester, non seulement dans les « Sociétés secrètes », à caractère laïc ou non, mais encore dans de grands Mouvements religieux constitués à partir de missions chrétiennes ou calquées sur elles : les Mouvements messianiques. On y assista à des réactions totales aux conditions politiques, à la nature inégale des rapports sociaux et à une action missionnaire qui se compromettait avec le dessein colonial. Ces Mouvements, essentiellement politiques, traduisaient également le besoin alors ressenti par les Africains de se doter d’une religion qui leur est propre. Nous pouvons citer : Anna N’Zingha (1622-1663), Chimpa Vila Alias Dona Béatrice (1702), Simon Kibangu (1889-1951), Matsina (1889-1942).

Où que nous tournions en Afrique, c’est d’illustres figures de Résistants que nous rencontrons.

Au Tanganyka, la résistance à l’intrusion allemande fut dirigée par M’Kwawa (1891-1898). Se sentant à bout de force, il se donna la mort, la préférant à la servitude.

Au Ghana, le symbole de la résistance à la pénétration coloniale fut la Reine Yaa Asantéwa. Elle fut exilée aux Seychelles avec toute sa famille.

Au Soudan, Mohamed Ahmed Abdallah s’est révélé comme un Saint Homme qui annonça, pour mettre fin aux injustices et aux exactions européennes, qu’il était le Mahdi attendu à la fin des temps pour instaurer le règne de la justice. Il engagea, dès lors, la lutte de libération de son pays contre le joug européen. Son éclatante victoire de 1881 électrisa les masses populaires et grossit rapidement ses forces. Mohamed Ahmed Abdallah passa à l’offensive et brisa les troupes allemandes, anglaises et italiennes. Bientôt, une sainte alliance colonialiste naquit pour mettre fin à cette flambée d’exploits patriotiques qui menaçaient profondément, dans toute la sous-région, les intérêts européens conjugués.

A la même époque, en Ethiopie voisine, Ménélik II (1889-1913), considéré à juste titre comme une des plus grandes figures du XIXe siècle africain, avait profondément compris le cours de l’histoire. Il pensait tout en terme de progrès pour l’Ethiopie. Il est le père de la modernisation du plus vieux Royaume du continent. Il abolit l’esclavage, décida l’enseignement obligatoire. Mais surtout, il mena une rude lutte de résistance avec une troupe forte de 70 000 hommes, puissamment armés, et frémissants de patriotisme contre les troupes d’intrusion coloniales de trois puissances européennes : l’Italie, l’Angleterre et la France. Il affirmait, mû par une volonté ferme : « Je ne regarderai pas, les bras croisés, les puissances arrivées d’Outre Mer avec l’intention de partager l’Afrique ». Il infligera une cuisante défaite aux Italiens à Adoua. Cette victoire de Ménélik II retentit en Europe comme un coup de tonnerre dans un ciel serein et plaça l’Ethiopie sur la carte internationale.

Si, de l’Ethiopie de Ménélik II, nous sautons au Nigeria, nous y verrons que bien avant Ménélik II, Ousmane Dan Fodio (1754-1817) honorait l’Afrique par sa terrible résistance au colonialisme anglais, et aussi, parce que cet éminent savant fut également un Saint dans le rite Malékite. Grâce à sa piété et à son prestige personnel, Ousmane Dan Fodio entreprit de fonder un pouvoir juste et éclairé, basé sur les préceptes du Sant-Coran. L’empire supratribal qu’il ambitionnait de créer, il y eût réussi, n’eût été la farouche apposition des autorités coloniales anglaises : déjà, l’Unité africaine, l’Union des Peuples d’Afrique, était considérée par les puissances coloniales comme le danger suprême.

Mesdames et Messiers,

Camarades,

Nous devons résister à la tentation de citer tous les Résistants africains qui se pressent dans notre mémoire :

- Abd-El Kader en Algérie

- Abd-El Krim dans le Rif et Mohamed V, tous au Maroc

- La Reine Ranavalona III, à Madagascar

- Chaka du Royaume Zoulou !

Non, nous ne pouvons pas vous les citer tous, vous qui faites notre fierté et nous donnez le courage de continuer.

Mais, nous devons toujours nous souvenir. Nous devons nous souvenir, non pour pleurer nos glorieux Résistants, non pour gémir, car les Révolutionnaires ne pleurent pas leur héros tombés sur le champ de l’immortalité. Ils ne se contentent pas non plus de les venger. Les Révolutionnaires agissent en continuateurs des héros tombés.

Nous sommes, nous voulons être et demeurer leurs continuateurs.

Ils ont résisté à la subjugation coloniale, convaincus à juste titre qu’ils étaient que sans la souveraineté de la Nation, rien n’est possible, que sans la responsabilité de l’homme et du Peuple que seule la liberté fonde, l’on ne construit rien qui vaille, que sans la dignité qui ne fleurit que sur le terrain d’une pensée libre, il n’y a aucune place à l’authenticité.

Et c’est parce que les Peuples d’Afrique ont compris ce message de nos illustres Résistants africains, qu’ils se sont constitués en Mouvements permanents de libération permanente, d’abord pour arracher la souveraineté ravie, ensuite pour se laver de toutes les souillures, se débarrasser de toutes les séquelles de la domination et de l’oppression et s’engager dans la voie de l’Unité du continent et du développement socio-culturel et économique, puissant à la fois dans le passé pré-colonial, dans l’amère expérience conquise au creux des souffrances endurées au cours de la nuit coloniale, ainsi que dans les connaissances maîtrisées à travers la fréquentation des autres.

Nous devons suivre l’exemple des Résistants africains qui, aux périodes historiques où l’exercice du pouvoir, obéissant aux lois objectives de l’évolution sociale, est tribal ou féodal, donc fortement personnalisé, ont pu se défaire de toutes les subjectivités singulières aveuglantes de ce type de pouvoir pour épouser la cause de leurs Peuples, s’identifier à eux au prix de leur vie. Nos Résistants ont réussi à insérer, dans le combat de leurs Peuples, leur équation personnelle et à réaliser ainsi, pour et dans la lutte de résistance, une totale démocratie de combat.

Quand le rêve dont se nourrissent les acteurs du passé est l’avènement d’un monde de responsabilité pour chaque homme dans la prise en charge du devenir commun, le passé ne saurait être caduc, ses lignes de forces deviennent permanentes dans le temps tant que l’objet du rêve n’est pas matérialisé dans le réel.

En effet, les Résistants africains, comme tous les autres Résistants, avaient non seulement repéré dans le feu de l’action cet objet, à savoir la liberté, mais aussi ils ont eu la conscience nette de la nécessité de la reconquérir. Cette conscience pouvait manquer, mais il n’en a pas été ainsi et c’est pourquoi notre lutte actuelle est la poursuite de leur lutte.

C’est dire qu’ici, il n’est pas question de rupture entre le présent et le futur que nous ambitionnons, mais de matérialisation du projet du passé.

Nous pouvons affirmer que notre action de lutte pour l’avènement d’une Afrique complètement désaliénée n’est pas nouvelle. Nous pouvons affirmer que nous n’avons pas déclenché, nous les vivants, une action inédite, mais que nous nous sommes attelés, et nous devons le faire, à la recherche des voies et moyens de la concrétisation d’une tâche, d’un programme du passé d’une manière consciente : instaurer l’ordre de la dignité humaine.

L’Afrique, nous l’avons dit, est un continent où des valeurs humaines inestimables existent, ne cédant en rien aux valeurs auxquelles, dans les autres continents du monde, les Peuples restent profondément attachés. Cependant, on a taxé l’Afrique de continent « des sauvages », de continent « des incultes ». Ces injures, ces contre – vérités, n’étaient avancées, propagées que pour justifier une avidité rapace à accaparer les biens d’un continent pacifique qui n’a jamais tenté de développer son autorité, ni de la répandre en dehors de ses propres frontières ; mais qui a toujours su faire efficacement face aux contradictions internes qui naissent et se développent dans toute entité sociale. Nous ne voulons pas idéaliser l’Afrique, nous ne sommes pas des idéalistes !

Nous ne voulons pas non plus, il s’en faut de beaucoup nous replier sur nous-mêmes, car nous savons que l’interdépendance, les apports réciproques, fondent aujourd’hui les bases des rapports de Peuple à Peuple, de pays à pays, de continent. Mais, nous voulons, et c’est là le rôle des historiens, particulièrement des historiens africains, rétablir la vérité historique. C’est là un programme, mais une exigence aussi.

L’Afrique, nous l’avons dit, n’a jamais accepté la domination étrangère, la soumission et l’indignité. Elle a toujours fait preuve de courage dans son combat quotidien contre la nature hostile. Elle a toujours su créer et entretenir un mode de vie spécifique, adapté au milieu qu’elle tente d’ajuster constamment aux exigences permanentes de sa vie.

Mais toute harmonie est vite rompue dès qu’un élément étranger s’infiltre. L’intrusion coloniale, quoi qu’on dise, reste l’élément qui a essentiellement perturbé la vie africaine, l’évolution africaine.

L’Afrique, nous l’avons dit, n’a jamais accepté l’assujettissement. C’est pourquoi, bien que momentanément battue par la force en raison de la supériorité technique de l’ennemi, elle ne s’est jamais considérée comme vaincue. Elle avait certes perdu une bataille, celle des armes matérielles, des fusils et des canons, mais elle était assurée de gagner la guerre, celle de l’histoire qui, comme nous aimons à le dire, n’est pas une course de vitesse, mais bien une course de fond qui ne se mesure pas à la vie d’un homme, mais bien à celle des Peuples qui demeurent. L’Histoire est bien cette échelle-là et pas à une autre.

Et, parce qu’elle ne s’est jamais considérée comme vaincue, l’Afrique, ayant foi en ses valeurs pérennes et en l’avenir radieux qui les attend, a préféré, pendant l’éclipse coloniale, se réfugier dans ses valeurs impérissables. Le cocon qui renfermait, intactes, nos valeurs de culture et de civilisation devait s’ouvrir à l’Afrique et au monde pour livrer un message de fraternité et de paix, un message de solidarité.

Réinstallée dans sa dignité, ayant recouvré sa personnalité et son identité, l’Afrique entend les sauvegarder et les consolider, tout en contribuant de façon positive au progrès général de l’humanité.

La Résistance africaine à la pénétration coloniale ! C’est là un fait que l’histoire atteste.

Voici encore le Rif, symbole de la lutte pour l’indépendance. Le Général Lyautey, l’homme des Banques, se livre à des provocations, car ce Rif était tout simplement riche en minerais.

Finalement en 1924, le Rif est encerclé, ses habitants victimes de la famine organisée. Abd-El Krim organise la lutte avec une hardiesse et une intelligence remarquables.

« Nous sommes, écrivit-il au Parlement français, accusés d’être des rebelles, mais nous combattons pour notre pays. Nous sommes accusés d’avoir choisi la guerre pour passe-temps, mais de telles calomnies ne supportent point l’examen. Nous proclamons notre désir de vivre en paix et de développer les ressources de notre pays pour le bénéfice de ses habitants ».

Un Peuple, qui fait de tels héros, en fera toujours, chaque fois que les circonstances historiques l’imposent. Il produisit un Mohamed V qui donna aussi l’exemple de la ténacité aux pressions coloniales. Il avait conscience que la cause qu’il défendait, n’était point celle d’un trône, mais celle d’un Peuple fort de riches traditions de liberté. L’histoire devait récompenser sa résistance à toutes les sollicitations et son courage face à toutes les exactions.

On parle de la résistance africaine à la pénétration coloniale, mais toujours sous l’angle des différences de technologie militaire, ces différences sont un fait que l’histoire atteste.

On a unilatéralement mis l’accent sur la résistance armée, on a donc généralement vu le phénomène sous l’angle des armes, des combats livrés. On l’a généralement très peu abordé sous l’angle de la culture.

Or, la culture est le fondement même, la raison essentielle, l’origine, l’explication, la justification de la lutte armée contre la pénétration coloniale, ou, si celle-ci s’est déjà accomplie, pour bouter les envahisseurs hors du territoire illégalement occupé.

C’est parce que nos Peuples ont su conserver intactes nos cultures avec leurs multiples faces et diverses expressions, qu’aujourd’hui, alors que nous avons accédé à l’indépendance et à la souveraineté totale, nous pouvons faire montre de dignité, de personnalité. C’est grâce à cette culture que nous nous prévalons de notre identité. Or, il a fallu que tout le Peuple conserve sa culture pour qu’aujourd’hui nous parlions de retour aux sources.

Si, sur le plan de la résistance armée, on peut parler de l’organisation d’une armée, de stratégie globale et de tactiques appropriées, d’un chef de guerre, d’un héros même si l’ensemble de l’action est toujours menée par le Peuple, par contre, sur le plan de la culture vous n’avez pas de héros, vous n’avez pas de chef ! C’est tout le Peuple, le Peuple tout entier, qui assume pleinement sa fonction éminente de gardien vigilant, ferme et résolu de sa culture, celle qu’il secrète chaque jour par et à travers ses activités, mais aussi celle qui qualifie et consolide ses activités. La culture est donc essentiellement, même exclusivement un fait social.

La lutte de libération, nous l’avons dit, est un acte de culture. C’est au nom d’une culture, d’une identité culturelle, que l’on prend les armes pour défendre sa propre personnalité que l’on pose comme différente de celle de l’autre, l’occupant. Ici, l’autre est mon antithèse, il est celui qui me nie, mais dont mon affirmation nie aussi l’existence, d’où une lutte implacable, nécessaire. Cette lutte, découlant de la résistance à la pression de l’occupant qui veut m’anéantir dans mon existence et dans mon être, peut revêtir, et revêt effectivement, plusieurs formes, ayant toutes le même ressort, la sauvegarde de la personnalité, et le même objectif, l’affirmation de l’identité culturelle. Elle peut revêtir en effet la forme de la lutte armée, c’est le cas de certains pays africains qui n’avaient eu d’autre choix que cette voie. Elle peut revêtir la forme de la lutte politique et idéologique, sa mobilisation permanente autour de la défense de son être en contradiction flagrante avec lui-même, et à faire éclater cette contradiction au grand jour : ce qu’il clame haut n’est pas ce qu’il pratique. Il voudra alors, face au monde, prouver que ce qu’il dit est ce qu’il fait. Le coup part, il ne peut plus être rattrapé. Ce fut le cas du référendum gaulliste de 1958 en Guinée.

Aujourd’hui, certains théoriciens mal avisés tentent d’établir une différence de degré, voire de nature, entre ces deux formes de lutte de libération nationale. Ils estiment que les pays qui se sont libérés, les armes à la main, ont plus de mérite que ceux qui se sont libérés grâce au génie politique de leurs Peuples. C’est une nouvelle manœuvre de l’impérialisme pour diviser les pays du même front, les affaiblir, les déstabiliser et les abattre. Une attention particulière doit être portée sur cette fausse théorie pour la combattre. L’impérialisme n’a pas opéré autrement pendant la pénétration coloniale. Il a eu à flatter certains, à menacer d’autres, en les opposant constamment les uns aux autres pour qu’ils s’affaiblissent réciproquement avant de devenir ses proies faciles.

La culture, qui a été notre refuge et qui nous a permis de nous réhabiliter aujourd’hui, restera notre arme privilégiée. C’est au nom de la culture islamique que l’Almamy Samory Touré s’est, dix-huit années, opposé farouchement à la pénétration coloniale française. Nous savons aussi que le colonialisme a tout fait pour réduire à néant le colonisé en lui imposant sa culture, et en lui faisant perdre jusqu’à sa personnalité.

C’est pourquoi, la culture demeure un champ privilégié de la résistance à la pénétration coloniale.

Si nous avons tenu ç toucher du doigt cet autre volet de la Résistance africaine, c’est pour indiquer toute la valeur de la culture, toute son importance dans la vie de nos Peuples.

Vous comprenez davantage la raison qui nous a fait coïncider le Séminaire sur la Résistance africaine avec le 13e Festival National des Arts et de la Culture. Car, pour nous atteindre dans notre être, et ensuite nous chosifier à jamais, le colonialisme a visé notre culture qu’il a tenté de réduire à néant. C’est pourquoi, nous avons le devoir de réhabiliter notre culture, de la consommer pour la développer sans cesse.

Cependant, il ne s’agit pas d’une culture fossilisée, mais d’une culture vivante, dynamique où l’autre n’est plus l’opposé, mais le complément. Il s’agit, pour nous aujourd’hui, d’une culture qui s’est enracinée dans ses propres réalités, qui s’es consolidée après avoir pris forme et corps et qui s’ouvre aux autres pour donner et pour recevoir dans la dignité.

C’est de tout cela qu’est riche le généreux message que véhicule l’héroïque lutte de la résistance qu’on menée nos illustres Résistants africains.

Mesdames,

Messieurs,

Camarades,

Votre Séminaire n’est donc pas une simple confrontation autour de grands disparus. Il doit nous aider, en réalité, à analyser et à choisir les points d’appui historiques nous permettant de cheminer, avec davantage d’assurance, vers un devenir plus heureux pour les Peuples d’Afrique, vers la vraie Unité Africaine et vers la coopération entre Nations, coopération débarrassée de toute injustice, de toute distinction de couleurs et d’idéologies, donc tendant vers la véritable paix.

Nous vous remercions de votre attention.

Prêt pour la Révolution !

Ahmed Sékou Touré

Intervention du Dr Mamadou Sako, Secrétaire du CMP

Camarade Ahmed Sékou Touré, Président de la République Populaire Révolutionnaire de Guinée, Responsable Suprême de la Révolution,

Le Conseil Mondial de la Paix vous remercie et vous félicite très sincèrement pour l’organisation conjointe avec le PDG, que vous dirigez avec lucidité et clairvoyance, de ce présent Séminaire qui est le second de ce genre en terre libre de Guinée.

En effet, le premier Séminaire conjoint PDG et Conseil Mondial de la Paix sur la politique impérialiste de déstabilisation s’était déroulé avec succès en novembre 1978 et avait été salué à l’époque comme une contribution de qualité au soutien de la lutte du Peuple militant de Guinée et de tous les Peuples révolutionnaires du monde.

La tenue de ce second Séminaire témoignage de la disponibilité constante de Votre Excellence en tant que membre fondateur et combattant actif du Mouvement Mondial pour la Paix.

Camarade Président, vous êtes et très tôt parmi ceux qui, à Paris dans la Salle Pleyel en 1949 avec Frédéric Joliot-Curie, ont fondé ce Mouvement. Vous détenez plusieurs médailles du Conseil Mondial de la Paix et d’autres Organisations de lutte anti-colonialiste, anti-impérialiste. J’ai nommé la Médaille d’or Joliot-Curie, le Prix Lénine de la Paix et plusieurs distinctions à vous décernées.

Camarade Président, le Conseil Mondial de la Paix salue votre contribution positive à la solution de nombreux et brûlants problèmes actuels, sources de tension et de foyers de guerre, solution pour laquelle vous ne ménagez aucun effort tant au niveau de l’OUA, du Mouvement des Non-Alignés, de l’Organisation de la Conférence Islamique qu’au niveau des Nations Unies.

Là, votre dernière intervention à la 2e Session extraordinaire sur le Désarmement a été saluée comme une contribution positive qui situe dans son ampleur la problématique actuelle de la paix.

A ce sujet, vous me permettez de vous citer.

Vous disiez : « qu’est ce qui menace la paix en réalité ? C’est la pratique du colonialisme, du racisme et de l’apartheid, l’hégémonisme, la banalisation du sort des Peuples dits matériellement démunis, le mépris total de ces Peuples, la désobéissance aux lois internationales garantissant le droit de chaque Peuple à la Paix, à la sécurité et au progrès. »

« Le désarmement est en rapport avec tous ces problèmes de liberté, d’indépendance, de bon voisinage, de coopération et de développement solidaire des Nations. Tous les Peuples et notamment les Peuples d’Afrique et du Tiers-monde ont besoin plus que quiconque de paix et de désarmement. Nous avons le lourd héritage de plusieurs siècles de colonisation à liquider. Nous vous convions donc à œuvrer à la transformation positive et radicale de cette réalité par l’arrêt de la course aux armements, la reconversion des stocks existants en biens matériels utilisables pour le progrès ».

Pour le Conseil Mondial de la Paix, on ne saurait mieux illustrer votre qualité d’éminent militant de première heure au sein du vaste mouvement des Peuples mobilisés pour le triomphe du juste contre l’injuste et de la paix contre la guerre.

Je souhaite ardemment que ce Séminaire consacré à l’Almamy Samory Touré, héros de la résistance et de la lutte anti-coloniale en Afrique, tenu conjointement par le Parti Démocratique de Guinée et le Conseil Mondial de la Paix, dans sa Patrie aujourd’hui libre, renforce davantage l’esprit révolutionnaire et la lutte patriotique pour la libération totale du continent africain.

Camarade Président, vous me permettez de dire combien le Conseil Mondial de la Paix apprécie la contribution de qualité des cadres de votre Parti-Etat, au sein de notre Organisation et du Comité de Paix de Guinée, que préside notre doyen et camarade de lutte, Damantang Camara, Vice-Président du Conseil Mondial de la Paix, auquel je rends ici un vibrant hommage.

Je ne saurais terminer sans, et avec votre permission, adresser au Peuple militant de Guinée, les remerciements du Conseil Mondial de la Paix pour l’hospitalité généreuse et combien fraternelle qu’il nous a toujours réservée.

Nous lui souhaitons de nouvelles victoires dans la lutte pour son développement, la sauvegarde de sa liberté et la paix.

Je vous remercie.

L’ALMAMY SAMORY TOURE, un symbole de patriotisme

Moment fort du XIIIe Festival national des Arts et de la Culture, le Séminaire international sur la résistance africaine à l’intrusion coloniale, ayant pour thème central « Hommage à l’Almamy Samory Touré », s’est déroulé du 18 au 20 novembre 1982 au Palais du Peuple à Conakry.

Conjointement organisé par le Conseil Mondial de la Paix et le Parti Démocratique de Guinée, et enregistrant la participation active de nombreuses sommités intellectuelles, de nombreuses délégations gouvernementales des pays frères africains, des Mouvements de Libération en Afrique, des Partis et forces progressistes dans le monde, il a conféré au XIIIe Festival un cachet spécial. Car, comme le Responsable Suprême de la Révolution, le camarade Ahmed Sékou Touré l’a souligné dans son important discours d’ouverture, « Ce Séminaire n’est pas une simple confrontation autour de grands disparus. Il doit nous aider, en réalité, à analyser et à choisir les points d’appui historique nous permettant de cheminer, avec davantage d’assurance, vers un devenir plus heureux pour les Peuples d’Afrique, vers la vraie unité africaine et vers la coopération entre Nations, coopération débarrassée de toute injustice, donc tendant vers la vraie paix ».

Cette mission, par l’importance des problèmes qui ont été abordés, par la richesse et la qualité des débats instaurés, et enfin, par les résolutions qui ont sanctionnés les travaux, le Séminaire l’a pleinement accomplie.

En plus du thème central qui porte sur la résistance à l’intrusion coloniale en hommage à l’Almamy Samory Touré, à l’ordre du jour figuraient notamment :

- « La lutte de libération nationale des Peuples africains »

- « L’indépendance économique de l’Afrique et les problèmes liés à l’accumulation des armements et aux dangers de guerre »

En tant que preuve établissant que la résistance à l’intrusion coloniale est un acte de culture que nos Peuples ont toujours assumé, le Séminaire s’est inscrit parfaitement bien dans la logique du XIIIe Festival dont les manifestations se déroulant dans trois centres à Conakry ont rassemblé plus de 10 000 artistes, venus de toutes les Régions de la Guinée.

Pour avoir réussi à démystifier la fausse histoire que l’impérialisme et ses produits se sont toujours efforcés, mais vainement de faire accréditer dans l’opinion des Peuples, parce qu’il a contribué à rétablir la vérité historique en demeurant dans l’objectivité des faits vécus par nos Peuples, le Séminaire s’est révélé à la fois comme un sincère hommage rendu à notre Peuple militant, à sa Révolution et à ses dirigeants et une contribution de qualité dans la recherche persévérante et ferme des voies et moyens devant garantir la paix et la sécurité internationales, favoriser le développement indépendant et souverain des jeunes Nations africaines et promouvoir entre elles une coopération loyale, égalitaire et amicale.

Ainsi donc, la cérémonie d’ouverture du Séminaire, de par l’importance et la force du thème proposé, revêtira un caractère solennel. Elle sera surtout un moment d’intense émotion porté au paroxysme par ces trois jeunes pionniers, qui, après que le chef de l’Etat ait pris place, viendront saluer le Leader de la Révolution guinéenne en rendant hommage aux combattants de la liberté en ces termes pathétiques :

« Où sont-ils les géants du grand Combat

« Engendré par courage conscient

« Et engendrant la conscience du Peuple ?

« Ils sont en chaque Peuple

« Ils sont en Révolution

« Ils sont en le soleil unique

« Ils sont en la vie qui vit

« Héros de la Résistance

« Vous serez et resterez

« De tous les temps

« Les martyrs aux causes impérissables ».

Puis, le camarade Damantang Camara, Secrétaire permanent du Bureau Politique National, Président de l’Assemblée Populaire Nationale et Vice-Président du Mondial de la Paix, dans une allocution introductive que nous publions ici même, demandera au camarade Président Ahmed Sékou Touré de bien vouloir procéder à l’ouverture du Séminaire.

Le texte intégral du magistral discours du chef de l’Etat, se trouve également publié dans cette présente édition.

Le Séminaire, dès ces premiers moments, enregistrera aussi la communication du Dr Mamadou Sako, Secrétaire du Conseil Mondial de la Paix.

Les débats proprement dits seront présidés par le camarade Damantang Camara, dans l’après-midi du 18 novembre. Ils débuteront par l’audition de la communication de la Commission culturelle du Comité Central du Parti Démocratique de Guinée, présentée par le camarade Galéma Guilavogui, membre du Comité Central, ministre de l’Enseignement Pré-universitaire et Alphabétisation.

Intitulée, « l’Almamy Samory Touré, illustre figure de la résistance africaine », la communication s’articule sur les composantes suivantes :

- L’homme, Samory Touré

- La formation de l’empire

- L’organisation de l’Etat samorien

- La longue et opiniâtre résistance à l’intrusion coloniale

- La grandeur et les limites de cette résistance

L’exposé, dont la grande valeur scientifique a été reconnue par l’ensemble des séminaristes, a été suivi avec un vif intérêt. Il a suscité un débat riche, profond et responsable. De l’avis des participants, l’action de l’Almamy Samory Touré était la même que celle des autres grands Résistants à l’intrusion coloniale. L’Almamy Samory Touré fut un véritable génie, un intrépide combattant, un fin stratège militaire et un guide des hommes, qui, en créant un vaste empire, dont les frontières s’étendaient jusque dans les Républiques actuelles de Haute Volta, du Mali et de la Côte d’Ivoire, a fait plusieurs innovations en matière de démocratie et de justice sociale. Car, l’Empereur du Wassoulou, tel qu’on l’appelait, était aussi chef religieux, un Imam. Voici quelques appréciations des séminaristes.

Jean Noël Loucou, Professeur au Département d’histoire à l’Université d’Abidjan : « Pour tout Africain, l Almamy Samory Touré, est aujourd’hui le symbole du patriotisme, de la dignité et de l’identité assumée. C’est pourquoi, sa mémoire est honorable par tous les patriotes africains ».

Abdel Kader Sababa, Député à l’Assemblée nationale et représentant du Comité sénégalais de Paix : « L’exemple de l’ Almamy Samory Touré, tout comme celui de Cheik Amadou Bamba et tant d’autres Résistants à l’intrusion coloniale constitue pour la jeunesse africaine des symboles vivants de courage, de patriotisme, de noblesse mais aussi de détermination résolue contre l’occupation coloniale ».

Dr Vijaya Gupta, membre du Secrétariat et du Comité permanent de l’Organisation pan-indienne de la Paix et de la solidarité : « Les luttes de l’ Almamy Samory Touré contre l’impérialisme et le colonialisme sont devenues légendes de courage dans le monde entier. Il ne s’est jamais soumis, et a préféré donner sa vie. Samory inspire tous les combattants pour la liberté à travers les continents. C’est pour cela que l’histoire de ses sacrifices doit être enseignée pour la résistance contre l’impérialisme. »

Camarade Victor Monterio Freira, membre du Comité Central du PAIGC et ministre de l’Economie et des Finances de Guinée Bissau : « L’exemple de la résistance de l’ Almamy Samory Touré a profondément inspiré la lutte de notre Peuple et de son Parti d’avant-garde, le PAIDC. C’est pour cela que nous sommes heureux d’être parmi vous, ici, pour honorer la mémoire de ce grand combattant contre la pénétration coloniale en Afrique ».

Camarade Capochichi Gratien, membre du Bureau Politique du Comité Central du Parti de la Révolution Populaire et ministre de l’Alphabétisation et de la Culture Populaire du Bénin : « il est indéniable que la résistance de l’ Almamy Samory Touré à l’intrusion coloniale, tout comme celle de Béhanzin et tant d’autres Résistants africains continuera à inspirer la lutte de nos Peuples pour la sauvegarde de leur liberté, leur dignité et la construction de leur bonheur. »

Pour les Représentants de l’ANC, Max Moabi, Secrétaire du Conseil Mondial de la Paix et de la SWAPO, le camarade Eddy Shima Amkongo, la lutte que mènent ces deux mouvements de libération en Afrique australe est l’illustration éloquante de la résistance de l’ Almamy Samory Touré et l’hommage rendu à sa mémoire de figure illustre de l’histoire africaine.

Professeur Dr Yaya Diallo, Président du Conseil africain des Sociologues et Anthropologues : « Le séminaire sur la résistance africaine en hommage à l’ Almamy Samory Touré, s’inscrit dans la logique du colloque international qui s’est tenu en novembre 1978 à Conakry et intitulé « l’Afrique en marche ». Et le frère Yaya Diallo d’ajouter en citant le célèbre écrivain Aimé Césaire : « Quand Sékou Touré, leader d’un pays libre, affirme fièrement : « Je suis le descendant de Samory », il ne s’agit pas d’une puérile vanité généalogique. Cela signifie : « J’assume Samory, et ce faisant il réhabilite l’histoire, il remet les choses à leur place ».

Après la riche discussion qui s’est instaure autour de la communication présentée par le camarade Galéma Guilavogui, les séminaristes ont poursuivi les débats sur les exposés suivants :

« La lutte de libération nationale des Peuples d’Afrique australe et la guerre de déstabilisation contre les Etats de la Ligne de front », présenté par les Mouvements de libération, l’ANC et la SWAPO.

« La lutte de libération des Peuples africains et le danger de guerre », présenté par Dr Mamadou Sako, Secrétaire du Conseil Mondial de la Paix.

« L’indépendance économique en Afrique et l’accumulation des armements », présenté au nom du Comité guinéen de paix, par le camarade Laye Camara, Inspecteur politique à la Permanence Nationale du PDG.

Pendant trois jours donc, en séances plénières, tout comme en Commissions de travail, les séminaristes ont débattu avec un sens aigu de responsabilité les grands problèmes qui préoccupent à la fois le continent africain et l’humanité entière. Comme le dira le camarade Mamadi Kéïta, qui, au nom du Responsable Suprême de la Révolution, a procédé à la clôture des travaux du séminaire, les débats ont été fructueux, enrichissants et mobilisateurs. Ils ont abouti à l’adoption de documents importants.

Et le Président de la Commission Culturelle du Comité Central du PDG, en remerciant le Conseil Mondial de la Paix, notamment son Président, le camarade et ami Romesh Chandra, pour avoir accepté d’organiser conjointement ce Séminaire avec le PDG, a chaleureusement félicité les participants pour leur contribution active et efficace aux travaux. Le camarade Mamadi Keïta déclarera que cette contribution « est perçue comme un message de solidarité internationale des Peuples au progrès historique de la Nation guinéenne, pour le respect de la personnalité et des droits imprescriptibles des Peuples africains à la paix et à la liberté ».

Le moins qu’on puisse dire, c’est que le Séminaire, dont les travaux ont été couronnés de succès, s’enregistre désormais comme une victoire du 13e Festival National des Arts et de la Culture.

Ibrahima Sory Camara

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Tous les textes sont extraits du Journal HOROYA 2945 du 21 au 27 novembre 1982

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