Emile Tompapa ! Son éloquence altière, ses vastes connaissances historiques, sa légendaire courtoisie, façonnée par l'expérience diplomatique, sa verve journalistique inégalée et sa pratique pianistique, avaient fini par faire de lui un mythe vivant.
Emile Tompapa ! Un genre original que les Guinéens, sans nuance, appréciaient a sa juste valeur, tant les talents de l'homme étaient multiples: journaliste, diplomate, écrivain, musicologue, historien et gestionnaire.
Le Doyen Emile affectionnait raconter et se raconter. Raconter par exemple, l'histoire de Conakry, ses études a la SORAFOM en France, en 1956, les débuts du journalisme guinéen avec la Radio Banane, les instruments traditionnels de Guinée, les heures héroïques de la lutte pour l'indépendance, sa vie de diplomate au Caire, les subtilités de la langue française, ses exigences stylistiques, rhétoriques et grammaticales, la complexité et la richesse complémentaire de la culture guinéenne, sa passion pour les archives sonores...
Crâne rasé, teint d'ébène, Doyen Emile aimait se raconter: ses petits gestes d'enfant malin, son éducation chrétienne, l'amour de ses parents, de son épouse, de ses enfants et de ses amis, son rôle durant le séjour historique du Général de Gaulle en août 1958, son penchant artistique pour l'orgue, l'harmonium et le piano a l'église, ses recherches musicologiques, ses heures de gloire comme speaker a la Radio ''Voix de la Révolution'' dont il fut directeur, etc. Il y inventa le ''style apostropheur direct de l'auditeur'', qui donnait l'impression aux auditeurs qu'il était à leurs côtés, et même qu'il les voyait, par la magie des ondes ! Beaucoup d'anecdotes circulent à ce sujet. Et quand il lui arrivait des digressions démagogiques, volontiers, les auditeurs le lui pardonnaient, hypnotisés par son extraordinaire faconde, sa manière d'enrober son discours dans un humour aux expressions fortes.
Doyen Emile faisait tout cela avec une telle bonhomie, un tel naturel qu'il n'avait
aucune peine à convaincre. C'était une encyclopédie ambulante au coeur de la cité, un témoin quotidien qui, du haut de ses 73 ans, savait se faire petit parmi et les petits et... grand parmi les grands, avec le même bonheur, la même irrésistible prestance. Journaliste, il ferraillait dur contre ''les fossoyeurs de l'éthique et de la déontologie professionnelles''.
A ses intimes, il aimait expliquer l'étymologie de son nom Baga de ''Tompapa'', que lui avaient donné son feu père François Tompapa et sa mère Mamady M'Bambé Soumah, à sa naissance en 1932 à Dubréka. Et moi j'avais du plaisir de le chahuter en l'appelant, "Notrepapa''. Une amicale provocation, pour qu'il me réexplique ce que je savais depuis, mais qui avait le mérite de le mettre à l'aise, même lorsque, dans ses jours difficiles de président du Conseil National de la Communication, quand il ne gagnait pas certains de ses combats professionnels, comme la lutte contre le ''journalisme alimentaire'' ou la libéralisation des ondes... Alors, nous parlions de tout et de rien... , de la soutenance de mon mémoire de fin d'études supérieures, dont il était un des influents membres du jury, de ses futures publications, de mon père qu'il connaissait, de la cuisine de ma mère qu'il appréciait, de l'UNICEF et bien d'autres choses encore. Rieur, pourfendeur, un aîné ouvert, Emile était tout cela. Chacune de nos rencontres étaient des récréations intellectuelles ou le Doyen, se laissait aller sur les flots du souvenir, avec des creux qui étaient autant de clins d'oeil à l'avenir du journalisme en Guinée.
EMILE TOMPAPA, que les Conakrykae appelaient ''Celui qui savait tout de la
Guinée'', laisse les Guinéens en éternels orphelins. En même temps que son
épouse Foly Diallo, et leurs quatre enfants: Roger, Madeleine, Marie-Louise et
Monique. Le Maître de la parole s'en est allé. Mais la parole est restée. Elle ne s'est pas envolée. Elle reste gravée dans les livres qu'il a écrits, fixée sur les supports numériques qu'il a enregistrés. La parole qui fusionne avec la modernité réfléchie, rejoint l'éternité.
Repose en paix Doyen Emile Tompapa ! Amen. Justin Morel Junior, depuis Kisangani, RDC, le 23 février 2005
PS: La dépouille mortelle du Doyen Emile Tompapa, sera rapatriée le vendredi 25 février 2005, par le vol régulier de la compagnie Royal Air Maroc. Emile Tompapa avait souhaité, dans ses dernières volontés, d'être inhumé à Boffa, la terre de ses ancêtres Bagas, tout près des tombes de son ami Roger Soumah et du patriarche Jacques Soumah.
© Copyright JMJ Newsroom/Guinée actualités |