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Chers amis,

Je vous invite à partager cette réflexion que je faisais le 20 juin 1984 et dont l'acuité semble encore nous inviter à la méditation.

Extraits du texte original.

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SUR LE JOURNALISME

Pour que le journaliste guinéen puisse exercer correctement et librement son métier, il faut bien qu’il en possède la maîtrise technique par une connaissance scientifique réelle.

A défaut, confondant les genres, ignorant les règles élémentaires des mass-média, il ne pourra jamais s’exprimer de façon éloquente et complète. Quelque soit le mass-média (radio, télévision, ou presse écrite), le journalisme ne s’improvise pas, il s’apprend. Mais il ne s’agit pas d’apprendre seulement par la pratique .

Certes, ‘’la pratique est un maître qu’aucune méthode ne peut remplacer. Mais elle n’enseigne pas toujours tout ce qu’on pourrait apprendre, ni avec autant de rapidité. Souvent elle enseigne à faire une chose comme quelqu’un d’autre a appris à le faire par sa propre expérience, au lieu d’enseigner à faire plusieurs choses de plusieurs manières’’

Si notre pays ne paie pas le prix qu’il faut dans ce domaine, les Guinéens se contenteront meurtris et fustrés dans leur amour propre, de lire ailleurs de bons articles et d’écouter et voir des émissons mieux faites sur d’autres antennes. Ce qui serait dommage .

Non! L’enthousiasme ne suffit pas, il faut le savoir !

Le journalisme n’est vraiment pas une fonction mais une profession .

Une lapalissade qui devrait orienter chacun en matière d’information.

Voici l'histoire du plus prestigieux instrument de musique du Manding: le Soso Bala.

C'est un extrait de mon diplome de fin d'etudes superieures intitule ''Musique et Tradition orale en Guinee''.

D'autres extraits sur le Dyéli et son rôle dans la connaissance de l'histoire africaine suivent.

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Connaissez-vous l'histoire du Gawlo, cet historien du Foutah Djallon? Vous la retrouverez

dans les textes qui suivent.

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Cette page sera regulièrement alimentée de textes de référence. Bonne lecture et revenez plus souvent sur mon site.

LE SOSO BALA

 Archétype de la dialectique Musique et tradition Orale

Son histoire est vielle de plus de 700 ans . Le Soso Bala a pu traverser les âges grâce aux soins les plus méticuleux qui l’entourent . Objet sacré, on ne le joue qu’à des moments solennels .

C’est le plus important héritage culturel et l’objet de fierté des Dyéli de Nyagasola à Siguiri . Son hitoire est des plus mystérieuses .

‘’Soso Bala’’ : ce nom est simplement une juxtaposition désigant le propriétaire originel de ce balafon original (Bala Faséké) et le nom de l’instrument lui-même en langue mandingue.

Le Soso Bala est un balafon "géant", long de 1,5 m environ et est à plus de 15cm au-dessus du sol . De couleur gris-noir(certainement l’effet du temps), le soso Bala est formé de 20 planches soigneusement taillées et bien lissées . A chaque planche correspond une gourde , sorte de caisse de résonnance purifiant et filtrant sa sonorité.

Soumaoro Kanté, le Roi des Soso en personne aurait confectionné cet instrument pour se chanter . D’un égocentrisme féroce , il se répandait ainsi en laudations dithyrambiques à son propre endroit.

Personne ne connaissait alors l’étendue de ses talents , ni les réelles possibilités de cet instrument des plus mythiques plongé dans un univers de fétiches de tous genres, de tous les horizons. A l’extrémité supérieure du balafon, jusqu'à nos jours pend un mystérieux sachet à fonction magique. Quelques cinq gourdes sont aujourd’hui remplacées endommagées par le temps ou les hommes, le ‘’Belentuigi’’ (Fadimba Kouyate) a pris la responsabilité de les remplacer .

L’histoire nous apprend alors qu’un jour , Le Roi- Sorcier Soumangourou Kanté était absent, Balla Faseke en captivité chez le roi, se serait glissé dans la demeure à fétiches qui renfermait le Bala , excité par sa curiosité artistique, il se mit allégrement à en jouer. Mais, il ignorait que ce balafon n’était point ordinaire .

Les notes musicales du Bala aussitôt s’envolèrent en direction du maître sorcier qui, courroucé , bouleversé se transforme soudain en tonnerre et fond sur Soso, so royaume. Quand il arriva , Bala Faseke stupéfié, garda courage et se mit à jouer de plus en plus fort et en toute majesté. Inspiration fulgurante. Il improvisa un homme à la gloire des forgerons dont Kanté était le chef, l’homme en frémit de tout son être . Certains traditionnistes affirment même qu’il ne put se tenir debout . Atteint musicalement au plus profond de son être, lui qui aimait surtout se chanter, découvrait subitement que la chose était plus belle quand elle venaint d’autrui.

Depuis ce jour, il ne joua plus au Bala et au lieu de réprimander Bala Faseke qui avait osé franchir le seuil de sa case à fétiches, il le récompensa par le Bala que Faseke rêvait déjà de posséder pour mieux transmettre le message historique à la prospérité . Voilà comment le Soso Bala est devenu la propriétaire de l’ancêtre des griots.

A Niagassola jusqu'à aujourd’hui, le Bala est la propriétaire des Kouyate, le patriarche en est responsable et peut en jouer. Et l’historien Namankoumba Kouyaté, lui-même descendant direct de cette grande famille écrit à se sujet :

"L’autorité du patriarche sur les menbres du clan et sa notoritété dans la science de la tradition historique dépendent dans certaine mesure de l’application soutenue qu’il témoigne dans l’entretien et la conservation du Soso Bala .

Tous les lundis et vendredis ou lors des funérailles d’un grand töntigi sont les circonstances officielles au cours desquelles le Belentigi peut jouer au Bala . Entouré des autres dyélis dont les instruments de dimensoins plus réduites (généralement 17 planches) sont obligatoirement accordés au sien . il est le seul habilité à improviser au cours du jeu et c’est lui également qui choisit les airs à exécuter.’’

Le Soso Bala apparaît donc comme le symbole multi-séculaire du lien indivisible entre la musique et tradition orale. C’est une encyclopédie de la tradition orale . Le mythe qui l’entoure montre tout le caractère sacré que les traditionnistes accordent à cet instrument vieux de plus de 700 ans et qui avait été ‘’invité’' par l’Unesco pour fêter les 90 ans du Président-poète L.Sédar Senghor.

A- LE DYÉLI

Dans l’historiographie contemporaine de l’Afrique, un personnage transcende par la valeur de ses témoignages oraux : le Dyéli.

Autrefois fortement controversé par un certain complexe européocentriste niant à tous les autres peuples l’acte historique ; aujourd’hui particulièrement sollicité dans la connaissance de l’histoire de continent africain, il est quasiment devenu le référentiel privilégié de nombreuses études et recherches sur le passé africain. L’épopée du Manding du célèbre historien Djibril Tamsir Niane en est la meilleure illustration.

S’il est incontestable que l’histoire est la mémoire de l’humanité, il n’est pas faux d’écrire que le dyéli est la mémoire de la société africaine du Grand Empire Manding .

Le verbe par la place prépondérante qu’il occupe dans nos sociétés tradionnelles revêt un caractère sacré , conférant ainsi à la parole un pouvoir sinon surnaturel mais tout au moins magique . Aussi, n’est-il pas dyéli qui le veut car le dyéli en Afrique Occidentale est le dépositaire privilégié de la tradition orale . C’est à lui qu’incombe le devoir de perpétuer le souvenir historique par sa profonde connaissance du passé de sa société et de son époque .

L’Afrique médiévale est l’ère par excellence du dyéli. C’est la période pendant laquelle il joua un rôle socio-politique de tout premier plan à la cour des grands souverains mandingues.

Voici comment le célèbre voyageur et géographe arabe Ibn Battouba décrit le "le dougha" à la cour du Manding :

 "…Dès que le roi est arrivé trois esclaves se précipitent pour appeler son lieutenant. Les commandants arrivent, ainsi que le prédicateur, les savants, qui s’assoient à gauche et à droite devant les hommes d’armes. A la porte, debout, l’interprète Dougha en grand arroi ; il a sur lui des vêtements superbes en étoffe de soie fine. Son turban est orné de franges que ces gens savent arranger admirablement. Il à son cou un sabre dont le fourreau est en or ; à ses pieds sont des bottes et des éperons…Il tient à la main deux lances courtes, dont l’une est en argent, l’autre en or, et leurs pointes en fer…

Chaque commandant a devant lui ses hommes avec leurs lances, leurs arcs, leurs tambours, leurs cors (ceux-ci sont faits d’ivoire avec des défenses d’éléphants ) , enfin avec leurs instruments de musique fabriqués au moyen de roseaux et de courges que l’on frappe avec des baguettes et qui rendent un son agréable (le xylophone sans doute)… Dans l’intérieur de la salle d’audience et sur les croisées, se voit un homme debout. Quiconque désire parler au roi s’adresse d’abord au Dougha; celui-ci parle audit personnage qui se tient debout et ce dernier au souverain. "(1)

C’est le dyéli Dankuma Dua qui , s’émerveillant devant le miracle de la guérison de Soundiata, le prince paralytique chantera avec Sogolon Kedyu la mère de Soundiata ce couplet , désormais célèbre :

"Soundiata si borida ! togo ! Saya kafissa malo yé , togo ba !"(en bambara)

"Mon rejeton Soundiata a pu marcher ! Honneur ! Plutôt la mort que la honte ! Honneur !." C’est la pierre angulaire la geste de Soundiata.

Visionnaire, Diankuma Doua prédisait ainsi le destin royal de Soundiata. Mais les rivalités internes, la jalousie morbide de son frère Dankaran Touma vont retarder l’accomplissement de son destin. Il s’exilera. Repli stratégique . A Méma (dans les environs de Ségou) selon certaines traditions et selon d’autres en pays voltaîque(actuel Burkina Faso).

Mais la tyrannie de Soumaoro Kanté appelé aussi Soumangourou, asphyxiait les populations autochtones. Le conseil des Anciens décide de faire appel à Soundiata pour mettre fin au joug du Roi-Sorcier. Rapidement, le Prince-Miraculé regroupe des hommes dans la région du Sankara, du Tinkisso et du Fouta-Djallon . En 1234, il est ainsi à la tête d’une puissante armée de gens unis par la promesse de liquider le régime terrible de Kanté. Mais les pouvoirs surnaturels de l’homme leur infligent de cuisantes défaites .

Pour réussir désormais, il leur fallait être dans le secret de la puissance magique, dans l’intimité de Soumaoro Kanté . Seules les négociations diplomatiques et la ruse pouvaient venir à bout du Roi-Sorcier. C’est là que Bala Faseke, le dyéli de Soundiata va rendre les meilleurs services. D’abord la sœur de Mari-Dyata, Meniamba Suko dite Sogolon Kolonkan, s’offre comme "épouse " de Kanté. Et Bala Faseke est chargé d’accomplir cette "mission spéciale d’offrande " auprès de sa majesté Kanté .

Par sa finesse, sa courtoisie et sa verve étonnantes, Bala Faseke convainc Soumaoro qui s’éprend de la princesse Keïta avec une fougue extraordinaire.

Le mariage est aussitôt célébré. Le jour des noces, l’alcool coulait à flots. Soumaoro Kanté, naturellement se servit royalement. Luxurieux, il voulut connaître aussitôt la tiédeur du corps de la princesse, sa nouvelle épouse. Mais celle-ci s’y refusa, conditionnant tout à son entière mise dans les secrets de son fameux "bien-aimé". Après des jours d’indécision Soumaoro livra sous l’impulsion de ses sentiments le secret de sa puissance.

"Seul un ergot de coq blanc peut me supprimer, dit-il ". Sogolon satisfait Kanté, profitant du sommeil de son souverain, la princesse se déroba et rejoignit Bala Faseke blotti derrière la porte avec un cheval. Ils l’enfourchèrent aussitôt et se dirigèrent vers le Manding.

Peu de temps après, Soumaoro voulut abuser aussi de la femme de son meilleur général Fakoli Koroma . Ce dernier, offusqué rejoignit ipso facto les rangs de Soundiata. C’est pratiquement dans ces conditions de tensions et de terribles contradictions qu’éclatera la bataille de Kirina ,entre Bamako et Kangaba , sur la rive gauche du Niger. Mais le secret de Soumaoro connu, sa mort était certaine.

Au cours de ces sanglantes batailles, il reçut en pleine poitrine, porté par une flèche, l’ergot mortel. Soumaoro Kanté, transformé en tourbillon, disparaît mystérieusement. Nous sommes en 1235.

Le Mali était désormais libre .

Soundiata le vainqueur de Kirina annexe Soso et ses dépendances : le Baghama, le nord du Beledougou , le Ouagadou ,le Bakounou et la ville de Koumbi .

Rassemblés à Kouroukanfuga, prés de Kangaba, les chefs confèrent à Soundiata le titre de Mansa (souverain suprême). C’est à Kurukanfuga également qu’officiellement la fonction de dyiéli fut instituée et c’est Bala Faseke qui , le premier reçut les honneurs officiels dus à son rang, devenant ainsi l’ancêtre des dyéli, que beaucoup ont appelé à tort griots.

Certains traditionnistes affirment que Soundiata aurait dit à Bala Faseke ce jour – là, face à la multitude réunie :

" I Dya Alulali ! " ce qui signifie : Fais tout pour toujours les réunir !

Cette expression a donné naissance au terme "Dyalilake " qui par altération a donné "Dyéli", le terme que nous connaissons aujourd’hui .

En tout cas les Dyéli ont été au Manding des personnages de premier plan .

Au sein du gouvernement de l’Almamy Samory Touré , les dyéli occupaient également des places privilégiées. Fins politiciens et diplomates consommés ils détenaient des postes-clés dans la direction des affaires . Moryfindian Dioubaté était le général d’armée en chef de l’Almamy. Fidèle parmi les fidèles, il sera aussi son compagnon d’exil au Gabon sur l’île Ogoué Cependant, Moryfindian Dioubaté n’était pas seul dyéli dans l’intimité du Fama- autre titre du souverain- Dyéli Amara Kouyate de Sansando était également un conseiller de l’Empereur, c’est lui qui tint tête au colonnel Gallieni pour la fidélité du Dioma-Nugu (actuel sous-préfecture de Sansando, dans la ville de Siguiri) .

Amara dyéli de Médina prés de Gbéléban, Nyama – Kande – Amara Dioubaté, frére de Morifndian (exécuté par les français après l’arrestation de Samory Touré , pour son courage , sa fermeté et sa fidélité ) jouissaient tous de la confiance de l’Empereur.

Le chef de dyéli Demba Lanciné, tué au combat de Gbaratomo (1891 – 1892) et Nolfa Abudu, dyéli du Toron négociant d’achat d’armées officiel de Samory, avec les Anglais, étaient de proches collaborateurs du Fama et sa confiance en ces dyéli était totale car ils étaient assermentés, crédibles et fidèle.

Si certains historiens bourgeois ont comparé le dyéli aux trouvères ou troubadours européens, il nous est aisé aujourd’hui d’affirmer à la lumière de faits historiques concrets que les dyéli, avaient un plus différentiel, car ils aussi étaient des philosophes guidant les souverains, éduquant les princes, prêchant la cohésion sociale. Ils étaient pratiquement la conscience historique de leur époque . Armés d’une pédagogie rigoureuse et souple, véritables ‘’sacs à paroles ‘’ et livres vivants, ces hommes savaient que le verbe était sacré .

On disait et on dit encore au Manding que la "parole peut manger un homme" (kumaye mkö damuna Manden ). Le dyéli, en effet ne doit pas tout dire, il doit taire tout ce qui peut être facteur de désunion, de haine, de guerre. Ce qui requiert une impérieuse éducation inculquant les principes essentiels de la sagesse .

L'Education du Jeune Dyéli .

L’un des objets de cette éducation c’est la maîtrise du verbe comme support de la tradition orale. L’on enseignera donc au jeune dyéli les techniques de l’art oratoire avec toujours un support musical. L’instrument de musique est généralement un balafon . Cependant, le koni -espèce de luth traditionnel- est parfois utilisé chez les Diabaté du Mali par exemple .

Il s’agit en fait d’un véritable système de mnémotechnie. Le professeur Namakouba Kouyaté à ce sujet : "La transmission séculaire de la tradition de bouche à oreille fait ainsi l’objet d’une organisation systématique. Fondé sur exercice intense de la mémoire et une pratique instrumentale rigoureusement calquée sur le modèle du maître, cet enseignement vise à donner à l’élève les éléments de la tradition tels qu’ils ont été conservés afin de lui permettre d’assurer la continuité historique de la société. Toutes les précautions sont prises pour atteindre ce but.

En effet, l’enseignement ne se limite pas à la récitation des listes généalogiques, il se complète nécessairement par la pratique méthodique de l’instrument de musique ancestral ." (2)

Il y a donc nécéssité d’initiation. Si le tam-tam est l’informateur de la société traditionnelle parce que servant à annoncer le plus rapidement possible des nouvelles urgentes ou des faits secrets, cependant, dans le cas du dyéli, c’est le balafon qui est l’instrument-roi.

Son jeu va au-delà des nouvelles événementielles.

Le jeu du balafon pour l’initié est porteur de message historique. La musique inspire l’homme, la parole l’engage.

C’est certainement pourquoi chez les dyéli la parole et la musique revêtent un caractère sacré et deviennent rituelles en fin de compte. La période initiatique est donc très importante parce que l’initiation est le passage de l’enfance-adolescence à la maturité complète, l’humanité totale; le passage de l’inconscience à l’âge de responsabilité et de raison . Namankoumba Kouyate divise cette période initiatique en deux étapes .

La première regroupe l’enfance et l’adolescence . Cette étape pré-initiatique est faite d’enseignement général .

La deuxième est celle initiatique et post-initiatique. Elle est importante, elle est le temps de la spécialisation, l’éducation devient plus systématique et prépare pratiquement le sujet à ses futures fonctions de maître du verbe ‘’Belentigui’’.

Le premier milieu éducationnel de l’enfant est sa famille. Le jeune dyéli y reçoit les premiers cours pratiques. Il vit dans une ambiance culturelle chargée de savoir historique. Le premier souci des parents dyéli est de donner les premières leçons musicales au jeune. Elles lui serviront plus tard de repères mélodiques sur lesquels ou entre lesquels il déclinera les plus longs des grands arbres généalogiques de sa famille, puis ceux de sa tribu, de son royaume et de son pays.

Entre 4 et 6 ans, pour aiguiser son sens de la musique, il apprend à imiter son père et quand plus tard il aura son petit balafon, ses reflexes seront déjà exercés, son talent aiguisé.

Dans ce premier stade d’apprentissage, les erreurs, les fantaisies sont réprimandées par le maître. Rien ne doit en effet altérer la profondeur du message historique. C’est une école de "copie du son " qui exige : fidélité, sang-froid, mémoire, rigueur. Ici l’oreille et l’esprit doivent cheminer ensemble.

Cependant, dans cette étape pré-iniatique, le jeune dyéli qui n’a pas encore un maître titulaire ne reçoit pas encore les vrais cours d’histoire chantée. Quelques rudiments historiques sur son " histoire immédiate" l’oriente peu à peu. A travers les épopées , il commence à s’interroger sur de nombreuses choses. Les légendes l’étonnent et le séduisent, les contes l’amusent et l’éduquent imperceptiblement. Tout s’anime devant lui. Curieux, le jeune dyéli veut tout savoir tout de suite et pose énormément de questions.

On lui apprendra, par exemple, que les Keita sont ses "Dyatigi" et les autres du clan Manding des "Tontigi" des hommes libres. Depuis Kurukanfuga , les Koroma, Traore, Kamara etc ; sont frères et amis des Keita.

Parallèlement, l’enfant vit pleinement toutes les activités de son groupe d’âge. Ces activités font éclore sa personnalité. Elles cultivent en lui les vertus de la solidarité, aiguisent le sens de l’abnégation, l’audace, le courage, l’amour de la vérité.

Cette ambiance sociale le sécurise et le privilégie. Les connaissances apprises de manière embryonnaire dans la famille vont être fécondées par le groupe en discussions fructueuses.

Par la suite, les cérémonies de circoncision vont lui apprendre la résistance et l’endurance .

La cadence régulière des réunions villageoises donne l’occasion au jeune dyéli d’épanouir ses talents oratoires en tant que "transmetteur de la parole " des aînés s’adressant au public. Le dyéli servant alors de " haut parleur " (kuma minala) tentera de livrer avec plus d’éloquence les propos du chef en les revitalisant du sel de sa science du verbe, nouvellement acquise. C’est le zèle des prosélytes.

Ailleurs, Il exhortera également ses camarades d’âge au travail en jouant du balafon.

Devenu adolescent, il doit exécuter au cours des fêtes populaires les différents chants des tribus, connaître les formules préludant les grands débats .

Comme cela apparaît, la classe d’âge donne en définitive au jeune dyéli le sous- bassement culturel lui permettant de passer à la classe des hommes, celle des initiés. Cette première étape éducationnelle aura donc été celle de l’apprentissage.

Quelques bribes de connaissances musicales, quelques phrases poétiques emplissent la bourse du savoir du jeune dyéli. Il sait déjà beaucoup de choses séparement. Il lui reste à connaître les liens solides qui les régissent et leurs conséquences. Suivant donc sa maturation physique, l’éducation traditionnelle va avec l’évolution intellectuelle de l’enfant.

Mais c’est la seconde étape de cette éducation qui est la plus décisive . Elle est fondamentale.

La période initiatique : La circoncision est l’étape charnière. Elle introduit le jeune dans le monde des grands. Le jeune dyéli y entre même temps que ceux de son âge. Les cérémonies qui accompagnent cet acte sont grandioses dans la savane mandingue.

A Niagassola, dans le Hamana, dans le Dioma, partout au Manding, ces manifestations atteignent une ampleur indescriptible .

Moment solennel et instant nodal dans la vie de l’adolescent, l’initiation est préparée avec tous les soins. C’est là vraiment que le jeune dyéli fait ses preuves. Lui qui a grandi dans une atmosphère propre au souvenir et à l’inspiration rapide aura un avantage certain sur ses compagnons d’âge.

C’est à la sortie du camp d’intiation qu’un balafon sera officiellement remis au jeune dyéli qui, initié, peut rejoindre le groupe des hommes.

Dans cette seconde vie, le jeune dyéli va apprendre réellement à officier les cérémonies. Mais, il devra apprendre à fabriquer un balafon, connaître les gammes mineures et majeures qu’il peut en tirer. Seuls l’assiduité , la fidélité et les sages conseils des aînés pourront réellement le guider . C’est là qu’apparaît le rôle prépondérant du Belentigui. Les causeries entre le maître et l’élève sont fait autant de cours d’histoire, de pratiques sociales. Au jeune dyéli , il va encore avec plus de sérieux donner des litanies généalogiques qui essaiment les récits historiques pour les étayer de précisions plus fines : les goûts, les couleurs des vêtements, les loisirs,etc.

Le Belentigui met constament en garde son élève sur le caractère sacré de ses propos. Il ne devra donc pas dire des choses pour s’amuser, n’importe où et n’importe quand. Il lui apprend ainsi les épopées des grands souverains du Manding. Pour sortir son élève des "méandres inextricables" de ces généalogies, il lui donne des repères mélodiques, des phrases musicales qui, sitôt jouées, éveillent en lui la suite logique et chronologique de ces longues listes. Son balafon l’aidera dans cette tâche car chaque épisode possède un air chanté spécifique.

Il s’agit donc de chants-archives"comme les gestes de Soundiata Keita ( Soundiata Fasa) de Keme Burema , Dyandyon , Boloba etc …) loin de toute flagornerie , les louanges du dyéli sont presque toujours des psaumes ou transparaissent nettement des paroles de valeur morale réelle.

Le Belentigui apprend l’art des poèmes chantés à son élève, qui ont un rôle de balance entre les parties récitée et les partitions instrumentales .

Du point de vue de la valeur didactique, ces séquences musicales visent à inculquer dans l’esprit de l’enfant des éléments historiques dont la simple évocation retrace des pages d’histiore entières.

Si le dyéli s’occupe essentiellement de l’histoire générale de la société. Il y a cependant d’autres traditionnistes dont les connaissances nous édifient.

B- LE SÈNÈ DYÉLI

 Les Sènè Dyéli sont des groupes d’artistes traditionnels spécialisés dans l’exhortation des vertus de la terre. Ils s’adressent à tous les hommes afin qu’ils comprennent que sans la terre l’homme n’est rien. Ils participent aux travaux champêtres par leurs jeux de tam-tam et la beauté de leur mots , ils excitent les paysans aux labours .

Les Sènè-dyéli ne connaissent pas l’histoire globale de la société, il chante les héros de la terre : les "konkobas"

Ils sont comme les Séréwa de grands panégyristes .

C- LES SEREWA

Ils sont des chasseurs pour la plupart . La brousse n’a point de secret pour le vrai "Séréwa". Ils chantent les prouesses de leurs confréries ou de leurs corporations. Ils se chantent aussi en racontant leurs expériences des hommes et des choses.

Les Sènè-Dyéli comme les Serewa s’occupent de domaines et de groupes spécifiques de la société.

Ils ne sont pas en réalité détenteurs privilégiés et autorisés de la Tradition historique. N’empêche quand même qu’ils puissent nous être utiles par l’apport de données sociologiques complémentaires qu’ils peuvent offrir.

(1)Ibn Battouba cité Joseph Ki Zerbo in : Histoire de l’Afrique Noire . Editions Hatier – Paris 1972. 139 (2)Kuyate (N) : Recherches sur la Tradition Orale au Mali (Pays Manding ) Alger Déc. 1970 p.29

LE GAWLO

Héraut, généalogiste, exceptionnel médiateur et entremetteur, musicien, le gawlo est par-dessus tout un grand homme de culture possédant un savoir quasi encyclopédique. Les mots justes, la beauté des périphrases, la recherche passionnée des anagrammes, la force incisive et persuasive des maître du verbe. On pourrait dire que le Gawlo est le dyéli du Foutah.

Quand il ouvre la bouche, ce qui en sort est nimbé de métaphores, de litotes, de tournures archaiques (conservées pour leur authenticité ). Légendes, épopées, poésies, contes et caetera , tout est dit avec un art oratoire consommé.

Gawlo est le singulier de awlubhe : les Awlubhe comme les dyéli sont des hommes de castes comme l’écrit le professeur guinéen Bonata Dieng : "ce sont des musiciens chantant les louanges du Prophète ou celles des castes supérieures, mais aussi des guérisseurs. Maîtrisant les "asko"(1), c’est à dire qu’ayant une parfaite connaissance de la généalogie des nobles auxquels ils sont attachés… Enfin, spécialistes des relations sociales, les Awlubhe interviennent pour régler des problèmes de mariage, de divorce, de réparation de torts et d’outrages etc… Là, la liberté de leur langue et leur franc parler avec tout un chacun facilitent la tâche conciliatrice ou réconciliatrice ."(2)

Chaque Gawlo a la charge éducationnelle de son enfant. Mais au cas où il n’est pas bon instrumentiste, il le confiera à un autre plus compétent ou doué que lui.

Généralement , c’est après la circoncision qu’on apprend au jeune gawlo le "asko". Les hommes se spécialisent ainsi dans la déclinaison des généalogies et les jeunes filles dans les chants et danses de cérémonies : le "yélaa" et le "sayaa". Lors des veillées, elles simulent des mariages, des baptèmes ou autres cérémonies, les parents leur en "expliquent’’ les paroles .

Quand un Gawlo est émérite, il devient ‘’Farba’’, c’est le titre honorifique consacrant avec faste le haut degré de connaissance historique atteint par un gawlo.

C’est donc un privilège d’une importance nodale dans la vie d’un maître du verbe .

"La nomination au titre de Farba était l’occasion d’une concurrence acharnée entre les différents prétendants, d’autant plus que dans chaque diwal (province) plusieurs awlubhe luttaient pour la suprématie. Chacun d’eux avait maîtrisé à l’école paternelle la chronique et la narration épique ; chacun d’eux était musicien accompli et un politicien dont les sages conseils avaient fait leurs preuves (…) .

C’est donc le chef diwal qui choisit parmi les concurrents celui qui serait son farba. Il choisira celui qui réunit les meilleures aptitudes, c’est-à-dire celui qui saura égayer ses veillées, galvaniser ses hommes et qui, aux rencontres des chefs, saura de la plus haute et plus belle voix , déclamer des heures durant ses louanges et les hauts faits de ses ancêtres .’’

Le Farba, à la différences des autres Awlubhe de la province portera un turban rouge : son exceptionnel signe de distinction pour ses nombreuses victoires de joutes oratoires fleuries de connaissances et de sagesse.

Le père qui confie donc son enfant au ‘’Farba’’ est indubitablement assuré de sa formation. Après un séjour de deux à trois ans, l’élève retounera dans sa famille où ses connaissance en "askö" seront éprouvées par un dignitaire. En présence d’un auditoire averti, il devra déclamer le "askö" appris. Si ce test oral révèle un brillant sujet et confirme ses acquis culturels, les parents heureux offriront des présents au maître et des cadeaux à l’élève.

L’étude approfondie des "askö" est le souci majeur du bon gawlo. Par exemple le Farba El hadj Hamady Sow de Tata (Labe) est allé jusqu’au Sénégal apprendre le "asko" des Toucouleurs, des Torobhè, il s’est rendu à Timbo puis à Singuéti dans la région de Gaoual pour y apprendre la geste des Kalduyabhe c’est à dire celle de Alpha Yaya.

Au Foutah théocratique, un Chef sans Farba est considéré comme un isolé, sans conseillers. Parce que le bon Farba ose dire la vérité à un Chef mieux, quelquefois, le guider même. C’est lui qui joue pour le souverain, pour le distraire ou l’instruire. Il connaît le Coran et n’hésite pas à citer des versets pour consolider son argumentation.

Les chansons des Awlubhe sont de véritables poèmes. Voici le "asko " dédié à Alpha Ibrahima

FARI

Yeddetaake yoo , Fari , yeddetaake ! !

Mô yeddi Fari maaya

Mô Fari yeedi maaya !

Landho tikka mödyo tyerdi,

I tô mbaggu työndi,

Landho waado naange, nangee

Tellô, gue wadha tyereli !

Hettyere wambe , seeka mbootu

Tellinô fero dyon saare

Dyodho dyanga Rimaawu !

Wogô wôgôondu maundu

Wogô wurô ,wettô dyon saare.

Ngatan poolu maungu

Fadha maunge,widho gaynaakö

TRADUCTION :

FARI : GRAND CHEF

Grand chef ! ton pouvoir est sans limites ;

Qui te contredit périt

Qui tu contredis périt !

Lorsqu’en campagne tu entres,

Tes fusils tu charges !

Le soleil ne brille qu’après ta victiore !

Très tôt , du dos maternel tu es descendu,

Renverser les trônes des tyrans

Et comme si de rien n’était, réciter le Coran

O ! toi grand loup qui disperse les troupeaux

Et terrorise les cités :

O ! toi Grand Lion qui ,

Du bœuf le plus grand n’en fait qu’une bouchée

Et qui , sans coup férir , fais fuir le berger !

Chez les awlubhe, les femmes ne sont pas autoriser à posséder le "askô". Elles chantent et dansent principalement. Cependant, elles peuvent librement reprendre en chants les déclamations des hommes. Ce faisant, elles participent ainsi à l’encensement du souverain et peuvent participer au ‘’yelaa’’.

Le "Yelaa" est une musique de cour, sorte de sérénade propice à égayer les veillées royales Le rythme est lent et majestueux. La danse est si noble qu’elle est pratiquement dominée par l’aspect choral. C’est pourquoi il ne serait pas faux de dire que le Yelaa est plus chant que danse .

Mais c’est le Sayaa qui est réellement une danse . Son rythme est rapide, crescendo , il devient vite envôutant et fulgurant. Sur des calebasses renversées, sur des bassines remplies d’eau (les dyidundun ), des baguettes percutent pour donner une batterie infernale qui finit par dominer les chants. Le Sayaa est exécuté surtout au cours des mariages ou à la veille des cérémonies initiatiques .

(1) asko : déclamations généalogiques

(2)Dieng (B) : Monographie des Awlubhe du Foutah Djallon. Mémoire D.E.S I.P.G.AN.C. 1970 p. 23

LES DERNIÈRES PAROLES DE DEMBA

LE DRAGON DE LA CHANSON AFRICAINE

Ils sont très nombreux ,-oui-très nombreux , ceux qui comme ont connu Demba , mais peu , très peu sont ceux qui comme moi ont eu le privilège de pénétrer son intimité.

Cette révélation , je la fais avec modestie mais non sans fierté, car Demba était pour moi plus qu’un ami, il était un frère : le dragon de la chanson africaine. Pour avoir reçu de lui, fraternité, amitié et confiance, je me dois de vous livrer les dernières paroles de Demba, disons la dernière interview fraternelle à coeur ouvert: Demba répondant aux questions que mon frère Ahmed Tidjane Diop de Radio Sénégal et moi même, lui posions quelques jours seulement après le 9 ème festival national, c’est à dire quelques jours avant Dakar.

* Demba Camara, voilà bientôt 12ans que vous êtes chanteur du Bembeya –JazzNational . Que signifient donc pour vos douze ans ?

- Ces 12 ans sont pour moi et pour moi et pour mes amis de l’orchestre synonymes de réussite.

Mais attention, prenez garde de croire que cela a été facile pour nous. Nous nous sommes battus, sérieusement battus pour devenir ce que nous sommes aujourd’hui. Et dans notre combat, nous avons toujours reçu de notre Peuple et de notre Parti, un soutien inconditionnel dont nous leur serons toujours reconnaissants.

Au public africain qui nous a surtout connus grâce à notre 33 tours «Bembeya Jazz-10 ans de Succès» vont également nos fraternelles et militantes amitiés.

* Mais comment êtes vous venu à la chanson?

- De la manière la plus simple. Au début, j’aimais beaucoup la musique et aussi j’avais un faible pour la danse. De danseur donc je suis devenu chanteur sur les conseils de Emmanuel Katty actuellement animateur de la Voix de la Révolution, autrefois chanteur. Cela se comprend bien pour qui connaît l’Afrique car chez nous, le chant appelle à la danse. Ainsi, ne pouvant pas toujours faire appel à mes amis pour chanter afin que je puisse danser, j’ai décidé de faire les deux à la fois. Alors j’ai commencé à chanter .

Avant d’en finir avec cette partie, je dois vous dire que la première troupe de mon comité Kabada II à Kankan a évolué sous ma modeste direction .

* En matière de musique il est dit : «Toutes les voix expriment un sentiment mais peu de voix savent les communiquer ». Mais vous, Demba vous savez le faire, comment vous y êtes-vous pris ?

- D’abord merci, pour ces compliments. Je dois à la vérité de dire que je participe à mes chansons, c’est-à-dire que j’essaie de tout mon être de me laisser pénétrer par elles afin de pouvoir pénétrer le coeur des autres. Mais comme vous pouvez l’imaginer, c’est un travail très difficile. Il faut du courage et de la persévérance. Je crois que si mes chansons sensibilisent c’est que souvent, je chante ce que tout le monde peut chanter avec moi .

* Pour ce faire, êtes-vous chanteur populaire ou alors seulement chanteur des chansons populaires ?

- Je crois être les deux à la fois mais je suis certainement plus l’un que l’autre, c’est-à-dire chanteur populaire. Car, par exemple, enregistrant dans un studio et communiant en direct avec le public, je ne suis pas toujours le même. La preuve: des disques comme Tentemba et Mamie Watta (Ambianso) enfin Whisky et Soda.

* Alors quells sont vos chansons préférées ?

- Sans trop de bavardages d’abord « Regard sur le passé », Toumaran, Tentemba (d’ailleurs j’ai un side-car qui porte ce nom ) ensuite Mamy Watta que j’appelle aussi Ambianso ou ambiance et enfin si vous voulez tout le reste.

* Avez-vous un message pour le public sénégalais qui vous attend avec une grande impatience,?

- Oh! Oui dites-leur simplement que nous arriverons. Le reste du message nous le dirons à Dakar nous-mêmes.

* Et la musique sénégalaise vous inspire-t-elle quelque chose ?

- Oui , j’aime beaucoup la texture de cette musique , surtout le calme dynamique de ses chanteurs. Enfin je puis vous dire (entre nous) que j’ai dansé le «Sabar» dans les quartiers de Dakar.

* Aux musiciens sénégalais et africains, avez-vous quelques mots ?

- Nous devons savoir rester authentiques tout en nous ouvrant aux valeurs universelles. Cela est très important.

* A présent en tant que chanteur national, quelle est votre mission Demba Camara?

- Eh bien! C’est un point sur lequel je ne suis pas bien compris par mes amis de Bembeya, car je leur dis toujours qu’à partir du moment où nous avons été consacrés orchestre national, moi Demba, je me considère comme membre de toutes les formations musicales guinéennes. Et c’est pourqoi d’ailleurs je dois bientôt enregistrer deux morceaux avec le Kalum Star de Conakry I. Il s’agit de deux chansons pathétiques: «Sala Donso» qui sera le premier blues africain authentique et elle a une partie commentée par qui sera faite par mon frère Justin Morel Junior. Ce morceau est l’opposé de Tentemba qui est en réalité le premier rythme authentique africain. Il vient du Ouassoulou .

Enfin la deuxième chanson c’est « Ile Mousso ». Une chanson tres particulière. Ces deux chansons, nous allons bientôt les enregistrer. Ce sera certainement avant Dakar car le Kalum Star entrera bientôt en studio.

* Avant Dakar , avez vous quelque chose pour le Peuple de la Guinée ?

- A ce peuple , à mon Peuple qui m’a donné ma liberté, ma dignité, je fais le don de ma vie.

Pour terminer , je dois vous dire entre frères que Dakar 73 sera pour Bembeya la consécration totale , tout est prêt. Tout.

Après le drame de Dakar, de retour à Conakry , à l’aéroport international Conakry-Gbessia, Ahmed Tidjane m’a dit, les larmes aux yeux: «Demba a vu Dakar, Dakar n’a pas vu Demba.» et je lui ai répondu: «Oui, Dakar n’a pas entendu celui qu’il avait attendu. C’est bien malheureux! ».

Avec cette fin dramatique, le mythe Demba commence : fantastique.

Justin Morel Junior

Extrait du journal Horoya du 14-04-73 Page 7

 

ET LA MUSIQUE HALPULAR EXPLOSA…

La musique halpular semble exploser subitement dans le hit parade national au grand étonnement de nombreux mélomanes qui avaient juré que cette musique là ne pouvait se débararasser de son style marqué par la récitation d’éternelles litanies généalogiques.

Mais voilà que la réalité les dépasse et les musiciens halpular font cartonner leurs succès, depuis qu’un certain 2 aout 1997, un artiste nommé Yéli Sayon par sa musique simple, sincère et synthétique bouleversa l’ordre des valeurs établies. Le secret de sa réussite tient d’une part à son indéniable talent et d’autre part à l’expérience culturelle de Justin Morel Junior , son producteur .

En effet depuis que JMJ était journaliste, il portait un intérêt particulier aux ensembles qui exploitaient le folklore peulh comme celui de Tougué, le Kolima jazz de Labé,le Télé-Jazz de Télimélé et autre Kinkon Jazz de Pita. Plusieurs tournées à l’intérieur l’avaient convaincu de la richesse de mélodies pastorales.C’est pourquoi devenu réalisateur,son premier clip vidéo sera également consaré au défunt Sadio Bah dans son titre ‘’Yérélélé" .

Restait à la musique du Foutah de trouver un porte-voix capable de tordre le cou aux ritournelles traditionnelles, d’associer aux belles mélodies des textes sensés dans une musique dynamique. En découvrant Yéli Sayon ce guitariste –chanteur, JMJ venait de gagner le pari. La preuve: le retentissant succès de l’album bien nommé ‘’Foutah Djallon’’.

Pour la première fois et pour longtemps le folklore peulh venait s’installer dans la première loge du hit parade national avec des titres comme ''Mahin, Hare Faroden'' (Avancez!). Par cettte porte grande ouverte Sékouba Fatako et Petit Yéro sauront chacun, avec sa personnalité entrer pour continuer à bercer et à faire danser un peu partout dans le pays.

Ce nouveau mouvement n’est pourtant pas le fruit du hasard. Avant ces deux artistes, des musiciens modernes comme Diallo Breveté, Binta Laaly, Abdoul Gadiry Diallo’’l’international’’, Ahmadou ‘’Accordéon ‘’ Barry, Mike Paraya et surtout Doura Barry avaient déjà eu des succès d’estime mais l’histoire retiendra que c’est Yeli Sayon qui fit le premier la révolution de la musique peulh moderne.

Cela a été possible certainement grâce à l’intelligence de Yéli Sayon, la beauté de sa voix mais aussi à la fusion mélodique et rhythmique réalisées par des musiciens venus d’horizons culturels guinéens différents et même de la Sierra Leone voisine.

C’est aujourd’hui une véritable pléiade de musiciens halpular qui débarquent sans complexe dans l’arène nationale ce sont entre autres parmi les plus poulaires : Lamarana Sidibé, Mamadou Barry, Ismael Touré, Tikho Tokoun, Léga Bah, Thianguel Barry…

Ils sont tous cependant redevables aux pionniers comme Sarsan de Mamou, Modjere Bah, Fatou Nylon, Ilou Djohere, Sory Kandia Kouyaté,Mouctar Baldé, qui les premiers interprétèrent publiquement ces mélodies des montagnes du Foutah dans leurs langueurs tourbillonnantes. Timidement la saga commençait pour atteindre aujourd'hui la notoriété nationale que les mélomanes saluent avec enthousiasme.

 

LA PETITE HISTOIRE DU BOLON

De nos jours la vie des hommes est impensable sans musique . Celle-ci est inimaginable sans instrument. Pourtant, c’est la nature qui, la première inspira les hommes qu créèrent les premiers instruments de musique. La légende, on la connaît… "le dieu égyptien THOT, se promenant un jour le long des rives du Nil, découvrit une carapace de tortue évidée, à laquelle adhéraient encore des tendons. L’air faisait vibrer ces tendons comme des cordes, sur cette caisse de résonnance primitive. C’est ce qui inspira au dieu égyptien l’idée de la première lyre.

La flûte elle, naquit des sons que le vent faisait naître en s’insinuant dans les roseaux …". La légende est longue mais elle cotoie l’histoire.

Les instruments de musique sous le flux talentueux, imaginatif et inventif de l’homme ont dépassé la nature et atteint la société pour se mêler à toutes ses activités. Tel est le cas du bolon, cette espèce de contre-basse africaine. Instrument de chansons guerrières, il est surtout célèbre dans l’Afrique mandingue du moyen-âge. Il accompagnait toujours les guerriers ou simplement le plus brave guerrier de l’armée royale. Le joueur de bolon est de ce fait témoin oculaire des combats. En chantant, il parle aux gueriers, vante leurss mérites, gonfle leurs poumons de témérité. Tous les ordres militaires dictés par le roi, relatifs aux comportements stratégiques sont repris par lui, mieux commentés pour donner plus de vivacité à chacun et hâter la victoire.

La bataille engagée :

Malgré la chaleur et l’âpreté des affrontements, le boloniste ne devra jamais quitter ni la chaleur, ni l’apreté des affrontements. Le boloniste ne devra jamais quitter le champ de bataille. Car lui, plus que nul autre, doit donner espoir au soldat qui n’en a plus ou peu .

Par l’appel constant à la lutte , par le rappel des consignes royales et l’honneur des ancêtres à sauvegarder . Après le combat , sur les chemins du retour, le seul son de son instrument infprme les villegeois de la défaite ou du succès de la mission à des distances considérables. Alors tous se dirigent vers la place publique . Le roi en tête va s’installer majestueusement sur son trône, entouré de sa cour, des guerriers, des populations locales et environnantes.

Tout le monde est là attentif, les oreilles tendues, le cœur en alerte. Un silence. C’est le moment solennel. Le joueur de bolon, d’un regard d’aigle fige sur lui toute l’assemblée. Témoin de visu, il est plus qu’un reporter autorisé . Il prend la parole, retrace avec fidélité le film des batailles. Du son grave de son bolon, il explique tout, fait revivre avec verve l’atmosphère des combats .

Louant ceux qui le méritent, réprimandant les autres, chante la geste des morts. S’adressant enfin au roi, il lui dit comment tout le succès n’a été possible que grâce à sa sagesse, à ses enseignements et à son intelligence.

‘’Tu n’a pas fini de grandir,

Tu grandira encore.’’

En cas de défaite, il fait renaître l’espoir, exhorte les guerriers à toujours mieux faire et les populations à faire confiance .

‘’Notre destin est toujours plus grand. Nous devons savoir rester grands même dans la défaite qui n’est que provisoire. Le monde ne s’arrête pas avec aujourd’hui.’’

Le contact facile, le boloniste a toujours des mots pour chacun et les notes de son instrument pour tous. Quelque soit l’issue des batailles; le chef, les guerriers et les populations se quittent toujours l’espoir au cœur par la magie du verbe du boloniste et peut être le mystique du bolon.

Justin Morel Junior

 

SEKOUBA BAMBINO REÇOIT SON DISQUE D'OR ''AFRICANDO''

C'est en présence de nombreux ministres, diplomates, fans, parents et amis que le célèbre chanteur guinéen, memdre du groupe international AFRICANDO, a reçu son disque d'or pour l'album BETECE, cet après-midi du 23 aout 2001 à l'HOTEL CAMAYENNE.

En lui remettant le disque du précieux métal, le Ministre de la Jeunesse A.Kader Sangaré a précisé en le congratulant qu'une plus grande fête lui sera très prochainement dédiée. Un gala national pour célébrer le jeune vertueux et talentueux qu'est SEKOUBA BANBINO dont la modestie rime avec sa popularité.

Rappelons que Sekouba a été gratifié aussi d'un Grammy de la BBC, remis également au cours de la cérémonie. Le manager de la maison Syllart Productions est venu à Conakry pour superviser l'évènement. Parmi les invités de marque, le Directeur Général du BGDA, Riad Chaloub a salué dans une émouvante interview le succès de Bambino et espéré que l'exemple Bambino soit suivi pour assurer la reconquête de sa  place de pionnière de la Musique africaine.

Toutes les vedettes guinéennes s'étaient données rendez-vous pour saluer le brillant transfuge du Bembeya Jazz National. Le Bembeya était  là au grand complet pour vanter les mérites de Sékouba et surtout la simplicité qu'il su garder et ses excellentes relations avec le groupe malgré ses nombreuses sollicitations internationales.

 

BEMBEYA JAZZ NATIONAL....LA RECONQUETE ?

Les musiciens du légendaire Bembeya Jazz National quitteront le 6 septembre Conakry pour une grande tournée sénégalaise. Ce séjour qui se veut historique passera par Dakar, Ziguinchor  et Tambacounda. Les organisateurs annoncent même une excursion musicale sur Banjul en Gambie. L'orchestre qui répète depuis le mois d'avril a promis de relever le défi en comblant tous ses fans de musique authentique durant toute une quinzaine.

Le Directeur Général de l'Agence Guinéenne de Spectacles, M. Isto Keira,  qui a goupillé toute cette opération en partenariat managerial avec des spécialistes sénégalais, confirme le sérieux de l'opération qu'il situe volontiers dans le cadre de la célébration des 40 ans du groupe mythique.

L'Agence de promotion Cocorico de Siré Diabaté a, dans une intervew accordée à la RKS (Radio Kaloum Stéreo) insisté sur le professionnalisme qui caractérise cette véritable fiesta que prépare le Bembeya pour le public sénégalais. Le Sénégal où plane encore l'ombre tutélaire du ''Dragon de la Chanson africaine'', le chanteur Aboubacar Demba Camara, mort à Dakar le 5 Avril 1973, victime d'un terrible accident de la circulation.

Les stars du Bembeya sont au rendez-vous, le virtuose Sékou Bembeya, "Diamond Fingers'', à la guitare solo, Youssouf Ba, est de retour, apres ses problèmes de santé; Sékouba Bambino est en tournée au Canada, mais promet de rejoindre l'orchestre tres rapidement.

Bembeya pourra-t-il accomplir le miracle...? Lui sera-t-il possible de reconquérir le public sevré depuis une éternité ? A suivre...

 

EXCLUSIF YOUSSOU NDOUR

La célèbre vedette sénégalaise Youssou Ndour a profité du séjour du Bembeya Jazz National au pays de la Teranga pour rendre un vibrant hommage au légendaire orchestre et à la musique guinéenne.

<<  Pour moi, le Bembeya, c'est emblématique, mais c'est surtout une légende. Quand j'ai entendu la publicité, je me disais que c'était pas vrai. On se rend compte que c'est une réalité, maintenant, bravo à tout le monde: les musiciens d'abord, les gens qui ont aidé à ce que le groupe soit reformé, à ce que le groupe se déplace, à ce que le groupe spécialement vienne au Sénégal à Dakar et aussi qu'aujourd'hui je me retrouve dans mon club, le Thiossane, que le Bembeya y joue, ça me fait énormément plaisir.

Surtout quand on parle de la musique guinéenne, cette musique qui nous a tant donné, énormément donné; pour moi les méga stars ce sont d'abord des chanteurs comme Kouyaté Sory Kandia, Boubacar Demba Camara, pour moi ,ce sont ces gens qui m'ont fait aimer la musique...... Manu Dibango, pour moi c'est ça des méga stars.

La musique guinéenne elle est ce qu'elle est avec énormément de mélodies surtout. Les grandes compositions aujourd'hui de la musique ouest-africaine sont forcément, à plus de 50% des compositions guinéennes et les grandes voix ouest-africaines sont forcément à près de 50% ou plus de 50% guinéennes, donc pour moi la musique guinéenne avec toute cette facette avec tout ce mouvement de diversités, elle reste quand même une des musiques de base de la musique ouest-africaine et généralement africaine.>>

Propos recueillis par Moussa Mara

 

SOCIETE: MGR ROBERT SARAH: '' JE DIRAI TOUJOURS LA VERITE, LA VERITE LIBERE L'HOMME ''

Conakry, 19 novembre 01 - Dans l'homélie de ses adieux à la Guinée, au cours de la messe d'action de grâce concélébrée à Conakry , ce dimanche 18, Mgr Robert Sarah a confessé. Extraits: '' Des commentaires tronqués de mon adresse au dîner organisé par le gouvernement   ont été rapportés au Président de la République. Je vous prie de lui remettre la copie originale de mon intervention. J'ai toujours été exigent dans la proclamation de la vérité et je mourrai au service de la vérité car, elle seule libère.

Vous savez combien je vous aime et combien j'aime ce pays. Mais je me sens rejeté, au moment où je quitte  la Guinée et cela m'attriste. Je supplie Dieu Tout-Puissant de maintenir la Guinée dans la paix et la justice. Durant mes 22 ans de ministère en Guinée, si j'ai blessé quelqu'un, qu'il me pardonne, car je l'aurais certainement fait par devoir....Que cette messe d'action de grâce soit le moment et de réconciliation. Comme vous le savez, j'ai toujours fait un examen munitieux de la situation socio-politique nationale...

Aux jeunes, je dis: Ayez la hantise du travail bien fait et menez le combat contre la corruption. Que le soleil ne se couche jamais sur votre colère. Engagez-vous avec générosité dans le débat politique et n'entrez point dans les violences qui détruisent l'Afrique. ... Et vous, parents, il faut montrer aux jeunes par la parole et l'exemple, qu'ilest possible à des hommes et des femmes de caractère de résister à certaines tendances de notre époque, ou même de modifier le cours des événements et de prouver ainsi que le torrent n'entraîne pas le rocher. Seul le sable est emporté par le courant. Le rocher au contraire, détourne le cours du torrent. Mais y a-t-il aujourd'hui des rochers.... ''.

Ce sermon prononcé en guise d'adieu a ému plus d'un guinéen, chrétiens ou musulmans, car Mgr Robert Sarah a toujours cultivé la différence fondée sur la quête constante et courageuse de la vérité. Comme il se décrivait lui-même, deux jours avant, au dîner offert par le gouvernement guinéen: ''   une sentinelle, un guetteur à la porte de la cité guinéenne.''

La cérémonie qui a duré environ trois heures, a connu la participation de 15 à 20.000 fidèles toutes religions confondues. Le soleil était ardent, malgré les manguiers et autres palmiers dont l'ombrage était recherché par tous.

Les chrétiens ont espéré la visite du Président Lansana Conté qui l'avait promis à Mgr Sarah, au cours de l'audience qu'il avait accordée au prélat, au lendemain de sa nomination de Secretaire chargé de l'Evangélisation des Peuples (Département Asie), par le Pape Jean Paul II.

Cette absence est interprêtée par les uns et les autres comme la confirmation de la tristesse avouée par Mgr Robert Sarah, qui a cependant, demandé de prier pour les responsables guinéens afin que Dieu les éclaire et guide leurs pas. En effet, fidèle à lui-même, l'ex-archevêque de Conakry, aurait aimé une dernière fois dire, de visu, sa part de vérité au président Conté, comme il l'avait fait en son temps avec le président Sékou Touré. Cette occasion ne lui a pas été donnée, mais les échos de ses deux dernières interventions ont eu un tel retentissement que l'homme de Dieu peut partir avec la conscience du devoir accompli. Ses inquiétudes exprimées d'une façon limpide ont achevé de convaincre tous les guinéens sur ses qualités d'homme de foi dont le sacerdoce est incorruptible.

Si, pour les jeunes de Guinée, le départ de l'archevêque n'est qu'un aurevoir comme l'affichaient les t-shirts qu'ils arboraient pour la circonstance, en réalité, ce n'est certainement pas demain que  Mgr Robert Sarah, qui rejoint le gouvernement du pape, reviendra.

Alors chacun, peut -etre se souviendra de ce proverbe: '' Le mensonge peut construire mille cases, c'est la vérité qui un jour les habitera.''  Et chacun se souviendra un jour de ces mots de Mgr Robert Sarah: '' Je ne pouvais quitter la Guinée sans interpeller une dernière fois notre conscience personnelle et collective face à nos responsabilités historiques... C'est l'amour de mon pays qui me donne l'audace de proclamer ce que je crois. Et comme je voudrais communiquer à chaque guinéen, surtout aux responsables et leaders politiques, la passion qui me dévore pour la prospérité de la Guinée.''

 

IN MEMORIAM: MADIGBE KOUROUMA N'EST PLUS

LA MORT D'UN HOMME COMPETENT ET JOVIAL

Conakry, 14 novembre 01- Madigbè Kourouma, Représentant de l'UNESCO au Burkina Faso est décédé le lundi, 12 novembre, aux environs de 22 heures, dans un hopital parisien, foudroyé par la maladie. Ce philosophe et idéologue guinéen était   fonctionnaire onusien depuis une vingtaine d'années. Sa compétence, son sérieux et sa grande sociabilité lui ont permis de grimper progressivement tous les échelons professionnels du Système.

Originaire du village Baranama, Madigbè Kourouma est né à Kankan, en février 1944. C'est dans cette ville légendaire qu'il fera ses études primaires, secondaires et universitaires, avant de descendre sur Conakry, la capitale. Produit de l'Université guinéenne qu'il  servira longtemps, avant de devenir Inspecteur général du Parti, puis de l'Education, à la fin des années 70.

Grand homme de culture, pédagogue averti et administrateur vigilant, Madigbè avait la faconde des maîtres de la parole, livrée dans une plaisante modestie. Pour la petite histoire, l'on retiendra qu'il fut chanteur de l'orchestre Julius Nyéréré de l'Université de Kankan. Son titre-phare traitait de l'alphabétisation. Plus tard, il se spécialisera dans cette problématique.

La cinquantaine grisonnante, la poitrine forte et de gros yeux, Madigbè était un homme de conviction dont la sincérité et les connaissances avait séduit feu Mamady Keita, célèbre philosophe et ex-Ministre de l'Education qui l'avait rapproché de lui et offert toutes les opportunités professionnelles pour son total épanouissement. Il lui en est resté très reconnaissant. Et ce n'est donc pas par hasard que son fils aîné avait gardé le patronyme de cet ami.

Moi je l'ai  connu à l'Institut polytechnique Gamal Abdel Nasser de Conakry, alors que j'étais étudiant en philosophie et histoire. Il faisait partie du groupe de jeunes professeurs que j'aimais bien pour leur ouverture d'esprit et leur engagement intellectuel. Depuis, nous sommes restés amis et, malgré les tempêtes du temps, la fidélité est restée notre chaîne et la culture, le ciment de nos relations.

Je n'oublierai jamais nos soirées au Fesctac 77 à Lagos avec l'équipe des Zas,  Bailo Télivel, Souleymane Baldé, Dirus Doré... Madigbè Kourouma était l'un des principaux organisateurs de ce grand Festival Africain des Arts et de la Culture. Je n'oublierai jamais aussi, mes escales sénégalaises où il venait presque toujours me chercher à l'aéroport pour un brin de discussion. Il avait la répartie et la réflexion faciles et savait sans vexer personne faire passer le message de ses convictions, surtout quand son interlocuteur ne les partageait pas. C'est cette empathie qui fera de lui pendant plusieurs années le président de l'Association du Personnel UNESCO au BREDA, à Dakar.

Affecté au Sénégal en 1979, il sera chargé du programme Alphabétisation. Il y travaillera sans relâche près de dix huit ans, avec l'appréciation constante de ses supérieurs, ce qui lui  valut finalement sa promotion comme Représentant de l'UNESCO au Burkina Faso en 1997. 

Il nous quitte alors qu'il avait encore tant à donner, lui qui savait dans l'épreuve, garder un sens rare de l'humour et de la tolérance. Lui, Madigbè Kourouma, dont l'image d'époux débonnaire, de père jovial et d'ami loyal nous restera.

Le Système des Nations Unies, ne te pleurera pas, Madigbè, il te montrera toujours en exemple, fier de ton travail et de ton humanisme véritable.

A Bana, ton épouse, à tes cinq enfants, tes parents et tous tes amis, vont  nos condoléances les plus attristées.

Que ton âme repose en paix. Amen.  JMJ

 

AVANT-PREMIERE: SEKOUBA BAMBINO EN EXCLUSIVITE MONDIALE

Conakry, 17 janvier 2002- Il y a une semaine aujourd'hui, le staff de production de la vedette Sékouba Bambino Diabaté, invitait les journalistes de la place à une séance d'audition exclusive, en première mondiale,  du prochain opus de l'artiste guinéen. C'était au night club Madrid, quartier Madina, corniche sud.

Pour la plupart des journalistes présents, le 7ème album de Bambino crache du feu. Il est téméraire. Il s'attaque au public hip hop et aux mélomanes de la world music. Avec un invité de marque comme Disiz La peste, le rapeur sénégalo-français, Bambino n'oublie donc pas la nouvelle vague des jeunes branchés. Un autre Bambino, une nouvelle vision. Des arrangements de grande main. Un album bien équilibré.

Les instruments traditionnels comme le Ngoni, le Bolon et le Balafon, sont valorisés par un heureux mixage. Par-dessus tout, l'artiste demeure fidèle à ses traditions, même quand il reprend avec bonheur l'inimitable Soul Brother n*1, Mr Dynamite James Brown, c'est en...malinké qu'il chante. Il laisse le soin aux choristes de fredonner avec éclat les doux refrains de ''It's Man's man's world''. Une éblouissante restitution qui fera sourire ou frémir plus d'un. Jean Baptiste Williams, journaliste musicien de son état a déjà littéralement craqué.

Douze titres fouettés avec un talent fou. A retenir: Sinikan, Nimafèlè, Famou, C'est compris, Ntiwara, Habib Cissoko, Atétolama, Gnaniginin, Bambino, Promesse, N'nafila, It's Man's man's world.

L'événement était goupillé par Syllart Productions et CDS. Sortie de l'album le 23 février au Stade du 28 Septembre de Conakry.

 

AVANT-PREMIERE: SEKOUBA BAMBINO EN EXCLUSIVITE MONDIALE

Conakry, 17 janvier 2002- Il y a une semaine aujourd'hui, le staff de production de la vedette Sékouba Bambino Diabaté, invitait les journalistes de la place à une séance d'audition exclusive, en première mondiale,  du prochain opus de l'artiste guinéen. C'était au night club Madrid, quartier Madina, corniche sud.

Pour la plupart des journalistes présents, le 7ème album de Bambino crache du feu. Il est téméraire. Il s'attaque au public hip hop et aux mélomanes de la world music. Avec un invité de marque comme Disiz La peste, le rapeur sénégalo-français, Bambino n'oublie donc pas la nouvelle vague des jeunes branchés. Un autre Bambino, une nouvelle vision. Des arrangements de grande main. Un album bien équilibré.

Les instruments traditionnels comme le Ngoni, le Bolon et le Balafon, sont valorisés par un heureux mixage. Par-dessus tout, l'artiste demeure fidèle à ses traditions, même quand il reprend avec bonheur l'inimitable Soul Brother n*1, Mr Dynamite James Brown, c'est en...malinké qu'il chante. Il laisse le soin aux choristes de fredonner avec éclat les doux refrains de ''It's Man's man's world''. Une éblouissante restitution qui fera sourire ou frémir plus d'un. Jean Baptiste Williams, journaliste musicien de son état a déjà littéralement craqué.

Douze titres fouettés avec un talent fou. A retenir: Sinikan, Nimafèlè, Famou, C'est compris, Ntiwara, Habib Cissoko, Atétolama, Gnaniginin, Bambino, Promesse, N'nafila, It's Man's man's world.

L'événement était goupillé par Syllart Productions et CDS. Sortie de l'album le 23 février au Stade du 28 Septembre de Conakry.

 

MUSIQUE: PLEINS FEUX SUR LE NOUVEL ALBUM DE SEKOUBA BAMBINO

Conakry, 25 janvier 2002- L'album « SINIKAN » de Bambino est enregistré dans les Studios OPUS de Michel SARDOU, en France. Les arrangements sont assurés par le célèbre musicien français François Bréant qui est à son troisième album africain, après ceux de Salif keita (Soro et Koyan).

Ce nouvel opus de Bambino a connu la participation des grands ingénieurs de son comme Herve Marignac.   Syllart Productions qui a produit cet album, a investi plus de 100 000 dollars US, sans compter les frais d’arrangement. La réalisation de l'album « SINIKAN » de Bambino a pris un an de travail et de recherche artistique pour aboutir.

De grands noms comme Dizis Lapeste, Ousmane KOUYATE et Jean Jacques MILTO ont participé à l'oeuvre. Après la finition de l’album « SINIKAN » il a été écouté et apprécié par certains médias privés européens qui ont décidé de prendre part à la sortie officielle de la cassette à Conakry, prévue le Samedi 9 Mars 2002, pour voir l’artiste dans son milieu et avoir une plus large image culturelle de la Guinée.

Le Monde, Libération, Folk Roots, Beat, Télérama, France 2,  et CFI ont confirmé leurs arrivées. Une Sonorisation de 70 000 Watts de puissance sonore est prévue pour livrer un spectacle de dimension internationale au Stade du 28 septembre.

 

SANTE: VACCINATION DE 400.000 ENFANTS DE GOMA ET KIROTSHE

Goma, 5 février 2002- Watoto Kwanza ! Watoto Kwanza ! crient en choeur, les enfants de cette école en ruine. En Swahili cela signifie : ‘’Les enfants d’abord !’’ Tout un programme. Surtout en ces lendemains qui déchantent à Goma.

Goma est une ville fille du Lac Kivu, bâtie sur sa rive gauche, qui émerge même au coeur de cette interminable chaîne volcanique des Virunga, où deux cratères encore actifs s’amusent, périodiquement, en spectaculaires éruptions au grand dam des populations, apeurées, sinistrées, tuées. Pourtant, Goma jouit en temps normal d’un climat agréable, adouci par les vents du Kivu, le jour, et la nuit, par la brise ravalant les sommets d’une moyenne de 1500 mètres.

Mais depuis la dernière éruption du 17 janvier et ses terribles conséquences humanitaires, la situation a bien changé et l’on craint désormais que la rougeole ne fasse des ravages parmi les populations vulnérables que sont les enfants, d’autant plus que les dernières statistiques montrent selon l’Unicef que la majorité des cas soit 56 % ont été plutôt observés chez les plus de cinq ans.

Les craintes d’une épidémie de rougeole sont justifiées, car les taux de couverture vaccinale sont généralement faibles. Et Docteur Facinet Yattara, Coordonnateur des Journées Nationales de Vaccination (JNV) en Est RDC, précise que ‘’les taux étaient respectivement de de 46% pour Goma et 61% pour Kirotshe et beaucoup moins les trois années précédentes, ce qui augmente le risque. De même, les conditions de vie précaires des populations déplacées qui ont perdu toîts et biens préparent le terrain à la malnutrition sévère surtout chez les enfants de moins de cinq ans, ce qui représente un facteur important de létalité accrue dans cette tranche d’ age au cours d’ une épidémie de rougeole.’’

La campagne de vaccination contre la rougeole qui démarre demain est donc préventive. Elle durera six jours (du 6-11 février) et concernera les zones sanitaires de Goma et de Kirotshe, situé 40 kilomètres plus loin. A Kirostshe, les enfants pourront être rapidement touchés, car les écoles y fonctionnent normalement, tandis qu’à Goma, il faudra surtout compter sur les centres d’accueils temporaires, l’appui des ong locales et internationales présentes sur place pour pouvoir atteindre de nombreux enfants dispersés depuis le sinistre.

L’équipe de l’Unicef et les autorités sanitaires locales saisiront cette opportunité pour administrer une dose supplémentaire de vitamine A à la même tranche d’âge, environ six mois après la campagne de supplémentation effectuée au cours des JNV 2001. Cette fois, ce sont près de 400.000 enfants âgés de six mois à 15 ans sont ciblés par cette campagne de vaccination de masse, conformément à la stratégie nationale de la RDC programmée pour 2002 et 2003 pour un meilleur contrôle de la rougeole.

Pour garantir la réussite d’une telle opération, l’Inspection provinciale de la Santé qui pilote la totalité de l’opération, l’Unicef et l’OMS, MSF Belgique et Save the children ont préparé la logistique adéquate et consolidé la gestion de la chaîne de froid. La communication se déploie en un vaste mouvement soutenu par la mobilisation sociale, encouragée par les médias locaux (presse écrite, radio et télévision), supportée par ce qu’on appelle ici, ‘’les lance-voix’’, ces puissants mégaphones transportés à bord de bus collectifs. Une communication de proximité efficace dont espère beaucoup ici. Ainsi, 350 infirmiers seront mobilisés sur une centaines de sites choisis pour cette opération. Une campagne qui mobilise les églises, les maires de communes, les chefs de quartiers et d’avenues, unis dans une lutte solidaire contre la rougeole.

L’Unicef pour sa part, a dégagé quelque 200.000 dollars américains, pour entre autre, assurer l’achat des vaccins, la fourniture du matériel de vaccination et divers coûts opérationnels. Chacun des partenaires engagés dans l’opération souhaite que cette campagne de vaccination aboutisse à une large couverture vaccinale des enfants et puisse permettre aux services sanitaires de reprendre leur travail sur des bases fortifiées par cette campagne de grande envergure. Et tout Goma pourra proclamer : ‘’nous avons fait Watoto Kwanza !’’

Justin Morel Junior

Camp Goma

 

GOMA: APRES LE VOLCAN, LA VIE…

Goma, 04 fevrier  2002- Voici donc Goma, ville meurtrie, ville martyre. Le volcan Nyiragongo a balafré la cité de ses laves fluides et incandescentes, de ses scories fumantes puis refroidies. Les fumerolles que les vents poussent, transportent encore cette odeur de méthane qui enveloppe la ville en plusieurs endroits.

Comme une pieuvre rapace, Nyiragongo a étendu ses tentacules partout dans cette ville de quelque 450.000 habitants. Entre ces amas calcinés, ces cendres envahissantes, erre encore une population sur laquelle le volcan a impitoyablement craché sa colère. Ces gravats de 3 mètres de haut, ces arbres carbonisés, ces maisons décoiffées ou découpées, ces rues recouvertes de scories, ces immeubles terrassés, ces écoles et marchés enfouis; bref, toutes ces ruines témoignent de la violence de l’éruption du 17 janvier qui a fait de 30% des habitants de Goma désormais, des sans-abris.

Si les premiers jours, ce sont environ 150.000 personnes qui s’étaient réfugiées au Rwanda voisin, dans les villes de Gisenyi et Ruhengeri; depuis, la plupart sont revenus, malgré les conseils des volcanologues les invitant à la prudence. Les populations ont avec bravoure autant que possible déblayé les rues des tonnes d’immondices, pour permettre une certaine fluidité de la communication. La ville qui n’est plus divisée en deux, essaie de survivre en tutoyant quotidiennement le danger.

Dans ce décor de désastre, des enfants perdus, éberlués, plus à la recherche de pitance que de leurs parents. Les femmes gardent cependant leur dignité devant cette catastrophe, mais les bébés qu’elles portent au dos pleurent leur faim. La lutte pour la survie est un combat de tous les jours. Soixante dix-sept mille familles sont ainsi en situation de précarité absolue, nécessitant une action concertée immédiate.

Les humanitaires sont venus de partout pour aider les populations en état d’urgence. Mais l’Unicef qui était déjà en activité à Goma, s’est rapidement déployée pour cerner la situation et essayer de donner les appuis nécessaires aux populations en détresse. Les mouvements des populations sinistrées entre le nord Kivu et le Rwanda ayant provoqué d’énormes déplacements d’enfants non accompagnés, particulièrement sur l’axe Goma-Sake-Minova-Bukavu ou encore Goma-Rutshuru, L’Unicef, en collaboration avec Save the Children et le CICR, s’est engagé dans le volet enfants non accompagnés ou séparés de leurs familles dans la zone de Goma. Deux cents enfants ont pu être identifiés au Rwanda, 250 à Goma et 89 à Bukavu. Par ailleurs 707 demandes de recherches ont été déposées par des familles. Entre identification des enfants et réunification des familles, L’Unicef, le CICR et les Ong locales internationales, ont pleinement collaboré pour améliorer la situation des uns et des autres. Une réponse humaine rapide qui a permis de sauver beaucoup d’enfants de l’insécurité ambiante.

L’urgence a consolidé à Goma la synergie entre les agences humanitaires et c’est tant mieux. S’appuyant sur une stratégie de communication de proximité, L’Unicef grâce à ses messages diffusés sur les antennes de la Radio locale et la mise en place de points d’écoute a pu assurer en harmonie avec les parents et les responsables communautaires une assistance directe à près de 400 enfants victimes du Nyiragongo, et cela, malgré la destruction de ses magasins par les éléments déchainés, qui ont aussi rayé 45 écoles de Goma de la carte, livrant ainsi à eux mêmes 24.000 élèves du primaire et du secondaire.

Une situation préoccupante qui fait l’objet de toutes les réflexions actuellement, même si certains annoncent que le 25 février devrait voir la reprise des cours. Il est vrai que ce n’est pas une tâche facile, pris en étau entre les conseils de prudence des scientifiques et l’attachement viscéral des populations à leur Goma natal, les humanitaires présents à Goma sont pressés de toutes parts de priorités en santé, en nutrition, en eau et assainissement, etc.

Impliquée effectivement dans les différentes opérations depuis le 17 janvier, L’Unicef a pu fournir entre autres, 200.000 tonnes de matériels d’urgence non alimentaires ( couvertures, savons, bidons, bâches,), mais aussi des kits nutritionnels, 21.200 pastilles de purification de l’eau et quelque 900 kilogrammes de chlore pour le traitement de l’eau, 30.000 tonnes de lait thérapeutique, etc. Cette aide a pu profiter à près de 77.000 familles.

Pour prévenir une propable épidémie, l’Unicef en collaboration avec ses partenaires habituels, notamment l’OMS ainsi que des ONGs internationales (MSF- Belgique, Save The Children) appuiera une grande campagne de vaccination contre la rougeole du 6-11 février 2002, ciblant les 400.000 enfants de 6 mois à 15 ans de la ville de Goma et de la zone sanitaire de Kirotche. La ville de Bukavu qui abrite environ 20.000 déplacés a reçu également une assistance en non vivres pour faire face à l’épreuve. Des médicaments y seront prépositionnés pour une intervention rapide en cas de choléra.

Pendant ce temps, malgré tous les risques annoncés par les experts, (car la terre frémit encore à Goma), de jour comme de nuit, des bruits sourds secouent de façon spasmodique la ville; en dépit de tout cela, la vie reprend le dessus. Les populations s’affairent à retrouver leurs lopins perdus dans ces déchets volcaniques. Tandis que les volcanologues continuent leurs relevés techniques, les habitants de Goma, ramassent des tôles par-ci, des briques ou des blocs par là, pour se refaire un toit. Une situation incertaine qui est un défi permanent à… demain que tout le monde ici redoute tout en s’accrochant éperdument à Goma.

Justin Morel Junior

 

EDUCATION:OU EST MON ECOLE ?

Goma, 8 Février 2002- Entre ces ruines toujours fumantes, sur ces vastes étendues noires de lave compactée, deux enfants dessinent au loin des figures géométriques bizarres. Les pierrailles crépitent de chaleur sous leurs petites savates poussiéreuses et la pluie qui tombe s’évapore aussitot en fumée blanche odorante, sous l’effet des braises ardentes qui parsèment ces lieux.

Ces enfants ne jouent pas, ils essayent plutot de repérer ce qui, il ya seulement trois semaines était leur cour de récréation. Aujourd’hui, ils s’y perdent. Devant ces monticules de lave, ils semblent mesurer la profondeur des cicatrices que Goma portera longtemps encore. Une espèce de scarification volcanique qui aggrave leur situation et entraîne chaque jour un peu Goma dans une vie plus précaire, avec ses 20.000 maisons détruites.

Les responsables de l’éducation annoncent la destruction de 45 écoles, certains mêmes parlent de 50 établissements engloutis par l’océan de lave. A présent, 24.000 élèves du primaire et du secondaire sont privés d’enseignement. Les enseignants eux-mêmes sont sinistrés, beaucoup ont perdu leurs maisons et biens, surtout ceux du quartier de Katindo.

Dans ces conditions, les priorités se bousculent et s’éliminent quelques fois, faute de moyens. Une situation dramatique à laquelle Goma ne pourra jamais faire face toute seule. Comment en réalité affronter tous ces problèmes, avec des parents plus appauvris, des enseignants déboussolés, des élèves affamés ? Les institutions onusiennes (Unicef, Ocha, Pam, Hcr,etc) et les Ong locales et internationales (Save the Children, Msf Belgique, etc), la Croix Rouge, contribuent chacune à sa manière à amoindrir les effets de la catastrophe et fournissant vivres et non vivres aux populations éprouvées. La date du 25 février est retenue pour le retour des enfants à l’école, mais quelle école, puisque la plupart des enfants se demandent maintenant où est leur école?

La Directrice Régionale pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, Madame Rima Sala, en séjour à Goma, a promis que l’Unicef appuiera le retour à l’école en contribuant à la réhabilitation des écoles détruites et la fourniture de matériels scolaires pour 12.000 élèves de l’enseignement primaire public, soit la moitié des effectifs. Elle a également annoncé la distribution prochaine par l’Unicef, de 500 kits scolaires (cahiers, crayons, craie, ardoises,etc) et des tables-bancs pour aider les enfants à reprendre le chemin de l’école.

Cette action, selon les responsables de l’éducation, est de nature à soulager sérieusement les élèves et les parents inquiets pour l’ avenir. Mais, comme dit un vieux sage de Biréré, quartier animé de Goma: ‘’la vie est une aventure, l’on peut toujours recommencer, il faut seulement savoir garder espoir.’’

Justin Morel Junior

<?xml:namespace prefix = st1 ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:smarttags" />Camp Goma, 8/02/02

 

SANTE: GOMA, MAKISI, DEMAIN EST UN AUTRE JOUR…

Goma, 7 Février 2002- Courbée sous le poids de son gros sac de charbon, ses deux filles devant, elle avance péniblement sur les côteaux qui longent le lac Kivu, en direction de Bukavu.

Les véhicules qui passent, les plongent dans un nuage de poussière argileuse, qu’elles chassent de leurs mains, pour respirer la brise qui remonte du Lac Vert. Cette femme a décidé la nuit dernière de se rendre au Centre de santé de Bwérémana, où les enfants devront être vaccinés, selon ce que lui a dit le chef de quartier, qui le tient du chef de la localité, qui lui, est en contacts réguliers avec les responsables de la santé de Kirotshe à 40 km de Goma.

Makisi Mawatu est une brave femme dont la vie est un mélange de douleurs et de misères. Veuve depuis deux ans, elle a, seule, la charge de ses deux filles que lui a laissées son mari défunt, victime d’une affaire de lopin de terre. Le charbon qu’elle transporte, elle le revendra au détail sur les étals du village Minova, pour subvenir à ses petits besoins et à ceux de ses deux filles.

Sur la route qui les mène au centre de santé elle parle à ses enfants de sept et cinq ans: ‘’ Vous savez, actuellement, il faut faire attention, les maladies se promènent beaucoup, surtout depuis cette affaire du volcan de Nyiragongo, beaucoup de mauvaises choses circulent et vont nous faire très mal, mais il faut supporter. J’ai même appris que les gens de Goma ont amené la rougeole…Alors, attention. Les infirmiers ont parcouru tous les coins et hameaux pour informer tout le monde de se faire vacciner pour se protéger. Vous devez absolument éviter d’attraper ‘’Suluba’’(rougeole), cette sale maladie. Ca fait mal et peut tuer… N’ayez donc pas peur, c’est une piqûre que l’on vous donnera et c’est fini… Et puis, c’est gratuit, c’est l’Unicef et l’OMS qui nous aident comme ca.."

Les deux filles un peu craintives, donnent quand même leur accord à leur maman. Elles continuent leur marche dans ce paysage de rêve, où les montagnes et les collines font une course à l’infini.

Elles arrivent au Centre de santé, déposent leur charge de charbon et rejoignent les rangs déjà formés par des dizaines de femmes, d’enfants, et de bébés à califourchon sur le dos de leurs mamans. Des paroles échangées furtivement. Des cris. Des pleurs. Le rang avance. C’est à présent leur tour. Une injection. Un cri. Une caresse d’infirmier. La vaccination est terminée. Les enfants soupirent, la mère respire enfin.

La vaccination se poursuit, tandis que le chef de la Zone de Santé explique aux journalistes de la Radio Télévision Nationale Congolaise, la stratégie développée pour atteindre les tranches d’âge cibles (6 mois à 15 ans) de la campagne de vaccination dans le Sud Kivu, avec l’appui des écoles, des familles et des communautés. ‘’Ici, selon Dr Asini, nous profitons même de la vaccination dans le village de Shanga, pour faire de la récupération nutritionnelle’’.

Le médecin, comblé par l’affluence au Centre de Santé, continue à entretenir les médias sur les 189.339 enfants qui seront vaccinés sur les 402.848 habitants de Kirotshé, il est convaincu que cette campagne sera un succès.

Quant à l’équipe de supervision de la campagne, de passage à Kirotshe, elle conseille de faire attention aux cas des enfants non scolarisés et déscolarisés. Elle insiste sur le fait que toutes les tranches d’âge ciblées doivent être effectivement touchées. Dr Elie Mashimango conclut: ’’Il faut communiquer, remonter les résultats pour qu’ils soient analysés et diffusés, en vue d’une meilleure connaissance de la situation.’’

Pendant que les techniciens discutent encore, Makisi Mawatu et ses deux fillettes Bahati et Moséka s’éloignent. Elles marcheront sept kilomètres pour rejoindre la chaleur de leur cabane.

Demain est un autre jour… Justin Morel Junior, Camp Goma, 7/02/02

 

ENFANCE: NYIRAGONGO ET LES ENFANTS DE GOMA

Goma, 6 Février 2002- De son petit visage de noix de coco, semble dégouliner de fines larmes. Les yeux embues, le cheveu ras, avec une petite robe marron à carreaux, Amini Ebatuma a cinq ans. Elle a fui avec ses deux soeurs Riziki et Mapenzi, dans la débandade générale qui a suivi l’explosion du volcan Nyiragongo, alors que les laves fumantes étaient à 50 mètres de leur vieille hute..

Depuis, elle s’est retrouvée à Massisi (71 km de Goma), recueillie par une famille inconnue, dans un élan de solidarité admirable. Puis, grâce à SOS Grands Lacs, une Ong locale qu’appuie l’Unicef, elle a été retrouvée, identifiée et répertoriée. Elle est ici aujourd’ hui, à Saké, au Centre de transit des enfants non accompagnés.

La tête baissée, elle murmure, puis, marmonne en mots saccadés, sa terrible aventure. Sa soeur Riziki, s’approche, la soutient, la relève et nous traduit ses mots arrachés à la douleur du souvenir: " Notre mère est une vendeuse de charbon et notre père travaille avec les grosses machines qui entretiennent les routes. Quand ils ont vu que les laves foncaient sur notre maison, ils nous ont demandé de monter dans le bus qui attendait dehors, mais nous, nous avions tellement peur de nous retrouver bloqués dans une auto, que nous avions préféré nous enfuir à pied." Mapenzi (13 ans) poursuit: " ce jour-là, les marcheurs étaient plus rapides que les bus, car les embouteillages étaient nombreux et tout le monde courait comme des fous. Nous avons fui avec beaucoup d’enfants voisins."

Les voilà donc toutes trois au camp de Saké, à 27 km de Goma, un centre de transit soutenu par l’Unicef et oú travaillent les volontaires de l’Ong SOS Grands Lacs, d’autres de la Croix Rouge et des Guides et Scouts de la région. Elles attendent désormais de retrouver leur famille.

Une quarantaine d’enfants sont dans ce centre, encadrés sous le double signe de la prévention et de la protection. En ces temps de calamité, nous explique Bony Mushayuma, le responsable de SOS Grands Lacs:" il y a des risques d’exploitation sexuelle des enfants, nous devons donc faire attention aux liens de parenté. Ce ne sont pas tous ceux qui se déclarent parents qui le sont réellement. En effet, certains pourraient être tentés de profiter de la misère des enfants, pour en faire tout simplement des petits esclaves, ou boys, comme on dit ici."

Les recherches seront donc approndies et des monitorages réguliers sont faits pour mieux suivre les conditions d’existence des enfants dans certaines familles d’accueil volontaires. Ce centre de transit héberge les enfants pendant 30 jours, tout au plus. Le temps de retrouver les traces de leurs parents, de les identifier et de réunir les familles séparées dans la fournaise des laves volcaniques de Goma.

Pendant leur séjour, les enfants sont pris en charge de manière à les ‘’détraumatiser’’ et à les soigner.. Amini, par exemple, souffre de râle crépitant au niveau du poumon gauche, les agents de santé du Centre de Saké sont convaincus qu’elle est victime des poussières minérales du Nyiragongo et d’autres gaz toxiques drainés par les laves en furie. Elle est donc soumise à un traitement d’antibiotique conséquent. Ils sont des centaines d’enfants qui ont aujourd’hui besoin de traitement physique, mais surtout psychologique pour mieux les sécuriser intérieurement.

Mapenzi (8 ans), la seconde soeur d’Amini affirme:"nous sommes tranquilles ici, nous jouons et nous étudions avec les autres enfants. Mais nous n’oublierons jamais ce vilain volcan qui nous a chassées de chez nous.".

Depuis le 17 janvier, le volcan Nyiragongo, comme tout honteux s’est vêtu de brume, et plus personne ne l’a encore revu. Amini et ses soeurs, elles veulent vraiment enfin, revoir leur famille. Ce à quoi SOS Grands Lacs, l’Unicef et la Croix Rouge et s’attèlent dans une fructueuse collaboration. Justin Morel Junior

 

GOMA: BILAN D'UN VOLCAN...

Goma, 11 Février 2002- Le fleuve de feu dans sa rage du 17 Janvier a éventré les tuyauteries de la ville, fait fondre les robinets des bornes-fontaines des quartiers populaires et recouvert de nombreuses installations, privant ainsi pour longtemps, les habitants de Goma de sources d’eau potable. Deux cents millions de mètres cubes de magma déversés jusque dans le Lac Kivu, créant de nouveaux rivages et polluant les eaux.

Défrichage, concassage, déblayage, c’est le lot quotidien des ‘’Gomatraciens’’(habitants de Goma), au lendemain de la coulée mortelle de laves.

Au bord du Lac, l’Ong Oxfam et MSF Belgique, travaillent à ravitailler les populations en eau potable. L’Unicef a fourni du chlore nécessaire à l’opération. Les ouvriers vont ainsi pomper entre 600 à 800.000 m3 par jour. Dans les quartiers populeux, chaque apparition de citernes pleines d’eau,  est saluée par les enfants et les femmes en applaudissements joyeux. C’est alors que les ‘’Shukudu’’, ces bicyclettes en bois ‘’made in Goma’’, entrent en scène pour livrer à domicile, moyennant quelques sous, la précieuse denrée.

En attendant, les pertes humaines sont estimées entre 60 et 100 morts dont la majorité suite à l’éruption et l’explosion de la station d’essence. Les pertes physiques et financières ne sont pas encore totalement chiffrées. Ce qui est sûr, elles atteindront plusieurs dizaines de millions de dollars au moins.

Les églises, les industriels, les pharmacies, les planteurs, les commerçants, les hommes d’affaires annoncent des montants qui aboutissent à des sommes pharaoniques. Que dire de l’aéroport détruit au tiers…Si l’on ajoute à ce bilan l’incendie du dépôt d’urgence de l’Unicef (valeur 800.000 dollars américains) et les couts des bureaux totalement calcinés de l’OMS, l’on obtiendra une facture que le Nyiragongo ne pourra jamais payer !

La campagne de vaccination initiée par l’Unicef et l’OMS et qui vise 400.000 enfants, sauvera certainement la plupart d’entre eux de la rougeole, mais qui les sauvera (eux et leurs parents) de la faim, du dénuement, de la misère ?

Avant la catastrophe déjà, le taux de chômage à Goma, tournait autour de 70%, à présent l’on craint bien que 90% des 5000 travailleurs ne soient obligés de rester dans la rue.

Les urbanistes, en vue de prochains recasements ou transferts au site du Lac Vert, ont préparé 2000 parcelles de trois catégories, accessibles aux plus faibles bourses. Des écoles et commerces y ont leurs places. Les industriels occuperont l’extrême ouest de la ville. Trente mille ménages sont aujourd’hui considérés, soit 210.000 personnes.

Mais, le recensement complet de tous les sinistrés et de leurs biens perdus s’avère être une autre paire de manche, certains, dans cette confusion générale sont tentés de multiplier leurs pertes, par deux, ou trois. Le rôle des ‘’Nyumba Kumi’’, responsables de 10 maisons sera nodal dans ce travail pour éviter d`être complices d’éventuels tricheurs.

De jeunes géologues du Centre universitaire de Bukavu sont venus cartographier Goma et ont même identifié des cheminées dont la stricte surveillance, permettra de limiter relativement l’effet de surprise du volcan Nyiragongo.

Les volcanologues, pourtant estiment qu’avec les récentes fissures découvertes en ville (notamment vers l’aéroport) et les tremblements de terre qui continuent à secouer régulièrement la ville, les chances de survie à Goma se réduisent sérieusement. Mais, les populations locales préfèrent mourir ici et sont prêtes contre toute attente à reprennent déjà leurs activités.

La guerre des parcelles a déjà commencé et les spéculateurs et autres petits malins abusent de la bonne foi de citoyens malheureux et nécessiteux.

Cette attitude quelque peu suicidaire met les humanitaires dans une délicate position, car il sera difficile de leur part d’engager des interventions pérennes sur un espace dont les spécialistes décrivent les risques et les dangers.

Avec toutes ces émanations de gaz, une épidémie d’infections respiratoires est bien possible. Les autorités locales de ce territoire sous contrôle du RCD, lancent tous les jours des messages invitant les populations à la retenue et à la discipline.

Partagées entre les sites de transit où l’ECHO (European Community Humanitarian Office), le Bureau d’ Aide Humanitaire de la Communauté Européenne est très actif, et les futurs sites de réinstallation, pour les institutions onusiennes, sous la coordination d’OCHA(Bureau de Coordination de l’Aide Humanitaire des Nations Unies), la priorité est d’abord de faire face au présent. C’est d’abord ça l’urgence!

Cette situation pourrait durer entre 3 et 6 mois selon les spécialistes, mais c’est compter avec les inconnues des ‘’équations volcaniques’’.

Combien de temps durera encore ce dilemme ?

Qui prendra la décision de partir face à une population déterminée ?

A quand la prochaine éruption ?

Autant de questions de survie… Justin Morel Junior, Camp Goma

11/02/02

 

VIH/SIDA: ‘’ HANGE NA SIDA ! ’’

Goma, 10 Février 2002- Le vieil homme peine à tirer sa brouette de riz, le garçon traîne sa bicyclette en bois surchargée de fagots…de bois, les femmes forment de longues colonnes bruyantes, jerrycans à la main, attendant leur tour pour remplir leurs bidons. Images quotidiennes. Scènes de vie banales. Nous sommes devant le siège de l’association ‘’Hange na Sida’’, en Swahili, attention au Sida ! ‘’...Vous voyez, le Nyiragongo est un volcan jaloux, il a surtout frappé le coeur de la ville, les quartiers Virunga, Office, Katindo, Biréré, les parties les plus animées de Goma, où les danseurs se déhanchaient au rythme de ‘’ndombolo’’ frénétique danse locale, où vrombissaient les plus puissants haut-parleurs, où chacun oubliait jusqu’à l’existence même du sida. C’était la vie, la belle vie ! Nous avons choisi de nous installer ici pour toutes ces raisons. Et, puis certains de nos amis sont morts de sida. Tout cela nous a motivés.’’ C’est par ces mots que nous accueille, Kabwé Tshingoma, le chef de l’association ‘’Hange na Sida’’.

L’éruption du 17 janvier est venue rappeler à tous les dangers d’une vie de flambeurs et aux jeunes de l’association ‘’Hange na Sida’’, l’importance de leur mission de sensibilisation dans un des secteurs les plus chauds de la ville : Biréré, un quartier reconnu mal famé où les comportements à risques sont courants. Ici, les populations sont encore abasourdies par la violence des éléments qui ont enseveli une bonne partie de la ville sous des laves de 4 mètres de haut, par endroits. Dans ce quartier de Biréré, le volcan a épargné par miracle des cabanes en bois, pour calciner des bâtiments en ciment. Le volcan a fait de nombreux sans-domiciles-fixes, surtout chez les plus pauvres. L’association pense que c’est un facteur aggravant, il ne faut donc pas baisser les bras, le travail doit continuer.

‘’Hange na Sida’’ a très tôt associé l’Unicef à ses activités, pour en faire un partenaire régulier. Ses conseils et son appui financier, ont aidé l’association à développer des séances d’animation sociale dans les 3 principaux secteurs de Biréré, à savoir : Mikeno, Mapendo, Kahembé. Des moments intéressants, mais harassant tout de même.

Kabwé Tshingoma, avertit : ‘’Nous disons à tous les adolescents qui veulent nous rejoindre, ici, ce n’est pas 8 heures au travail, mais bien 8 heures de travail par jour…Nous sommes 30 jeunes volontaires, décidés d’aider Biréré à faire face à ses problèmes de santé reproductive. Notre rôle consiste à encourager les adolescents et tous les autres à éviter le ‘’vagabondage sexuel’’, à se protéger, à adopter un comportement responsable pour ne pas être victimes de leurs corps et du virus maudit.’’

‘’Hange na sida’’ a été fondée, il y a à peine six mois, mais déjà leurs multiples activités sont fort appréciées des habitants du coin. Ils ont déjà pu toucher 3783 personnes dans leurs campagnes de sensibilisation qui sont animées de projections vidéo, de débats avec les séropositifs et tous ceux qui veulent prendre leur vie en charge. ‘’Hange’’ organise des séances de formation au cours desquelles, la parole est donnée à chacun pour qu’il se libère et dépasse le seuil de la gène du regard collectif. Des chansons contre le sida et pour la responsabilité communautaire ont été composées par des prosélytes du groupe pour mobiliser toutes les forces vives contre le sida : maîtres d’école, chanteurs, pasteurs, peintres, commerçantes, etc.

Les centaines de cassettes musicales qui circulent dans les quartiers, diffusent des messages de sensibilisation sur la prévention, le dépistage et la prise en charge. Les citoyens qui les écoutent les trouvent harmonieuses, mais surtout, ils en discutent souvent le contenu pour voir comment les mettre en pratique. De l’autre côté de cette rue serpentine, les posters géants qui ornent les murs invitent chacun à utiliser les préservatifs pour se protéger et protéger les autres.

Pour les jeunes de ‘’Hange na sida,’’ le sida n’est pas une maladie, c’est toutes les maladies, car, le corps affaibli, sans défense immunitaire peut être agressé par toutes sortes d’épidémies. Sur une population de 450.000 habitants, la séropositivité est de 9%, soit environ 40.500 personnes concernées.

L’exemple réussi de collaboration de l’Unicef avec cette association devra se poursuivre avec de nombreuses autres qui existent dans ce pays-continent. Le prochain programme de coopération avec la République Démocratique du Congo, (2003-2005), qui met en priorité la lutte contre Vih/Sida, trouvera certainement là des opportunités de futurs succès.

Justin Morel Junior

Camp Goma, 10/02/02

 

PRESSE: MOTS CHOISIS DE LA CONFERENCE DE MANFILA KANTE

Conakry, 25 janvier 2002- La conférence presse du guitariste-chanteur Manfila Kanté s'est déroulée hier au Centre Culturel Franco-Guinéen. Elle a drainé du beau monde: une centaine de journalistes et admirateurs, le réalisateur Cheick Doukouré, le célébrissime arrangeur malien Boncana Maiga,  le directeur de la Radio nationale Issa Condé, le directeur de l'Agence Guinéenne des spectacles Isto Keira et ...bien d'autres encore.

Les vedettes de la place s'étaient aussi mobilisées pour rendre hommage à celui qu'elles appellent le doyen. Citons entre autres: Kerfallah Kanté, Mory Djely Deen, Zénab Kouyaté, Yaya Bangoura, Alhassane Barry, Oumou Dioubaté, Koulako Sagno, Petit Condé. L'on regrettera l'absence des doyens de la musique guinéenne, surtout ceux des orchestres nationaux, pourtant résidant à deux pas, dans la cité de la paillote, mais c'est peut-être une autre histoire.

Le journaliste culturel Jean Baptiste Williams en maître de cérémonie courtois et inspiré, a planté le décor musical de Manfila Kanté, avec une biographie concise mais dense. C'est après que la star du jour prendra la parole pour présenter son album et sa personne. Les journalistes, comme ils l'avaient promis vont ''cuisiner'' le doyen'. Voici donc, en exclusivité, quelques passages choisis.

''Moi, je suis né en 1946 dans une famille pauvre, et je n'ai pas honte de vous le dire. Mes parents se sont battus pour me donner une bonne éducation et je les en remercie.''

''Je suis polygame, je sais que ce n'est pas un bon exemple, mais il faut dire la vérité aux journalistes. Jj'ai deux femmes et beaucoup d'enfants. Je ne vous dirai pas le nombre, car je ne veux pas faire comme un de mes amis, qui racontait qu'il avait 6 enfants et demi... (Rires dans la salle). Mais attention pour moi, le divorce est la pire des choses, car ce sont les enfants innocents qui en souffrent toujours.''.

''Mon conseil aux producteurs guinéens c'est d'espacer les sorties des albums pour permettre au public de mieux apprécier leurs produits et aux cassettes de mieux se vendre.''

''J'ai deux complices dans ma vie, ce sont Salif Keita et Amadou Sodia. Et c'est Salif Keita, le malien qui m'a fait découvrir le talent de mon compatriote Ahmadou Sodia.''

''Vous, les journalistes guinéens, je dis que vous êtes civilisés, nous à Paris, on nous parle de quotas. Ici, vous êtes plus ouverts à la culture des autres et cela n'empèche pas, comme on le voit les guinéens d'aimer leur musique.''

''Avant, quand j'étais inconscient, je composais 5 titres par jour, depuis que j'ai compris, je n'arrive pas à composer un titre par mois.''

''Pour  moi, les pirates sont des vampires parce qu'ils sucent notre sang.''

''Chaque disque est comme un accouchement, une délivrance et j'ai mon planning musical, comme d'autres ont leur planning familial. Voilà pourquoi maintenant, je mets du temps entre mes albums.''

''Un disque d'or pour Farabana?, je n'y pense pas. Je sais que mon frère Mory Kanté a repris 3 ou 4 fois Yèkèkè, avant de pouvoir réussir la consécration internationale et obtenir des disques d'or.''

'' Je suis contre les jeunes qui font du Dombolo ou du Mbalakh dans notre musique.''

''Je suis un voleur comme tous les compositeurs. On prend toujours quelque chose de quelqu'un quelque part.''

''Rénovateur ou innovateur, non, je ne sais pas ce que je suis. A vous de voir.'' 

Les débats se sont poursuivis avec le souci de savoir comment enrichir la tradition sans la trahir, comment pouvoir garder à la fois la beauté des mélodies et la profondeur des paroles. Presque deux heures de conversations agréables, vraies et directes.

Pour terminer, Alhassane Barry, Yaya El Bango et Koulako Sagno ont offert des play-backs de leurs meilleurs titres.

 

DISPARITION: M. KOUMANDIAN KEITA, LE SYNDICALISTE PANAFRICAIN N'EST PLUS

Conakry, 12/07/02- Le corps de l'illustre disparu a quitté Conakry dans la nuit du 11 juillet, pour Kouroussa, où seront organisées les funérailles, selon la volonté de la grande famille des Keita, ce vendredi 12.

La mort de M. Koumandian Keita a été ressentie avec beaucoup de tristesse par le peuple de Guinée. Les amis, les parents, les admirateurs et même les badauds viennent en flots incessants, dans la cour de l'école réalisée par le puiné du défunt, et qui porte le nom de son exemplaire père, présenter leurs condoléances et s'associer à la douleur de la famille éplorée, en les consolant de leur présence massive.

El Hadj Koumandian Keita est né à Koumana (Kouroussa) en 1916, instituteur principal à la retraite, ex directeur de l'Ecole de Dixinn, ex Secretaire Général du Syndicat des enseignants de Guinée, ex Secretaire Général des Enseignants d'Afrique Noire et président du Bloc Africain de Guinée (BAG), en 1954, principal part d'opposition au PDG-RDA de Sékou Touré.

Les enseignants guinéens, frustrés par leurs misérables conditions de vie, rédigèrent un ''memorandum à l'intention du gouvernement.  Ce Mémorandum fut considéré par le PDG (parti démocratique de Guinée), parti unique au pouvoir, comme un pamphlet inspiré par des forces réactionnaires. Et, la ''Révolution'' décida de sévir.

Les enseignants furent traités de ''traitres comploteurs'' et la plupart furent arrêtés et emprisonnés pour des années. C'est que les hagiographes du PDG ont appelé ''le complot des enseignants'. Une triste page de l'histoire de la Guinée indépendante, qui annonça le premier divorce entre l'élite intellectuelle et le président Sékou Touré.

Koumandian ser arrêté et emprisonné en 1961, suite au Memorandum rédigé par les Enseignants, relatif à l'amélioration de leur situation administrative. Relaxé en 1966, il reprit avec courage ses activités dans l'enseignement  jusqu'à la retraite. Il meurt le 9 juillet 2002, malade et démuni, mais digne.

Les amis de prison vivants parmi lesquels, il faut citer les professeurs Niane Tamsir Djibril et Bah Ibrahima Caba, se proposent d'organiser, avec le soutien de la famille et des autorités guinéennes, un grand symposium sur la vie et l'oeuvre de M. Koumandian Keita.

 

MEDIA: MORT ACCIDENTIELLE DE TH. MADJOU BAH, ANCIEN DIRECTEUR DE LA RADIO RURALE DE LABE

Conakry, 12/07/02- La démarche feutrée, la courtoisie innée, le savoir discret, Thierno Madjou Bah, ancien directeur de la Radio rurale de Labé et chef de la planification, à la Direction générale des Radios rurales, nous a quittés le mercredi 10 juillet, fauché par un violent accident de la circulation, à 8 kilomètres de Mamou. Il se rendait à Donghol (Pita), pour presenter ses condoléances à la famille, pour sa marâtre disparue, quand il a rencontré son destin.

Journaliste brillant et sobre, sorti de l'école allemande, il mariait avec bonheur la rigueur de son éducation peule aux principes universitaires de la RDA socialiste, qu'il connut. Il a travaillé au quotidien national Horoya, a participé à la naissance de la Radio Rurale avec l'inoubliable Cheick Sylla. Homme de terrain, il s'investit par passion, depuis longtemps dans l'agriculture. Intellectuel ouvert, il travaillait régulièrement avec les ONG et les institutions internationales comme la FAO, l'UNICEF, le PNUD, et ses compétences étaient hautement appréciées.

Il nous quitte à 58 ans, père de 10 enfants. Que son âme repose en paix. Amen.

 

DISQUES: THE BEST OF YELI SAYON, ECOUTÉ PAR AFRICULTURES

Conakry, 8/07/02-     A l'écoute des premières mesures on craint le pire : on connaît hélas trop ce gouzi-gouzi de synthétiseur bon marché, marque de fabrique de tant de disques africains enregistrés sur place avec de pauvres moyens...

Et puis soudain la découverte de cette voix magnifique lamine les préjugés. On se dit que vraiment, l'Afrique de l'Ouest regorge de Salif Keita en puissance, qu'il suffirait de leur donner un peu plus de moyens... Yeli Sayon est un griot Peul de Guinée qui a pas mal d'heures de vol : il fête ses 40 ans et plutôt que de vous en dire plus je vous invite à lire le texte du livret.

Car une fois n'est pas coutume, si le disque africain se signale en général par l'absence ou l'indigence du commentaire, cette collection Bolibana a toujours brillé par sa différence grâce à la prose cultivée et fleurie de l'écrivain guinéen Justin Morel Junior. Même si par instants la flûte de feu des Bambara et des Peul se mêle amoureusement à son chant, Yeli Sayon n'a rien d'un artiste folklorique.

On le sent galvanisé par la frénésie des orchestres de danse d'Afrique centrale, même s'il garde la majesté et le phrasé dramatique qui sont les signes distinctifs de la musique "mandingue". Finalement, les synthés de John Wisdom sont plutôt séduisants, la flûte de Camara Laye renversante, les arrangements d'une rare sensualité et de toute façon cette voix de ténor souveraine emporte tout sur son passage.

Un vrai chef d'oeuvre, au même titre que le dernier Salif Keita, même si le budget a dû être cent fois, même mille fois moindre ! (GÉRARD ARNAUD, Africultures.).

NB. J'ai souri en découvrant que l'auteur me prenait pour un écrivain. Je lui écrirai pour lui préciser que je suis simplement tout simplement, un journaliste. Ou peut-être, il faudrait que je devienne écrivain, par amitié pour lui et d'autres, qui m'y encouragent, et pour le plaisir d'écrire sur des gens et des choses dont j'ai été témoin de l'évolution. JMJ

 

COMEDIE MUSICALE: ABDOULAYE OSKY, LA MUSIQUE EN RIANT

Conakry, 09/10/02 - C'est le samedi 12 octobre que les Etoiles de Boulbinet vont nous faire découvrir au Palais du Peuple, un jeune comédien-musicien qu'ils ont arrangé et qui va offrir son premier opus, dans un spectacle de dédicace qui promet de mobiliser du beau monde.

Abdoulaye Osky, va-t-il devenir le nouvel amuseur public, le jovial saltimbanque dont rêve un grand nombre pour chasser les soucis du quotidien... A en croire les commentaires dithyrambiques qui précèdent sa sortie, l'on pourrait rapidement se prendre au jeu. Osky se moque de lui-même et de tout le monde. Bien. Très bien.

Ses chants sont des tranches d'humour bourrées de textes populaires, de dénonciations téméraires et de provocations et conseils gratuits. Les Etoiles de Boulbinet lui ont cuisiné une musique folklorique adaptée à son style et aux exigences de la littérature comique. Cette production est signée Papa Yans, le manager des Etoiles de Boulbinet. L'album est baptisé ''Tna Kha fé'' est tout acoustique, tout traditionnel. Retour aux sources.

Le public semble entrer dans le jeu, mais pour combien de temps encore...En  attendant, avec lui au moins, un peut apprendre à voir la vie du bon côté. Et lui faire la musique en riant et en nous faisant rire à coeur-joie.

 

CULTURE: LES PROVERBES, QUINTESSENCE DE LA SAGESSE AFRICAINE

Conakry, 10/10/02 - Les proverbes sont la quintessence de la sagesse africaine. Concis et précis, le proverbe résume toujours le conte. Epousant des formes symboliques, métaphoriques ou paraboliques, le proverbe cristalise le conte, le livre en formules lapidaires à ceux qui vivent dans cet univers traditionnel . Chaque proverbe est en fait un abrégé du monde traditionnel qui l'a enfanté. Un proverbe est un musée.

Le diseur de proverbes doit nécessairement connaître les réalités sociales qui les ont générés, faute de quoi , il risque de travestir la force de la pensée et la noyer dans un snobisme serville. Le défunt  Madigbè Kourouma écrivait  dans la philosophie du Sanda (proverbe en manika) : '' le proverbe manifeste un sens aïgu et pertinent de l’observation et du comportement humain. ll constitue l’arme suprême de la pédagogie traditionnelle."

La collectivité entière est l’auteur du proverbe. C’est un genre anonyme, caractéristique principale de son essence sociale. Sanda (en manika) Taali en susu , Tindol (en pular), le proverbe porte toujours le sceau de la collectivité qui l’a synthétisé. Qu’il soit à caractère humaniste , humoristique , économique , stoïcien etc…le proverbe est toujours de plein de philosophie . Bien que revêtant des couleurs locales, les proverbes en tant qu’archétypes de la conception de l’univers, partout où l’homme affronte l’homme ou la nature ont une irremplaçable valeur.

Le proverbe est la finale du conte.

Le proverbe peut donc réfléter les contradictions de classe de la société dont il est le fruit. La galerie animale que peut comporter un proverbe n’est souvent en réalité que le transfert de notre société, avec ses vices et ses vertus, ses faiblesses et ses forces, la lutte des puissants et des opprimés.

Généralement en Guinée, tout proverbe peut être introduit dans un chant. La gamme de choix étant large, le traditionniste, selon la nature du choix, trouvera le proverbe conséquent . Les proverbes fortifient les chants , ils concourent  à former un ou plusieurs couplets ou  sont alors des refrains.

Dans les chants pular par exemple, la phrase ordinaire est généralement maintenue. Autrement dit que toute phrase peut-être chantée selon la circonstance, la puissance d’improvisation de l’artiste, la force de son inspiration . Ainsi les proverbes sont introduits dans les chants sous la même forme que dans les discours ordinaires .

En Guinée, les proverbes existent sous deux formes: les proverbes chantés et les chants en proverbes.

 

NOUVEAUTÉ: IZO ISMAEL, UN RAYON DE SOLEIL REGGAE

Conakry, 10/10/02 - Une nouvelle vedette est née est Guinée : IZO ISMAEL. Un jeune charmant et créatif. Il invente le’’Reggae-Respect’’, une musique à la sauce guinéenne, avec des ingrédients tropicaux de qualité. Son style est fait de paroles solides que le quotidien du guinéen lui inspire.Un album de 10 titres sort de sa première expérience pour l’imposer simplement comme le nouveau porte-drapeau du Reggae made in Guinea avec la notion de ‘’Reggae-Respect’’.

Respect des traditions guinéennes, respect des aînés, respect des valeurs africaines. Avec IZO ISMAEL, le reggae guinéen explore de nouveaux horizons grâce à la voix limpide et cristaline de ce jeune trentenaire, venu de nulle part et qui va terrasser nos habitudes musicales. IZO ISMAEL est une nouvelle découverte de la maison Clipson en partenariat avec un certain Hady Yansané, un producteur qui fait ses premiers pas.

Electricien de formation, IZO ISMAEL étonne par la densité de ses textes, la force de son timbre et l’harmonie naturelle de sa voix. Les émules du légendaire prophète du Reggae, Bob Marley, commencent petit -a petit à occuper la place. Les musiques composées par IZO ISMAEL apparaissent comme le début d’une grande aventure, d’un grand amour entre les mélomanes guinéens et lui. De son vrai nom Ismael Sylla, le jeune chanteur a créé un charmant sobriquet qui pourrait le mener loin, surtout que sa monture est bien faite et solide.

SOUVENIR

Justin Morel Junior est un confrère de Radio-Conakry et en même temps un ethnomusicologue. Lors de la dernière tournée que l’orchestre de la Gendarmerie (Les Amazones) a effectué dans notre pays, à l’occasion du 22e anniversaire de l’Indépendance, nous avons pu l’accrocher à Louga.

D’abord en tant que membre de l’encadrement du groupe qu’il accompagne dans ses tournées depuis bientôt dix ans, mais aussi, en sa qualité d’animateur des grandes émissions musicales dans son pays.

BOUBACAR DEMBA CAMARA

Mais puisque la femme est à l’honneur, en ce moment, au Sénégal, nous commençons par vous demander le rôle de la femme dans votre pays.

Je crois que sur tous les plans, elle est maintenant intégrée à toutes les activités sociales, mue par la pensée cardinale : « le premier mari de la femme, c’est son travail. » Et la preuve la plus fulgurante de cette assertion, est là devant vos yeux : des femmes musiciennes. Ce qui n’avait jamais existé auparavant.

Justement, on aimerait savoir comment fonctionne un tel orchestre ?

Comme la totalité des orchestres en Guinée. Un ensemble musical, dans notre pays, vit en parfaite harmonie avec les institutions du Parti et de l’Etat. Subventionné par l’Etat Guinéen, qui lui achète tous les instruments dont il a besoin, les musiciens sont sous la coupe de l’Agence musicienne des Spectacles et la Direction nationale des Arts. Toutes ses activités sont coordonnées par le Comité national de la Jeunesse et la R.D.A.

Cela ne peut-il pas constituer un frein dans leur épanouissement. Je veux dire les empêcher de voler de leurs propres ailes, parce que sous tutelle presque administrative.

Possible. Depuis un an, en tout cas, il y a une tentative d’autonomie des ensembles artistiques qui est engagée. Nous attendons les résultats.

Y a-t-il d’autres orchestres féminins en Guinée ?

Il y en a exactement trois : les célèbres Amazones qui ont fait plusieurs fois le tour d’Afrique, avec de rapides excursions en Europe ; les « Messagères », nouvel ensemble appartement à la Milice nationale qui est encore jeune (3 ans d’existence en face des Amazones qui en accusent 21), enfin la section traditionnelle de l’ensemble de la Radio-Télévision guinéenne dans lequel, contrairement aux deux premiers ensembles, les femmes jouent uniquement d’instruments traditionnels : tambours, bolons, koras, balafons, violons, flûtes, etc…

S’il est un musicien d’Etat, en principe le musicien guinéen doit aussi être rémunéré par l’Etat.

Effectivement, le musicien, chez nous, est intégré à la fonction publique et comme tel, a un salaire de fonctionnaire. Il est en outre protégé par le Bureau guinéen du Droit d’Auteur. Il y a cependant des études en cours pour une certaine autogestion des musiciens.

La musique guinéenne vit-elle toujours sous l’ombre du défunt Boubacar Demba Camara.

Absolument pas. Il y a des jeunes loups aux dents très longues et inch allah, vous les verrez sous peu. Mais puisque nous parlons de Boubacar, il serait peut être bon de rappeler qu’il y a 9 ans que l’incomparable animateur du Bembeya trouvait la mort. D’ailleurs, je suis actuellement à la finition de la rédaction de sa biographie qui sortira à Conakry à l’occasion du 10e anniversaire de sa disparition. Et je voudrais profiter de vos colonnes pour inviter tous ceux qui l’ont connu, à envoyer leur témoignages à l’adresse suivante : Opération Biographie Demba BP 742 Conakry, R.P.R. de Guinée.  L’appel sera sans doute entendu car c’est le moins que nous devons au défunt.

Justin Morel Junior : « Si j’ai choisi de me pencher sur la biographie du grand disparu qu’est Demba Boubacar Camara, c’est plus pour une œuvre didactique, que pour rendre un simple hommage à un disparu. »

« L’art guinéen est régi par une agence nationale de spectacles et une direction nationale des spectacles ». Résultat : il s’intègre en parfaite harmonie avec les utilisations du parti et fait de ses interprètes des fonctionnaires de l’Etat.

Propos recueillis par CHEIKH BA

 

Festival mondial de la Jeunesse et des Etudiants

La Guinée au rendez-vous de Moscou

La délégation guinéenne au 12e Festival international de la Jeunesse et des Etudiants de Moscou est de retour dans notre pays depuis quelques jours. Conduite, on se souvient sous la direction du ministre intérimaire de la Jeunesse, des Arts et des Sports, M. Zaïnoul Abidine Sanoussi, elle était composée de conférenciers de l’Université, des Ballets Africains et de l’Orchestre Kélétigui et ses Tambourinis.

Pendant deux semaines, nos représentants ont vécu dans l’ambiance d’une fête grandiose où ils ont apporté le message d’amitié et de paix de notre pays aux jeunesses du monde.

Notre envoyé spécial Justin Morel Junior nous fait revivre ici la participation guinéenne à cette manifestation.

LES BALLETS AFRICAINS

Sortis à peine d’une tournée triomphale de 45 jours en France, les voici embarqués à nouveau pour une autre destination bien connue : Moscou 85 ! pour le compte du 12e Festival international de la Jeunesse.

Flonflons, badges, drapeaux, fresques, banderoles, les Ballets débarquent dans la capitale soviétique tout gais et tout beaux. Ils donnent le ton le 27 août dans le défilé inaugural. Acrobaties, chants, danses, le tout coloré. Devant plus de 100 000 personnes, nos ballets fantaisistes et bondissants font crépiter leur passage d’applaudissements et il en sera pendant la semaine moscovite et durant la tournée ukrainienne.

Quinze jours joyeux, où les soviétiques vont apprécier les tours de corps de danseurs allègres, de chanteuses enjouées. Ils gratifieront ainsi les publics soviétiques et étrangers de leurs plus célèbres numéros : « Forêts Sacrées », « Soundiata », « Veillée de Kora », « Concert de Tam-tam ». Des numéros, même mille fois joués, ont toujours une dimension et une intensité jamais identiques.

C’est le constant renouvellement. Le temps semble ricocher sur la personnalité de ces stars qui, depuis plus de 20 ans, travaillent à la grandeur de cet ensemble : Mamady Kourouma le percussionniste, Italo Zambo, l’éternel jeune et comédien raffiné, Fanta Kaba, la girafe des savanes mandingues, Hamidou Bangoura, la force et la puissance. Ils sont ces moments de la danse africaine, inamovibles ; Manana Cissé, danseuse inépuisable et les plus jeunes Marie Péchou, Maïmouna, Naïtou, Parisot, Mimo et j’en passe. Des talents qui méritent chacun un temps de réflexion. Pas étonnant donc que les festivaliers aient accueilli en seigneurs de la danse à Voroshilovgrad, Krasnodon et Rovenkin les Ballets Africains de Guinée.

En Ukraine, après le pain et le sel de bienvenue, les Ballets engageaient toujours la farandole de l’amitié scandant ; « Mir ! Droujba Festival ! », Les fleurs en mains, le cœur sur les lèvres. Et pendant que le public envoûté battait déjà la cadence, les saltimbanques improvisaient des airs qui emballaient davantage la foule !

Avec les Ballets Africains, le bon spectacle est garanti et l’honneur national assuré car partout où ils passent les commentaires rythment toute la représentation, et à la fin du répertoire de 120 minutes le public en réclame toujours. Debout, il applaudit, rit et crie : « le spectacle doit continuer ! »

KELETIGUI ET SES TAMBOURINIS

 Pour participer positivement à ce festival, les doyens de la musique guinéenne ont pris une portion de jeunesse. Radieux, tendres, solennels, précis en une heure, ils font le tour de la musique guinéenne, des jeunes apportent une sève nouvelle : Seydou Nour Thiam (vedette à part entière), Paul Millirono (chanteur des Fils du raïs). Le retour de Amadou Thiam (ex Quintet Makéba) aux percussions facilite les recettes rythmiques. Les doyens Momo Wandel, Kerfallah Camara, Manfila Kanté, Linké Condé, Sylla kaba sont là, des piliers solides. Bosely Keïta et Kandè Sylla, Sékou Condé aux guitares, en idéale complicité, harmonisent leurs notes pour la félicité des mélomanes.

En renfort Docteur Gontran Maka, et Mamadouba Niassa (tous deux trompettistes.) portent le nombre de souffleurs à 7. Un record dans la musique guinéenne moderne. A Moscou, les Tamourinis se sont produits deux fois. Dans la salle de conférence de l’usine de mécanique Karatcharovo les musiciens offriront des chaloupées de plaisir. Des titres dansants et récents comme : « Passa Pissy » avec Abdoul Karim alias Chuck Berry, « Mana Mani » avec le doyen Manfila Kanté Dabadou, Doumbouya, etc. Ficelés avec virtuosité, ces chants portés par des rythmes chauds ont déployé avec faste les couleurs de notre musique nationale. Admirable de modestie, les Tambourinis ont offert leur spectacle sans bruit mais avec une honnête détermination.

Seydou Nour Thiam, intégré pour la circonstance dans les Tambourinis, a musicalement fait la différence. Il a volontairement tranché avec les Tambourinis tout en étant accompagné par ceux-là mêmes. Dans « Africa » il a imposé tout naturellement sa personnalité en brodant sur sa guitare des arpèges dont il a le secret et en donnant au micro la chaleur et le charme de sa voix.

A deux reprises, il jouera en solo. D’abord pour les sympathiques pionniers de Vorochilovgrad, il chantera « Watu yili », autrement dit dans la vie, « fais attention » et enfin à Rovinbkin, à l’usine de locomotives, il entonnera « Africa » repris en chœur par les Ballets et les musiciens soviétiques de l’usine. Pour sûr, Seydou Nour Thiam est une vedette !

Au sein des Tambourinis il a donc apporté sa jeune expérience et ses dons. Cette présence a été aussi salutaire pour les Tambourinis au cours du festival.

Vieux routiers des Festivals (Berlin 73, Lagos 77, Cuba 78, etc…) les Tambourinis ont gardé leur sang froid même dans l’été moscovite.

XIIIe Festival culturel national

Ce n’est pas toujours à tort que la croyance populaire affirme que le chiffre 13 est de mauvais augure. En effet, après avoir été reporté d’Avril à Novembre, le 13e Festival culturel guinéen aura bien lieu cette fois. La Commission Culturelle du Comité Central qui est l’organe technique de la Commission nationale d’organisation vient de le confirmer. Le Festival aura lieu du 12 au 22 novembre, l’apothéose donc atteinte avec les grandioses manifestations qui auront lieu au Stade du 28 Septembre pour marquer le 12e anniversaire de l’Agression portugaise et la victoire du Peuple de Guinée.

Si, habituellement aux festivals guinéens, la belle part est surtout faite aux arts, cette année, les sports de toutes les disciplines seront associés à l’événement. Ainsi, sportifs compris, plus de 6000 participants sont attendus à Conakry. La capitale guinéenne va donc réellement bouillonner, heureusement qu’elle est une habituée de telles activités de masse.

Déjà depuis plusieurs mois des jurés ont littéralement quadrillé le pays en vue d’une sélection rigoureuse afin que seule la quintessence des différentes zones culturelles soit offerte sur le plateau du célèbre Palais du Peuple. Les jurés ont été d’autant plus exigeants qu’ils savent que c’est d’un véritable test national qu’il s’agit.

DES DISPARUS

Cela, parce que la Guinée a été largement éprouvée depuis le dernier festival tenu en 1979. De grands noms de la musique se sont éteints : Fodé Diabaté (Petit Fodé) Directeur Général de l’Ensemble Instrumental national qui avait lui-même succédé à Sory Kandia Kouyaté défunt. Mory Kouyaté, bassiste de Bembaya Jazz national, Marius Bangoura du Sorsornet Rythme de Bohé, Delphina Gnobé des Amazones, Témouré du Fatala de Boffa et tout récemment la sœur de Mory Kanté, la Nationale Mama Kanté qui à elle seule suffisait pour écumer les festivals.

Avec tous ses coups atroces du destin, les guinéens ne font vraiment pas de galéjades lorsqu’ils se demandent comment sera ce XIIIe Festival ? Mais du côté des autorités le calme et le sérieux règnent, les 13 sous-commissions techniques sont déjà à pied d’œuvre et travaillent dur. Hébergement, spectacles, programmes, santé, sécurité, symposium, colloque, salles, scènes etc…Chaque sous-commission turbine pour donner au XIIIe Festival l’éclat souhaité par les autorités politiques.

Le président de la commission culturelle du Comité Central, le Camarade Ministre Mamady Keïta a déclaré à la réunion technique : « Nous devons surmonter toutes les difficultés pour que le XIIIe Festival dépasse en expérience et en qualité les précédents ».

Pour réaliser ce souhait, les artistes de tous les numéros en compétition : pièces de théâtre, ballet, ensemble instrumental et choral, orchestre moderne, chœur, troupe folklorique, expositions, habillement populaire sont en intenses séances de répétition. Ils sont aussi galvanisés par le fait qu’à ce festival participeront beaucoup de troupes étrangères. C’est même dans l’esprit de cette manifestation qui a plus d’une vicennie d’existence. De nombreux artistes de Tanzanie, du Congo, du Zaïre, de Cuba, du Mali etc…ont déjà pris part à des festivals guinéens. Cette année, on parle déjà du Bénin, du Mali, de la Haute-Volta, du Sénégal, de Haïti, de Jamaïque et même d’une arrivée éventuelle de Mohamed Aly alias Cassius Clay. Celui qui fut le plus beau et le plus fort et que les masses ne sont pas prêtes à oublier. Je parie qu’il sera à lui tout seul un festival.

TOUT EST PREVU

En attendant, sur le plan infrastructurel, trois grands centres sont retenus pour recevoir les acteurs : le Palais du Peuple, le Stade du 28 septembre et la Permanence fédérale de Conakry III. Les troupes artistiques des régions en compétition passeront en rotation dans ces trois centres où des jurys sont naturellement installés. Quant à la cinquantaine d’orchestres modernes, elle est chargée également d’animer les différents dancings de la Capitale. Notamment les deux plus grands : « La Paillote » et le « Jardin de Guinée ». Ces animations sont également notées.

Généralement, la grande Mama Africa est toujours au rendez-vous. Entendez Miriam Makéba. Mieux, elle profite de ces occasions pour lancer de jeunes talents ou se produire en jam session avec de grands artistes Sud-africains. Elle a ainsi donné la chance aux Guinéens de voir Leta Mbulu, Caiphus Semanya, Hugh Masekela et bien d’autres. Ses concerts interviennent toujours en bouquet musical final. Elle n’est pas en compétition comme d’ailleurs les troupes invitées.

EVENEMENT UNIQUE

Le Festival culturel et artistique guinéen doyen de toutes les manifestations de ce genre sur le continent est un événement unique et multidimensionnel. C’est un podium privilégié de dialogues ouverts, une sorte de boîte à idées géante où scientifiquement les questions fondamentales de la culture africaine sont analysées par des voix autorisées, des spécialistes confirmés. Le bonheur encore est que cette année presque en même temps que le XIIIe Festival va se sentir le Colloque International sur les Résistances Africaines.

Avec tous ces faits, je crois que pour cette fois le spectre maléfique du chiffre 13 sera bien balayé et je me ferai le devoir fraternel de vous conter le XIIIe Festival tel quel.

Justin Morel Junior

POEME

La grande orgue à Demba Camara,

Artiste émérite du Peuple

Le soleil danse dans les cieux

Perle une larme au fond des yeux

Elle s’est tue la voix d’airain

La grande orgue qui berça ma patrie

Il portait la vie

Il meurt

Nous voilà soudain mortels.

Au cœur de la ruine

L’ombre frissonne

Les grandes orgues de la patrie

Se transmuent

Eclat sublime et

Farouche de l’épée

Au cœur de l’ombre.

Alger ! une couronne ceint d’or son front

Et sa voix pénètre le siècle.

L’orfèvre avait gravé l’impétueuse mosaïque de la

Révolution.

Regard sur le passé ! orgasme sismique du Peuple

Meurtre du crime et rupture des fers !

Sur le podium de l’Afrique

Demba brandit les rythmes neufs de la liberté.

Demba chante sculpteur de l’informe.

Sa voix s’élance, escalade la nuit, fouille les grottes du passé

Sa voix emprunte le grondement de l’histoire.

Renaissent de leurs cendres héros et phares.

Croulent Alexandre et Césars.

Orphée avait brodé waraba et Tentemba

Vies immarcescibles, rites champêtres

Distension de la terre sous l’action de l’homme.

Mais voilà que s’est tue la grande orgue qui berça tant ma

Patrie

Mais elle marche de sa lumière et montre le chemin de

Dignité

Nul magicien, ni monarque, ne peuvent de sa voix cristallin

Brouiller l’irrésistible appel.

Demba est un rempart de chair vivante et ferme

Avec son rire sonore et son front tel un promontoire.

Elle roule sa voix

Roule, roule

Boule de feu.

Demba mon frère, mon camarade

Voilà que les siècles te servent de linceul

Pour abriter ton front d’azur céleste

Et le jeune édifice de ta gloire.

Regards sur le futur

La roue tourne vers la lumière

Et la vie renaît plus forte dans la douleur.

La Guinée barrit ! l’humanité jaillit hors du gouffre.

Malgré les nuages les chauves-souris et leur règne nocturne

Le ciel se fera bleu.

Dors poète

Dors Demba chantre émérite de mon Peuple

Impérissable fleuron de la J.R.D.A.

Elle roule, ta voix

Roule, roule

Boule de feu

Dans l’avenir, à nous immense.

Kindia, Le 5 avril 1973.

 

Interview de Sory Kandia Kouyaté : Nous serons à Tunis

L’indépendance guinéenne acquise au mépris de multiples chantages économiques et de vaines tentatives d’anesthésie politique, a été un exemple de haut fait historique pour tous les peuples d’Afrique et du monde.

Le Parti de la Révolution –Le PDG– dont la justesse chaque jour à travers la dynamique de la lutte des classes se concrétise davantage, a donné à la culture un contenu essentiellement libérateur. Il n’y a pas de renaissance historique, il n’y a pas de renaissance culturelle sans renaissance véritablement politique et idéologique, la politique culturelle de la République de Guinée, obéissant à la politique d’ensemble du centralisme démocratique, a établi entre le Peuple et sa culture des rapports dialectiques de dépassement continu. Cette dernière est donc devenue un facteur de développement national et l’artiste révolutionnaire un pionnier du combat émancipateur du Peuple.

Ce n’est plus le griot de la période coloniale, personnage transfiguré de l’authentique histoire africaine par le colonialisme, au seul service de l’argent. Ce n’est pas non plus cet être médiocre et replié sur soi, issu de la médiocrité des rapports sociaux du monde bourgeois.

L’artiste guinéen est devenu ce militant éclairé qui fait prise sur la voie de développement socialiste de son pays, ce cadre qui, dans le nécessaire rapport des forces sociales, s’est résolument engagé aux côtés de la classe Peuple. C’est à juste raison que le Président Stratège Ahmed Sékou Touré leur reconnaît cette vertu : « ceux qui tous les jours chantent la Révolution, font honneur aux martyrs de la lutte anti-impérialiste et rendent hommage aux combattants de la liberté africaine, ceux qui, tous les jours glorifient les vertus, les qualités et aussi les grandes perspectives d’avenir de l’Afrique ; ceux qui, sur les terrains de sport symbolisent les capacités de résistance anti-impérialiste d’une Afrique consciente de ses grandes possibilités, ceux-là ne peuvent pas trahir, car ils vivent tous les jours la Révolution ».

Sory Kandia Kouyaté est de ceux-là. Mais qui est-il au juste ? Kandia ! c’est le nom lapidaire de celui qu’il n’est plus besoin de présenter tellement son nom s’identifie à la musique africaine.

De lui, un commentateur anonyme écrivait il y a plus d’une quinzaine d’années : « Musicien, sensible et fin, Kouyaté Sory Kandia n’égraine sur sa guitare que les notes veloutées de l’amour, de l’amour du bien et de la vie, et sa puissante voix ne s’élève jamais que pour chanter les vertus traditionnelles de la société africaine dont il sait les moindres principes sur le bout des doigts ».

Aujourd’hui, sa voix s’élève aussi pour chanter l’Afrique moderne, pour l’exhorter à l’unité. Des chants comme « PDG » « OUA », sur la « Grande Route » en sont des exemples éloquents.

Véritable aède, il est ce vaste miroir où reflètent avec une poignante réalité ces héroïques chevauchées des grands combattants médiévaux, ces tumultueuses et sanglantes batailles des guerriers de la résistance coloniale, cette hargne des intrépides soldats de la liberté qui, dans le marquis, armes en mains mettent le feu aux derniers bastions coloniaux. Ambassadeur plénipotentiaire de la culture de notre continent, il a, pliés dans sa valise diplomatique, les messages d’amitié et de solidarité des Peuples africains aux autres Peuples du monde.

Présent à Alger en 1969, au premier Festival Panafricain des Arts et de la Culture, lauréat prix Charles Cros en 1970, il sera du 15-22 juillet 1973 à Tunis au grand rendez-vous de la jeunesse africaine. Mais, il ne sera pas seul, en plus des autres délégations guinéennes, il sera avec l’ensemble instrumental et choral de la Radiodiffusion Nationale qu’il dirige depuis bientôt une année. Ensemble, ils préparent intensément cette « rencontre au sommet » de la jeunesse africaine.

Dans la vaste salle des fêtes de l’Imprimerie Nationale Patrice Lumumba, chaque jour de 8 h à 14 h ils travaillent sérieusement leur programme. Sans protocole je m’y suis rendu. « A propos de tout, à propos de rien ». Naturellement, comme sous l’arbre à palabres nous nous sommes entretenus. 

Kandia, je sais que les artistes n’aiment pas être surpris.

Oh ! non ! répond-il, je crois plutôt que ce sont les malfaiteurs qui n’aiment pas ça. Après un fraternel sourire, il continue ; voyez-vous nous n’avons pas de secret, ce que nous faisons vous concerne aussi.

Tenez ! Nous venons de terminer la répétition des dernières phrases musicales et les derniers pas de danse qui nous mèneront à Tunis. 

A propos de Tunis, comment envisagez vous votre présence à ce 1er Festival Panafricain de la Jeunesse ?

Je dois préciser que je n’irai pas seul, car la délégation guinéenne au festival de Tunis comprendra l’ensemble que je dirige, l’ensemble instrumental et choral de la Radiodiffusion Nationale qui compte 55 artistes, des musiciens chanteurs et danseurs.

Quant à notre participation à ce festival, je la considère comme une compétition. Compétition avec nous-mêmes d’abord, parce qu’artistes guinéens nous voulons constamment nous améliorer. Nous voulons à toutes les rencontres culturelles et celles africaines en particulier nous dépasser et apporter ainsi de manière positive notre contribution à l’édification d’une civilisation de plus en plus authentique et de mieux ouverte sur le monde moderne.

C’est aussi une compétition avec les autres car, nous croyons qu’à l’heure où nous sommes les peuples africains s’attachent à leur culture qu’ils veulent mieux valoriser. Il y a en quelque sorte une mystique de notre civilisation qui est créée non dans la concurrence mais dans une saine et fraternelle émulation pour le progrès et le bonheur de notre continent. Voilà notre position. 

Si vous permettez, nous allons faire un retour en arrière. Vous avez parlé plus haut de l’Ensemble Instrumental et Choral de la Voix de la Révolution, n’est-il pas utile d’y revenir un peu plus en détail ?

Avec un très grand plaisir. D’ailleurs le renouveau de cet ensemble est notre préoccupation en ce moment. Cet ensemble instrumental et choral traditionnel a été on le sait, le premier de son genre en Afrique. L’idée de sa création fut lancée la première fois par le camarade Président Ahmed Sékou Touré lors de la conférence nationale du Parti à Kissidougou en novembre 1960. Composé des meilleurs artistes traditionnels du pays, il a surtout l’avantage de réunir des hommes issus des quatre régions naturelles de la Guinée.

Rénover, adapter, créer de nouveaux chants liés au dynamisme de notre Révolution, puis travailler les meilleurs airs du terroir, étudier de manière plus scientifique notre musique et les instruments africains et ce faisant, fabriquer de nouveaux. Tel est notre souci primordial. En ce sens, nous pouvons vous dire que nous avons obtenu des résultats satisfaisants.

Nos instruments actuels sont la preuve la plus frappante.

Si je comprends, votre mission est donc double ?

Effectivement, il s’agit de perpétuer le passé dans ce qu’il a de dynamique et continuer le présent. Enfin, nous voulons que cet ensemble soit une académie de la musique traditionnelle africaine, un véritable laboratoire de notre musique.

Dans ce cas, ne croyez vous pas en la nécessité des jams sessions ?

Cette réalité s’impose. Je dois vous dire que c’est dans cet esprit que nous avons réalisé trois 33 tours titrés : EPOPEE MANDINGUE avec le grand koriste du Mali Sidikiba Diabaté et Djeli Sory, le meilleur balafoniste de l’Ouest Africain ; nous avons voulu prouver que les musiciens africains peuvent se donner la main pour notre musique. Les artistes frères du Mali sont sincèrement à féliciter pour leur esprit d’abnégation et d’amitié. Je vous informe également que le couple Batrou Sékou, éminents artistes maliens sont mes hôtes ces jours-ci. Ils sont formidables !

Pour revenir au Festival de Tunis, le public doit donc attendre du nouveau, et sans doute du beau ?

L’Ensemble Instrumental sera dans la plénitude de sa forme. Ensuite, nous ne nous contenterons plus de vieux airs ; à Tunis, il y aura le Chœur « PDG-OUA », instrumentalement et vocalement mieux travaillé. En plus de ce chœur, c’est de la vraie nouveauté, pour la première fois, nous présenterons au public africain un spectacle complet que nous avons baptisé : « Afrique ». C’est l’Afrique des trois temps ; Passé, Présent et Futur. Permettez-moi de vous dire que nous ne prophétisons guère. Nous partons des réalités concrètes des deux premiers temps pour jeter un regard optimiste sur l’avenir.

Donc une sorte de présentation vie africaine ?

Oui, mais un peu plus que cela, car non seulement nous posons le problème de la dignité africaine, mais nous dénonçons également les nombreuses menaces que font peser sur notre continent les ennemis de notre chère Afrique.

Ce spectacle sera vraiment une foudre !

Nous l’espérons sincèrement. Justin Morel Junior. Mercredi, le 11 juillet 1973, Horoya n°2013

Continuons les combat de sory Kandia Kouyaté

La vie est décidément faites de paradoxes. Dimancjhe, 25 décembre 1977, tandis que le monde fête la naissance de Jésus Christ, la mùort frappe terriblement un grands fils du Peule de Guinée, alors triomphe du HAFIA, triple champion d’Afrique.

Comment oublier l’atroce association ?

Des heures de bonheur englouties précisément par pleurs des horreurs de la mort. La mort, cette épée de Damoclès-la mort, ce sort qui souvent ont frappe ici et là des innocents. N’importe quand où, n’importe qui. C’est elle qui sucement et violemment nous retire le célèbre artiste du Peuple Sory Kandia Kouyaté. Une crise cardiaque terrasse le géant de la chanson africaine rentré à peine de Coyah à 50km de Conakry où en ce 25 décembre, l’Ensemble instrumental et Choral de « La Voix de la révolution » dont il était le Directeur Général s’était produit. C’est à l’hôpital Donka, à Conakry qu’il rend l’âme à 4h05’ GMAT devant ses camarades artistes de l’ensemble stupéfiés et rendus incrédules par la fulgurance du malheur. Kandia mort, ils ne pouvaient pas y croire, ils ne voulaient pas y croire. Eux qui, il y a seulement deux heures le voyaient faire frémir la foule de mélomanes chantant avec une sublime majesté l’EPOPEE DU MANDINGUE. C’était hélas, le chant du cygne du grand héraut.

Le peuple de Guinée est réveillé par cette tragique nouvelle en cette journée de Noël. Le père de la nation, le Président Ahmed Sekou Touré en personne informe son Peuple, l’Afrique et le Monde.

Il déclare que le 25v décembre sera un jour de deuil national avec l’emblème en berne.

Le monde entier informé, attristé, bouleversé-Un géant vient de tomber. L’humanité à l’unanimité s’incline devant Kandia. En Guinée des funérailles nationales sont organisées.

Dans le monde toutes les stations de radios-télévisions consacrent des émissions entières - l’hommage est universel.

Mais qui était Sory Kandia Kouyaté?

Kandia ! C’est le nom lapidaire de celui qu’il n’est plus besoin de présenter tant son nom s’identifie à la musique africaine. De lui, un commentateur anonyme écrivait il y a bientôt vingt ans :

« Musicien sensible et fin, Kouyeté Sory Kandia n’égrène sur sa guitare que les notes veloutées de l’amour du bien et de la vie et sa puissance voix ne s’élève jamais que pour chanter les vertus traditionnelles de la société africaine dont il sait les moindres principes sur le bout des doigts »

Descendant direct de Balla Fassèke Kouyaté, illustre « Djély » du Grand Soundiata Keita le « Roi Miraculé », Fondateur de l’Empire du Mali, Ibrahim Sory « Kandia » appartient à la famille Kouyaté, artiste de tradition. Kandia à Manta, petit village de Bodié dans la Région de Dalaba à environ 400kms de Conakry. En 1933.

Il a à peine deux ans quand sa mère meurt. Cette mort le marquera. Grand, il composera pour elle une de ses plus belles chansons « N’Nah, ma mère ». A l’âge de 7ans, alors que le jeune Kandia fréquente l’école coranique, son père Djély Mady Kouyaté l’initie à l’histoire africaine. En maître pétri de savoir, il enseigne à son fils la vaste généalogie des grands du Manden. Musique et tradition orale s’interpénètrent dans ses cours. Maître du verbe et fin jouer de Koni (guitare tétracorde traditionnelle). Le vieux Mady offre tôt à son fiston son instrument de prédilection. En 1939, alors qu’il n’avait que six ans, Kandia savait déjà pincer et caresser avec amour son « instrument-jouet » que ses menottes couvraient à peine. Un peu plus tard, Kandia rejoint la cour royale de Mamou. De 1947 à 49, il y fait ses preuves. Avec une voix angélique et limpide il décline déjà avec aisance la célèbre lignée des héros de l’Afrique médiévale.

Glorieux mais modeste

Sa renommé traverse les montagnes de son Foutah natal. Son rayonnement artistique naissant s’amplifie vertigineusement. A dix neuf ans, en plein adolescence, il est un ariste incroyablement complet : sa voix franche et ses geste simples séduisent et enchantent tous ceux qui le rencontrent.

Son succès lui réchauffe le cœur mais ne lui fait pas pousser des ergots. Cependant, un ami l’invite à Conakry, l’Almany de Mamou lui accorde volontiers une semaine de permission mais son succès dans la capitale prolonge le séjour. Dans la fièvre de la capital, il se fait des amis dans tous les milieux, des artistes aux hommes politiques du RDA. C’est pendant ce séjour qu’il s’achète ce qu’on appelait alors « la guitare des Blancs », une guitare espagnole.

Après le succès de Mamou, le triompha de Conakry et un bref séjour à Manta, Kandia va se fixer pour un temps à Labé en plein Foutah-Djallon. Au cours d’un soirée organisée en 1951 à l’occasion d’un tournée du camarade Sékou Touré, à Labé, Kandia anime avec virtuosité et sobriété la cérémonie. Le camarade Sékou Touré sensibilisé l’invite personnellement à le rejoindre à Conakry.

Sans micro

Arrivé à Conakry, en plein spectacle son micro lâche. Le public accroché crie, artistiquement, Kandia dépose soudain le micro et chante à gorge déployée, de la manière la plus naturelle. Stupéfaction générale ! Kandia brave le micro et sa voix dans son jaillissement naturel enveloppe l’auditoire, l’étonne et le bouleverse.

C’était un coup de naître que l’élève n’avait appris de personne.

Encouragé et le cœur gonflé d’ambition nobles, Kandia retourne à Labé et constitue un ensemble traditionnel de 12 membres.

Disques et tournées

Six mois après, les Ballets Africains sont constitués ; sur recommandation expresse de ses bons amis, Kandia intègre cet ensemble auquel il apporte une contribution de qualité. Kanka, Siguiri, Dakar, des étapes notables vers la concrétisation internationale.

Premier escale : La France.

Une tournée dans les provinces françaises, nous sommes en 1956. Kandia entre en studio et sort chez Vogues son premier 45 tours. (Nina, Malissadio, Toubaka et Chants de réjouissance). Puis c’est la Grande-Bretagne, la Belgique, l’Italie et l’Allemagne.

Toute l’Europe presque, l’URSS, les Etats-Unis et la Chine découvrent tour à tour émerveillés l’aède populaire. Satisfaction totale des publics c’est une tournée triomphale. Mais les succès ne tournent pas la tête de l’artiste car Kandia aime passionnément l’Afrique et malgré toutes les propositions mirobolantes faites ici et là à travers le monde, Kandia les rejette en disant « l’honneur de l’Afrique ne se marchande pas ».

Le succès populaire et ses nobles contraintes exigent de lui toujours plus de performance, toujours plus de constance. Sollicité pour ses nombreux talents, en 1957 il quitte les Ballets. A la tête de 18 articles Kandia fait son premier tour d’Afrique de la chanson : Côte d’Ivoire, Gambie, Sénégal, etc. applaudissent tour à tour l’exceptionnel trouvère et ses frères. La même année au Festival de Bamako les Guinéens enlèvent  le trophée Coupe, Kandia est de la partie. C’est la première consécration continentale.

La colonisation, malgré ses boutades, brimades, tortures et injuires de tout acabit ne peut endiguer le déferlement torrentiel des artistes créateurs comme Kandia qui affrontent et bravent l’envahisseur arrogant.

Quand vint la liberté en 1958, la mission chantre-poète, philosophe et historien allait gagner en dimension, il intègre aussitôt les Balles Africaine nouvelle formule. Aux Etats-Unis, la première sortie des ballets rénovés est saluée par un enthousiasme délirant.

A peine rentrés à Conakry, les ballets avec Kandia partent pour Vienne en Autriche. Là en duo avec la célèbre vedette Paul Robeson, Kandia chante superbement. Un hommage à la participation africaine à travers  la République de Guinée. Légitimement fier, Kandia exulte et ses amis jubilent.

A Boston, devant un parterre « fourni » de diplomates, il entonne l’hymne national de la république de Guinée sur l’air Alpha Yaya. Satisfaction générale.

En générale bourlingueurs Kandia et ses amis sillonnent encore l’Afrique : la Tanzanie, la Sierra-Léone, le Libéria, la Côte d’Ivoire, etc. Cependant en 1964, il devient le Directeur adjoint du Ballet National Djoliba. Il y restera cinq années durant. En sa compagnie, lle Ballet est auréolé des plus belles palmes artistiques dont en 66 en Sicile, la Médaille d’Or du Festival International du Folkore. Trois années après Alger, à la Grande Rencontre africaine : Le premier festival panafricaine des arts et de la culture, le continent s’incline devant la Guinée en lui décernant d’honneur la Coupe d’honneur du Festival. Kandia reçoit à titre personnel la Médaille d’honneur d’Argent de solo. C’est alors le rush imperturbables vers les palmarès et décorations universels.

Prix Charles Cros

A la recherche de nouvelle sonorités africaines, Kandia fait un mariage réussi avec Kélétigui Traoré et ses Tambourinis ; le Prix Charles Cros 70 sanctionne l’initiative heureuse. Un disque d’or à la dimension de l’Artiste général. La passion de la perfection et de la rénovation l’exhorte constamment vers les autres artistes africains ainsi avec l’extraordinaire choriste Sidiki Diabaté, il enregistre les plus belles pages de la musique africaine en trois volumes 33 tours. Le dernier chef d’œuvre. Message de fidélité et de vérité historique dédié à la postérité. Il devient. Il devient la voix de l’Afrique. Aux Festivals de Tunis et Berlin en 1973, Kandia de nouveau Directeur Général de l’Ensemble Instrumental et Choral de la voix de la Révolution, incendie les cours des spectateurs. Partout des salles combles qu’il fait exploser de sa voix ample et belle : chanson de geste, paroles de feu, musique intense. A Cuba et au Mexique en 1974, Kandia est consacré comme le plus grand chantre africain : « Le monument vivant de la culture africaine ».

Kandia n’était point un homme orgueilleux ; fervent, il savait que Dieu est omnipotent, omniscient et omniprésent, Kandia se considèrent simplement comme un artiste tout court. Jamais comme une vedette. Etre vedette ne lui est jamais venu en tête. Il accomplit en 74 ses obligations religieuses en se rendant sur les lieux saints de la Mecque pour un offre gracieuse du parti démocratique de Guinée. Devenu El Hadj Sory Kandia, avec ses deux épouses et ses sept enfants, l’artiste fête le triomphe de la foi. Il n’était pourtant pas un fanatique c’est pourquoi avec le turban et la djallaba, Kandia a encore chanté à travers le monde.

Ambassadeur d’une culture

Je revois encore Kandia au Main Hall du théâtre National de Lagos au FESTAC77 : chantre à la voix impétueuse retraçant la tumultueuse histoire de l’Afrique. Je le revois, ce musicien au doigté sensible et aux notes profondes et directes qui, de sa voix et de ses doigts transperçait le cœur de ce public cosmopolite. Véritable aède, Kandia est ce vaste miroir où se reflètent avec une poignante réalité ces héroïques chevauchées des grands combattants médiévaux, ces tumultueuses et sanglantes batailles des guerriers de la résistance à la pénétration coloniale, cette hargne des soldats de la liberté qui, dans le maquis, armes en mains mettent le feu aux derniers bastions coloniaux. Ambassadeur de la culture de notre continent, il a, pliés dans sa valise artistique, les messages d’amitiés et de solidarité des Peuples d’Afrique aux autres peuples du monde.

Après Lagos, Kandia et l’ensemble sont au mois de mai 1977 en Haute-Volta. La dernière sortie continentale. Ouaga et Bobo sont pantois d’admiration devant le Seigneur des solistes africains et ses frères. C’était la dernière sortie avant d’entrer dans la légende. Kandia meurt à 44ans, au printemps même de sa vie. A 44ans comme l’histoire de ce quidam justicier qu’il chante dans « Kedo ».

Médaillé d’honneur du Travail, Commandeur de l’Ordre National à Titre posthume. Toute sa vie, Kandia a été un artiste de combat : le combat du bien contre le mal, de la vérité contre le mensonge, de la liberté contre l’esclavage. Un clin d’œil sur notre siècle et nous voyons que son combat est loin de finir. Kandia ne meurt pas, il demeure le symbole de cette lutte. Séchons non larmes, prenons les armes. Continuons le combat. Son combat. Notre combat. Justin MOREL Junior

 

Mariam Makéba « Mama Africa » La Militante totale

Infatigable, inaltérable. Marian Makéba « Mama Africa » est toujours là. Elle chante et dense son bonheur de guinéenne et ses peines de Sud Africaines exilée. Sème aux quatre vents la vérité et ne récolte pas toujours l’amitié. Bien au contraire. Mais qu’importe ! Elle a choisi et pour elle : « C’est l’essentiel ». L’Afrique du sud et son apartheid, elle les traque partout où elle le peut. Makéba renoue aujourd’hui avec ses début : le cinéma.

 

LE FILM « AOMK » DE SOUHEIL BEN BARKA nous livre Mariam Makéba dans tous ses états : misère, colère, révolte, folie. Cheminement psychologique dramatique du quotidien sud africain incarné par une Mariam, vraie dans ses douleurs, sincère dans ses peines. Une autre carrière commence peut être. Depuis bientôt quinze ans que la Grande Militante vit en Guinée, Maria Makéba et ses musiciens guinéens ont gratifié le peuple des plus beaux de leurs concerts.

Un grand film sur l’Afrique du sud, c’est une première dans le cinéma

Effectivement, il y a eu des séries de reportage privés ou financés par des organismes internationaux anti-apartheid. Mais, un film complet, romancé c’est, je crois, une première. Je voulais personnellement passer par une voie plus ciné peut-être pour saisir la réalité sud-africaine. Les gens semblent souvent oublier toutes les dimensions dramatiques de cette politique de suicide programmé du peuple noir. Il était donc nécessaire de faire un grand film africain, sur ce fléau qui déstabilise l’Afrique et menace le monde : l’apartheid.

Mais était-il possible de faire tout seul, une grande œuvre sur l’Apartheid

Non ! J’ai l’intime conviction que face aux moyens financiers que cela demandait. Je me serais tout cassé les reins sinon les dents. Voilà pourquoi après mûri mon film j’ai pris des contacts à tous les niveaux pour trouver le financement nécessaire à la production de ce film. Mais croyez-moi, ce ne fut facile car l’Afrique du sud est un épouvantail pour beaucoup de pays encore et les responsables de ces Etats n’ont pas voulu prendre de risques. Alors, il fallait tout reprendre à zéro après que d’importante personnalités qui, après s’être engagées devant moi, venaient renoncer quelques mois plus tard. Terrible. C’est à ce titre que je rends grâce aux gouvernements de la guinée, du Sénégal et du Maroc qui n’ont pas lésiné sur les moyens pour me permettre de réaliser ce film. C’est donc une grande coproduction africaine que j’ai eu le privilège et la lourde responsabilité de diriger et j’en tire une légitime fierté.

Si l’Afrique du sud effraie à ce point certains hauts dirigeants et vous alors humble réalisateur ?

Pour mois, il s’agit d’un engagement total. Je savais le danger que j’encourais mais j’avais choisit et vu la confiance que ces trois Etats m’avaient accordé, je devais aller jusqu’au bout.

Etes-vous allé en Afrique du sud par exemple

Eh oui ! pour faire certains plans extérieurs du film, pour vivre l’expérience de la ségrégation et mieux la traduire sur l’écran et ne pas trahir l’âme de la révolte populaire, il m’a fallu me rendre à plusieurs reprises incognito en Afrique du sud. Le danger était grand mais je me disait que les dieux de l’Afrique qui savent la justesse de ce que je fais seraient avec moi. Et c’est vrai j’ai quitté sain et sauf le monde de l’apartheid mais sans avoir eu ma dose de différence, d’apartheid !

Revenons à votre film, à la distribution. Il y a dans ce film de grands acteurs, seulement, on avait appris une possible présence de Sydney Poitier et personne ne l’a vu

C’est vrai, je voulais Sidney Poitier dans le rôle de Mathieu Simpala mais, prix dans l’étau d’engagement précédent, il n’a pu répondre présent à Conakry où l’essentiel du tournage devait avoir lieu. Mais je n’ai à ce sujet aucun pincement de cœur, bien au contraire car Robert Liensol m’a comblé. Il a été éblouissant. Naturel, convaincant et je dira même plus sud-africain en somme, alors qu’avec Sidney Poitier, j’avais peur que ses tics de vedette américaine n’apparaissent trop à l’écran.

En dehors de Robert Liensol, les autres acteurs vous ont-ils professionnellement satisfait ?

Absolument, et je vais vous dire une chose : après le montage du film en visionnage restreint à Rome avec de grands noms du cinéma, je me suis entendu dire : « Ben, Bravo, vous avez choisi de bons acteurs afro-américains jusque-là inconnus ». C’était une façon pour eux d’apprécier le jeu des acteurs mais je n’ai pas manqué de leur dire qu’il s’agissait des sénégalais Douta Seck, J. Zambo ou des guinéens Dansoko Hamidou Bangoura, etc. Je leur ai expliqué comment ces artistes m’avaient effectivement facilité le travail.

Et la grande Miriam Makéba ?

Elle est restée naturelle. Ce film c’était sa chose et si elle a accepté de jouer la prostituée dans cette œuvre c’est qu’elle en mesurait toutes les dimensions. Elle était toujours à mes côtés même quand elle ne tournait pas pour me dire ce qu’elle pensait d’un détail de scène. Le film lui doit beaucoup. Sa présence nous a convaincu que nous étions sur la bonne ligne car, qui mieux que Mariam connaît les souffrances du peuple Sud-africain ?

Il paraît qu’avec Miriam Makéba comme vedette de ce film, vous avez réalisé un de vos plus vieux rêves

Celui qui vous l’a dit n’a pas menti. Il y a plus de 13ans, un jour, j’ai écouté le chant « Liwa Wechi » de Mariam Makéba j’en fus tellement bouleversé que j’avais juré de la rencontrer un jour dans ma vie. Et voilà pourquoi dans ce filme « Liwa Wechi » est encore là multiplié dans son effet émotionnel par les progrès de la technique. « Liwa Wechi » musicalement, traduit la misère, les douleurs, la détermination d’en finir…

En parlant musique, je pense à la dense, spontanément, et il est vrai que les Ballets Africains de Guinée ont fait une entrée réussie…

Ils réussissent tout, les célèbres « Ballets Africains », les quelques réjouissances populaires qu’ils ont organisé étaient merveilleux. Ils ont bien exécuté les denses guerrières Zulu ou Xhosa. Et mieux certain danseurs ont joué aussi comme acteurs c’est le cas de Hamidou Bangoura, le Directeur général des Ballets africains.

Parlons à présent de vous. Ce filme a failli vous coûter la vie…

Qu’importe…

C’est important la vie d’un homme, Souhell Ben Barka, surtout la vôtre

Bon, puisque vous y tenez Justin Morel Junior, je vous le dis en quatre mois : je me suis brûlé.

Et sérieusement ?

Qui, c’était durant le tournage des émeutes simulées de Soxeto : l’incendie des bidons-villes. J’ai estimé que les flammes n’étaient pas assez denses, j’ai jeté à nouveau du carburant sur des flammes et c’est là que ça a mal tourné pour moi. J’ai été atteint, il a fallu que j’abandonne tout pendant deux mois pour me soigner. Voilà tout. Maintenant c’est fini et sans être macho je porte Soweto dans ma chair. C’est inoubliable ça.

Vous êtes donc après tout bien soigné et mieux satisfaits de votre travail ?

Sans outrecuidance, cela s’entend. Je suis, heureux d’avoir pu porter à l’écran un mal qui me ronge le cœur et l’esprit et mon souhait le plus ardent c’est qu’il ait l’effet que j’escompte : l’évolution des mentalités. Mais je sais que la bataille cinématographique qui s’engage sera très dure. Surtout pour la distribution de « AMOK ». Le lobby pro-apartheid va s’agiter, il faudra donc que l’Afrique à son tour réagisse en aidant la Guinée, le Sénégal et le Maroc à faire connaître « AMOK » autant que possible. Le cinéma est une arme efficace contre l’apartheid. Il faut en tenir compte. Le récent succès de amok au festival de Tacken est un bon signe mais il en faut plus.

Justin MOREL Junior

Mariam Makéba « Traduire mon drame »

« AMOK » est un filme vrai comme l’Afrique du Sud. Mon frère S. Ben Barka a réussi à faire voir les malheurs de notre peuple et je suis heureuse de faire partie du film pour traduire toute ma haine et tout mon trame. L’Afrique du sud,  je l’ai toujours dit, c’est la base de l’Afrique, son soubassement. Regardez seulement la carte de l’Afrique et vous comprendrez ce que je dis. Mais si le sous-bassement d’une maison n’est pas solide est-ce que ses habitants sont en sécurité ? Répondez !

AMOK ! Un film vivant et actuel. Il montre l’Afrique du sud dans toute sa nudité, ses réalités quotidienne : la peur,n la misère, les vols, les chemins de la mort.

Voici la drame de l’histoire : Mathieu Simpala (Robert Liensol), un honnête instituteur reçoit une lettre de Johannesburg lui annonçant la maladie de sa sœur Joséphine (Mariam Makéba) qu’il aime tant. Cette lettre que lui apporte la petite Zenzi est une imprévisibles invite à l’ouverture car tous ceux qui vont à Johannesburg n’en reviennent jamais et n’écrivent même pas à ceux qui sont restés au village. Sa femme Muntu a donc peur et n’écrivais même pas à ceux qui sont resté au village. Sa femme Muntu a donc peur, elle ne veut pas le lasser partir. Arguments contre arguments, l’amour fraternel de Mathieu finit par triompher des inquiétudes de l’épouse et du refus du petit village de Dotunza (M. Dansoko Camara, réalisateur-assistant de Amok) qui voulait toujours le maintenir sous sa férule. Mathieu Simpala part enfin-ne disons pas-pour Johannesburg mais vers parce que, comme il devait le découvrir, un monde séparait son petit village de ce béton-ville, il arrive après un long et pénible voyage à Clayton et le premier gamin qu’il rencontre lui pique ses sous !Il court après mais en vain, un vieil homme l’arrête, le … en lui disant : « Ici, on vole pour vivre ».

Mascarade

Mathieu rencontre enfin le Révérend Sikao (Douta Seck) qui lui annonce que sa sœur Joséphine était effectivement malade mais pas dans le sens où le lui avait dit son frère. Elle s’était prostituée, oui, prostituée pour survivre. Malade à sa façon. Son fils Gasha est devenu délinquant. Johannesburg un monde où chacun devient un fou-furieux, un Amok !

Un monde où la corruption et la ségrégation, l’injustice, le mensonge sont souverains. Cependant, dans cette situation de la peu et de la mort, les voix isolées de quelques progressistes se font entendre mais que l’on s’efforce hélas de faire taire. C’est le cas de Helton, ce journaliste que les racistes abattront uniquement par les mains innocent Gasha, fils de Mathieu Simpala qui, soudoyé, drogué et trompé s’était livré à la sale besogne.

Mascara de justice ! Quand les coupables accusent et jugent affrontement de pauvres innocent et jugent affrontement de pauvres innocents. C’est la terrible loi de la raison du plus fort. Gasha ser donc pendu.

Avant cet acte ignoble, il y a un pathétique face à face père-fils, quand Mathieu se rend dans la prison de Gasha : « C’est vrai que c’est toi qui as tué »

-      Je ne sais pas !

-      C’est ça justement les plus terrible, car je sais que tu ne sais pas !

L’Afrique du sud, c’est la jungle du XXème siècle, où les arbres géants ont des allures de grattes-ciel et les hommes racistes de vrais loups qui traquent leurs proies et les broient sans pitié.

Le film Amok ! de ben Barka est un vrai cri de révolte qui démontre avec intelligence les dédales du système de l’apartheid et nous le livre tel quel.

Amok ! est un film si vrai qu’on pourrait aisément le classer dans le genre cinéma-vérité, doucement édifiant.

Symboles

Amok ressemble à un reportage mais avec en plus une force indéfinissable. La dimension des symboles. Les bouleversantes images des émeutes, le commerce des cadavres, le triomphe macabre de la force brutale, la résistance populaire, bouclier de la victoire finale où les syndicats, l’église, les médiats, les universités ont tous leur place et leur rôle à jouer pour abattre un régime où la peur fait de l’homme un fou-furieux, un « Amok » !

Un régime court en permanence vers sa tombe ou vers son avenir ? Question fondamentale que le film pose à travers la course infernal de la petite Zenzi. Au début et à la fin. Amok ! Un grand film où la participation de la Guinée comme le reconnaît Souhel Ben Barka, a été important. La Guinée a, en effet ses cinéastes, ses acteurs, ses décorateur, etc. mais surtout les 60% de l’infrastructure logistique pour la réalisation de ce film.

Et Amok ! a réussi.

Réussi à rendre le drame du peuple sud africain.

Réussi à monter la vérité dans toute sa férocité.

Réussite techniquement. 120 minutes pleines, des mouvements de caméras directs et intelligence, une réalisation efficace et franche. Ecran larg. Son Dolby. Images couleurs. Toutes les musiques composées sont de Myriam Makéba. Toutes les musiques composées sont de Myriam Makéba et Albinoni. Les artistes guinéens, sénégalais marocains et italiens ont bien pénétré et incarné leurs personnages. Souhaitons qu’Amok réussisse à sensibiliser l’humanité sur cette horrible et honteuse situation de l’afrique duy sud qui est un défi à la conscience humaine. Comme Delius, le syndicaliste du film que chacun puisse enfin comprendre que la « bantoustanisation » de l’Afrique du sud est une menace pour la justice et la paix universelle.

Amok ! Un titre sonore, un film au texte dense écrit avec sincérité. Des acteurs au jeu naturel et convaincant. Un film qui croit qu’en chaque homme, il y a « une étincelle de paix » capable de rallumer les cœurs de tous les hommes de la terre. Dommage qu’en Afrique qu’en Afrique du Sud, les racistes sont loin d’entendre la voix du cœur. La peur de l’enfer qu’ils ont créé les pousse tous les jours à s’enfoncer dans le bourbier de la ségrégation

Solution

Amok ! n’est pas un « film solution », c’est un « film-problème » car l’Afrique du sud est un problème et il n’y a pas de panacée dans la caméra d’un réalisateur pour résoudre ce problème. La vraie solution du mal sud-africain n’est pas sur écran de ciné ou de télé mais plutôt sur le terrain, là-bas en Afrique du Sud même.

Mathieu Simpala qui revient à la fin du film à Dotounza blême, le regard hagard, l’œil ensanglanté, revenait réellement de l’enfer. C’est la séquence la plus émotionnelle du film ponctuée par l’émouvant monologue de la mort.

« Ils ont tué, ils ont tué… »

Amok ! pose le problème sud africain dans toutes ses dimensions pour permettre à chacun de mesurer la grandeur du danger et penser au remède efficace contre ce péril par des actions concrètes et conséquentes.

Amok ! est une co-production guinéo-maroco-sénégalaise : Mohamed Dansokho Camara pour la Guinée-Ben Barka pour le Maroc et Serigne Ndiaye Gonzalez pour le Sénégal. Un bel exemple de collaboration fraternelle et de solidarité militante dans la lutte contre l’apartheid. Lire ci-contre l’interview que nous a accordée Souhel Ben Barka, réalisation du film « Amok ».

 

Amok Premiere mondiale à Conakry

Amok ! Un film vivant et actuel. Il montre l’Afrique du Sud dans toute sa nudité, ses réalités quotidiennes : la peur, la misère, les vols, les viols, les chemins de la mort.

Voici la trame de l’histoire : Mathieu Simpala (Robe Liensol), un honnête instituteur reçoit une lettre de Johannesburg lui annonçant la maladie de sa sœur Joséphine (Mariam Makéba) qu’il aime tant. Cette lettre que lui apporte la petite Zenzi est une imprévisible invite à l’aventure car tous ceux qui vont à Johannesburg n’en reviennent jamais et n’écrivent même pas à ceux qui sont resté au village. Sa femme Muntu a donc peur, elle ne veut pas la laisser partir. Arguments contre arguments, l’amour fraternel de Mathieu finit par triompher des inquiétude de son épouse et du refus du chef du petit village de Dotunza, Mazima (M. Dansokho Carama, réalisateur assistant de Amok) qui voulait toujours le maintenir sous sa férule. Mathieu Simpala part enfin-ne disons pas-pour Johannesburg mais vers parce que, comme il devait le découvrir, un monde séparait son petit village de ce béton-ville.

Il arrive après un long et pénible voyage à Clayton et le premier gamin qu’il rencontre’ lui pique ses sous !

Il court après mais en vain, un vieil homme l’arrêt, le calme en lui disant : « Ici, on vole pour vivre ». Mathieu rencontre enfin le Révérend Sikao (Douta Seck) auteur de la lettre.

 

 « Je crois à la bénédiction des miens »

Avec vos tresses rastas, vous êtes transfiguré et surprenant. Le savez-vous. En fait de surprises quel est ce nouveau rôle ?

C’est le rôle de Ouba de Balba, un guérisseur traditionnel face à la médecine européenne représentée par un des nos médecins africains sortis des grandes écoles occidentales qui revient pour lancer un défi à ce guérisseur africain que je vais avoir la chance d’incarner.

Ce film qui s’appelle « le Médecin de kafire » est une co-production réalisée par Moustapha du Niger. Le Mali, la Haute-Volta e le Niger en sont les trois co-producteur.

Ouba de Balba, le personnage central de ce filme est très profond. Il n’a pas d’âge. Il est intemporel. Véritable personnage de composition, c’est lui qui me transforme, je crois.

Et j’espère qu’avec l’aide de toute l’équipe technique nous arrivons à ressortir le message du personnage central, qui est en fait celui de toute l’Afrique.

Et quel est ce message

Le message de l’Afrique est qu’il n’existe pas une seule vérité par conséquent, il n’y a pas qu’une seule science. Il y a des multitudes des peuples. Je crois que c’est ça le message humain de l’Afrique que veut transmettre ce film. Voilà pourquoi les techniciens et moi-même devront faire converger nos efforts pour porter loin ce message.

La culture, vous convenez, n’est donc pas unique. Elle est diverse et différente ?

C’est ça. Le film va le démontrer. Le défi est assez impressionnant.

L’un qui vient avec le savoir des blancs et de grands diplômes après de longues études, méprisant comme nous le savon les pratiques ancestrales de l’Afrique et l’autre le guérisseur qui est une force dans ce petit village perdu au cœur de l’Afrique, imaginé par le sujet est aussi efficace que n’importe quel autre médecin. Ça va d’ailleurs améliorer le médecin venu de l’Occident à enlever sa blouse blanche pour se mettre à l’école du guérisseur après des confrontations pratiques qui l’ont (passez-moi l’expression) déculotté.

C’est pratiquement la pharmacopée traditionnelle face à la médecine moderne…

Oui, c’est ça. Et là, elle prend une force avec les preuves palpables. Des démonstrations publiques devant le médecin complexé, ébahi vont permettre à Ouba de Baalba de convaincre ceux qui hésitaient encore, troublés par la médecine moderne mais peut être en fait, beaucoup plus par les diplômes. Disons au passage que la conversion du médecin est justement mal vu par ces égarés qui refusent à notre science sa place. Oubliant que la pharmacopée complète à merveille la médecine moderne.

Donc si vous le voulez, l’auteur est libre et c’est en tant qu’artiste qu’il « accouche » un personnage comme Ouba pour régler ses comptes…(sourire). Nous revenons à la diversité des cultures et des points de vue des hommes qui sont sur cette terre.

Etes vous réellement concerné par ce film ? vous le racontez avec tant d’animations et de passion qu’il me semble être votre affaire ?

Oui. Beaucoup concerné par ce film. Vous savez, pour nous, comédiens africains, nous rencontrons énormément de problèmes. Nous avons souvent des propositions dans le genre « banania y’a bon ». Histoire de gros Nègre quoi ! Moi je refuse ces rôles. Je me considère comme un ambassadeur culturel. J’ai la dignité de l’Afrique à défendre. Je refuse les petits rôles. Mais attention, le petit rôle n’est pas la durée du rôle mais dans la vision trop simpliste d’un peuple. Je refuse de donner l’image du cannibale qu’on attend de moi. J’ai fait mon choix. Nous comédiens, et cinéastes, nous devons donner le véritable image de l’Afrique qui refuse l’exil.

Bako est dans cette trajectoire, non ?

Exactement, parce que, pour moi, il faut savoir : s’il est vrai que le tronc d’arbre a beau duré dans l’eau, il n’en deviendra pas caïman pour autant. Je voudrais qu’on sache qu’il n’est pas évident que ce tronc ne pourrira pas. Et tout est là car sa nature initiale change. C’est même une mise à l’œuvre. Des gens qui ont été amenés à vivre loin de chez eux, veut dire : leur raison, la raison des autres.

Racontez-nous un peu ce film.

Le film est tiré d’un roman nigérien intitulé : « Quinze ans, ça suffit ». c’est un film moderne se passant dans un pays imaginaire, très sec ou les animaux, les hommes meurent de soif et de faim alors que la capitale rutile les « bienfaits de la société de consommation ».

Dans ce film, j’incarne le rôle d’un avocat qui rentre de Paris dont le père est un député et qui s’est enrichi pendant 15 ans comme les autres du régime mais qui se sont fabuleusement et crapuleusement enrichi. Le fils qui rentre avec des idées progressistes se trouve face à un père qui a peut-être la tête de l’an 2000 et les pieds dans la préhistoire. Ils ne vont pas s’entendre. Il quitte la famille, va s’installer à son compte, ouvre son cabinet. Son père qui a des adversaires politiques était presque écarté du pouvoir quand les affaires de la sécheresse ont éclaté. L’ONU a donc envoyé sur place une délégation pour faire le constat. A l’annonce de l’arrivée de cette commission de l’ONU, on décide de trouver un bouc émissaire. Mon père, Monsieur Pétanqui est donc tout indiqué. Le fils va devenir l’avocat de son père au tribunal, un tribunal présenté presque comme un meeting politique, où le fils fait sa première plaidoirie, une plaidoirie très, très importante dans laquelle, il défend son client de père, comme un client tout court d’abord, puis excédé, il entre en transe, il dépasse de ce procès, il expose et il fait le procès de ce pays imaginaire en Afrique qui est valable pour beaucoup de pays africains. Donc, il va beaucoup plus loin et il montre que son père n’est pas le seul coupable. Ils sont tous dedans. C’est le système qui est au bout du compte le vrai coupable de tout ce qui s’est passé. Le film se termine sur un point d’interrogation : le père va-t-il être condamné à la suite d’une plaidoirie aussi spectaculaire. La question finale est de savoir est-ce que c’est le père ou le fils (Maître Kafana, mon rôle) qui va passer au poteau ? Le film finit en interrogation. Et la solution est au public. Au public africain en premier. Rien n’est laissé au hasard dans ce film.

A propos, le hasard a-t-il une place dans votre vie ?

(Long silence)… Si, dans la création, le hasard a sa place. Encore faut-il que ce hasard trouve un terrain propice, un terrain déjà préparé. Au cours des 3 années que j’ai passées comme enseignant à l’Institut national des Arts (INA) en Côte d’Ivoire, j’ai appris à ne pas tomber dans l’anarchie, car des fois, même ce qu’on a appelé improvisation se prépare. Je me rappelle mon spectacle : « c’est quoi même » ? Je ne suis pas un anar. 

La chance a-t-elle une place dans votre vie ?

Je crois fermement à la chance. Oui, je crois que la chance doit avoir une place dans la vie de chaque homme. Nous vivons assez dangereusement nous les artistes dans la mesure où nous remettons en question sur le terrain de ceux qui ne veulent pas entendre ce message, de ce qui veulent enterrer la vérité. La chance est importante pour nous guider. Je crois à la chance, je crois aussi à la bénédiction des miens.

Vous semblez, passionné par l’incompréhension, la confrontation de deux mondes, condamner à vivre ensemble…

C’est nous qui ferons ce que les autres nous comprennent. C’est par notre démarche. Parce qu’il n’y a pas plus sourd que l’oreille qui ne veut pas entendre.

Alors, dans ce cas…

(Long silence. Soupirs). Dans ce cas, il faut souhaiter ardemment que le genre humain puisse évoluer. Le monde est en perpétuel recommencement. Nous avons été nous Africains, à l’origine de beaucoup de choses, même si ailleurs, on semble l’ignorer. Mais je fais confiance en l’avenir.

Dans l’immédiat, parlons plutôt de votre avenir. Ne pensez-vous pas devenir réalisateur un jour ?

C’est possible. Je pars de ce principe qu’il n’y a pas une seule vérité en art. le même sujet peut être traité différemment, par exemple, après « Bako », nous avons pu faire un autre film réalisé par une femme qui a vécu en Guinéen Bissau, un fusil à l’épaule, une caméra sur l’autre. Ce n’est pas tous les jours qu’on voit ça. Le film, un désert pour la constance, est très humoristique, mais pas moins virulent que « Bako ». Traité différemment avec beaucoup de sourires. Un sourire alors très corrosif. Quant à savoir si je deviendrai réalisateur, je n’ai jamais pu dissocié les deux choses pour la simple raison que la première école que j’ai fréquentée par manque de professeur compétent, nous avons été amené à faire notre auto-formation. De telle sorte que mes amis et moi, nous avions pris l’habitude de jouer des saynètes, de prendre n’importe quel spectacle, d’aller jouer dans les quartiers populaires. Alors, il s’est posé pour nous futurs comédiens, la question suivante : nous étions sur une scène à l’italienne, un théâtre donc, frontal, on nous disait au cours de notre formation de ne jamais tourner le dos au public, mais au delà de l’école dramatique, dans les quartiers populaires, à la lueur des lampes à pétrole ou des lampes à gaz, le public lui, s’en foutait, il réagissait comme il a toujours réagi en Afrique depuis des millénaires.

A savoir la sensibilité au théâtre en rond. Donc, il se mettait tout autour. On disait donc : « Tiens, comment on va faire ? ». On a donc été amené très tôt à remettre en question la conception occidentale du lieu scénique et puis c’est ainsi qu’on a commencé la mise en scène.

C’est pour cela quand je suis sur scène, je veux être très souple pour faciliter la tâche au réalisateur car, je sais ce que c’est qu’un comédien qui croit tout savoir. Mais je dois dire que je me souci du cadre, le cadre dans lequel j’évolue. Qu’est ce que l’œil de la caméra voit ? qu’est-ce qui m’est offert comme possibilité pour faire passer le maximum des choses ? Un détail de costume, un détail d’accent ? Je me pose les mêmes sur chaque film que pourrait se poser le metteur en scène.

Et s’il ne s’est pas posé certaines questions, moi, je les lui pose. A présent, je m’engage dans la production. Je viens de fonder une société. Je pense d’ici un an sortir mon premier film en tant que réalisateur. Mais le cinéma, ce n’est pas le théâtre, il faut d’énormes investissements. Je sais ce qui m’attend, je garde cependant espoir.       Propos recueillis par Justin Morel Junior (un de nos correspondants particuliers en Guinée)

Les deux coups d’éclat

La Guinée finit en beauté l’année 1982avec deux coups d’éclat cinématographiques : Amok et Naïtou, l’Orpheline. Deux chefs d’œuvre, qui réhabilitent le cinéma guinéen qui semblait s’enliser dans une certaine léthargie. Mais avec ces deux films dont le premier une coproduction avec le Maroc et le Sénégal et le second une authentique réalisation nationale, la Régie Syli-Cinéma, vient de prouver qu’elle a des idées si on lui donne les moyens nécessaires. Voici rapidement ramassée la trame de deux films.

Amok : c’est l’Afrique du Sud en question, ce film dirigé par le Marocain Souheil Ben Barka, est un violent et pathétique réquisitoire contre l’apartheid. L’abominable ségrégation de quelques blancs qui veulent envoyer les Noirs au dépotoir de l’histoire. Le juste révolte des Noirs qui avancent en vague impétueuse vers la victoire.

Une victoire que l’histoire ne leur refusera pas. Amok ou « fou-furieux », c’est l’histoire d’un petit instituteur du village de Dotounza (Robert  Liensol) qui descend à Johannesburg à la recherche de sa sœur malade (Mirian Makéba) par le jeu d’une lettre « piégée » écrite par le révérend Sikao (Douta Seck). Ce voyage de Mathieu Simpala (R. Liensol), c’est une véritable descente aux enfers. Il découvre les réalités dans toute leur cruauté : les vols, les viols, le commerce des cadavres noirs, la prostitution…le ghetto, la guérilla etc…

Quand à la fin du film, Mathieu revient dans son petit village, il ressemble plus à un fauve qu’à un homme. L’œil rouge, les lèvres enflammées, le cœur malade, il monologue sur la mort, la mort de ses frères, de ses amis, la mort de son Peuple.

Amok ! commence merveilleusement sa route cinématographique avec le Palme d’Or du Festival de Tachkent.

Souhaitons que le succès d’Amok aide à mobiliser la conscience universelle contre l’apartheid, cette injure à notre conscience humaine. Importante participation guinéenne.

 

Naïtou, l’orpheline : C’est la célèbre histoire de la cuiller sale, un contre très populaire dans l’Ouest africaine raconté en mimes et en pas de danse par les incomparables ballets africains de Guinée. La mérite du réalisateur Kémoko Diakité, est de d’avoir su éviter la plate transformation du Ballets de la  scène au ciné. Il a avec une maturité technique insuffle à l’œuvre une dimensions universelle. Les images, les bruitages et les montages sont d’une réussite extraordinaires. Les ballets racontent à ciel ouvert leur histoire et la caméra et le « nagra » recueillent merveilleusement les truculentes aventures de Naïtou, l’orpheline, victime des sévices d’une marâtre acariâtre.

Et voici ce qu’en dit une critique d’art séduit du Journal « Jeune africaine » « le film guinéen Naïtou, l’Orpheline de Kémoko Diakité, une surprenante tragédie musicale où le chant, la danse et la mise permettent de dépasser la barrière de la langue pour donner au cinéma africaine une valeur universelle » sans commentaire. Justin Morel Junior

 

La musique guinéenne  entre l’adaptation et la création

Sous ce titre, Horoya est heureux d’ouvrir, à l’intention des maîtres-d’œuvres et de tous les amateurs de la bonne musiques au service du peuple, une tribune de débat dont la première dont la première page est écrite par notre confrère Justin Morel Junior, de la Voix de la Révolution.

De renommée mondiale, la musique guinéenne est une page d’or des grandes victoires de notre révolution. Mais de l’avis du grand public national, la musique guinéenne est entrée dans une nouvelle phase où la création-réalisation par tradition doit nécessairement se substituer à l’ancienne phase d’adaptation-création.

Sinon, des succès tels « Regard sur le passé, Soundiata, etc. », grand palmarès passé, resteront longtemps en nombre réduit dans le répertoire nationale de la bonne musique.

En remerciant le camarade J.M.J. pour son essai dans la critique constructive à la recherche d’une nouvelle poussée de nos artistes, Horoya engage tous les militaires intéressés par le sujet, à animer de manière militaire cette tribune qu’il met à leur service pour la victoire total de la Révolution culturelle socialiste.

La culture est pour tout peuple un véritable levain pour le développement national. Elle est en réalité une des plus belles expressions de notre état d’être. L’homme c’est la culture, la culture c’est l’homme nous enseigne le Père de la nation situant avec éloquence les liens dialectiques régissant l’homme et la culture.

Durant les soixante années de colonisation de notre pays, notre culture fut bafouée et niée par l’envahisseur pour qui sa civilisation était civilisation. Pour lui, nous étions sans passé, sans culture. Nous n’étions pas des hommes. (Oh ! que le ridicule ne tue pas…).

Heureusement que l’histoire elle-même fit le jugement par le langage de la révolution populaire. Notre peuple chassa l’intrus et reconquit la liberté, rompant les chaînes de l’esclavage colonial. Les artistes traditionnels autrefois appelés « griots » par le colon vont se retrouver unis par le souci d’une même recherche, celle de renoncer, d’adapter et de stabiliser les vieux airs africains composer des chants nouveaux à la dimension de la révolution engagée par le peuple et son parti.

Désormais il fallait étudier rationnellement notre musique et les instruments africains pour enfin concevoir et fabriquer d’authentiques nouveaux instruments.

Ainsi, l’art musical guinéen sous la poussée de la révolution, fera tomber la gangue irrationnelle et mystification qui enveloppait jadis avec le privilège de quelques griots pour rayonner avec plus d’éclat de la JRDA (Jeunesse de la révolution démocratique africaine) dans l’enrichissement du patrimoine culturel nationale.

La physionomie artistique de notre musique et de nos musiciens se trouve suffisamment marqué par un esprit de recherche pour l’épanouissement de l’homme africain.

Aussi la musique guinéenne d’une variété si étonnante échappe-t-elle aux définition à l’emporte-pièce chères aux esprits catégoriques en mal de musicologie.

C’est une musique aux formes diverses. Mais que l’on n’ prenne garde, le divers chez nous n’est pas le disparate. Notre musique à travers toute sa diversité garde toujours son fond par la forme et le contenu que lui donne la Révolution culturelle socialiste déclenchée le 2 août 1968 à Kankan.

Les musiciens guinéen bien que s’exprimant en plusieurs langues nationales parlent cependant un seul et unique langage ; celui de la révolution. En Guinée on ne chante pas pour chanter mais pour changer, transformer les défauts en qualité, les vices en vertus pour l’avènement d’un type d’homme nouveau.

Quand Demba chante WHISKY-SODA ce n’est pour faire la publicité de cette boisson, mais plutôt pour dénoncer le fléau social qu’elle incarne. Et lorsque KANDIA chante DOUGA, ce ne sont pas des vautours qu’il parle. Il fait plutôt appel à notre amour patriotique par le rappel des hauts faits des grands guerriers africains morts aux champs d’honneur.

L’art musical guinéen est le véritable miroir de l’histoire du peuple guinéen. C’est pourquoi la musique guinéenne ne se laisse pas encercler dans des expressions lapidaires qui sont le fruit de la simplicité d’esprit.

Pour vraiment la musique guinéenne, il faut être fidèle à la logique dialectique de l’histoire. L’histoire c’est la vie dit-on souvent. Et la musique guinéenne c’est l’histoire de la vie du peuple guinéen. De sa vie de tous les jours. De sa vie des grands jours.

Cependant jusqu’à aujourd’hui, les artistes musiciens guinéens des sont contentés d’adaptions créations de notre patrimoine par l’exhumation de vieux airs du terroir. Ils y ont excellé, des chef-d’œuvres artistiques immortalisent leur travail. Des rencontres internationales, des prix décernés, des concours gagnés en triomphe les consacrent et les portent haut sur les cimes de la culture africaine devant les regards jaloux de mesquins.

Tout cela est très beau et très biens, mais la révolution est exigence. Exigence de perfection continuelle. C’est pourquoi présentement les artistes musiciens se sont engagés dans de nouvelles voix dans la recherche constate de la perfection. Ils sont en train de passer « imperceptiblement » à une seconde phase : celle de la création-réalisation. Après le style concert, ils viennent de trouver le show. Un show qui sort des chemins battus de la conception occidentale. Le show en Guinée est un spectacle total et global où l’illustration aboutit à l’expression d’idées force au service de la révolution populaire. Il se construit un thème s’articulant sur la vie du Peuple.

C’est un spectacle où tour à tour le simple et le grandiose, l’émouvant et le plaisant se poursuivent, se rencontrent et se dépassent dans un tourbillon de chants de danses et de musique. Dans une atmosphère surchauffée de chaleur humaine. Le show en Guinée c’est l’illustration vocale instrumentale et gestuelle d’un thème bien précis ou s’exprime en toute liberté la vie du peuple.

Ce n’est ni « O’Calcutta » ni Jésus SUPER STAR. C’est l’art comme miroir de l’histoire de notre peuple. De notre révolution qui veut transformer qualitativement le peuple. Ainsi BEMBEYA JAZZ, KALOUM STAR et CAYENNE SOFA toutes de jeunes et dynamiques formations musicales ont déjà engagé le combat en show le mois dernier. Justin Morel Junior

 

Balla et ses Baladins

La recherche de la perfection

Dans la recherche constante de la perfection musicale, on peut affirmer à raison que BALA et ses BALADINS sont passés maîtres dans l’art de tisser une étoffe rythmique dont la luxuriance fait d’elle une toile rare où se peignent aisément des chants aux couleurs harmoniques et vocales très particulières.

Exhumant avec audace les secret du folklore africain, exhibant avec maîtrise les rythmes guinéens, les BALADINS possèdent une magie et un magnétisme à nul autre pareil. Cette magie et ce magnétisme leur confèrent un pouvoir musical admirable car, il suffit de les avoir vus jouer une fois ou même de les avoir simplement écouté pour se retrouver enchaîné et entraîné par la puissance émotionnelle que recèle leur jeu.

Prenant çà et là des chants traditionnels auxquels on ajoute des ingrédients modernes, qu’ils priment de la chaleur de leur enthousiasme et de leurs talents, les BALADINS élaborent une variété musicale dont la richesse ne peut échapper à aucun mélomane ou musicologue de ce nom.

Leur maturité artistique, ils la tirent certainement de leur expérience car ils sont avec les TAMBOURINIS les doyens de la musique guinéenne moderne.

L’orchestre a déjà sa petite histoire-Elle commence avec ONIVOGUI BALA le premier chef d’orchestre qui sut donner à la formation un dynamisme grâce auquel les BALADINS sont aujourd’hui parmi les meilleurs orchestre africains.

Avec Manfila Kanté au vocal, ils composèrent SARA SAKHODOUGOU KAIRA BEDIANAMO, PDG SAMBA, etc.

Des titres qui ont fait la fortune des disquaires et satisfaction de nombreux fans et auditeurs.

Mais avec Moriba Pivi désormais comme chef d’orchestre et Emile Benny Soumah comme second chanteur-animateur, ils continuent en tournant une page nouvelle.

La venue d’Emile dans cette formation est un véritable point nodal. En un laps de temps, l’orchestre lance des nouveautés qui font feu ! KONGO KOURA, DJINAMOUSSO, MANTALOKOKA, ANCIEN COMBATANT enflamment tous les cœurs et les BALADINS ipso facto gagnent plus de poids. Au Hit-Parade National, ils sont les premiers avec plus de 5 titres fracassants. Il va sans dire qu’ils furent sacrés : ORCHSTRE de l’ANNEE par l’émission BALADE MUSICALE de la voix de la révolution au cours de son MUSICORAMA 72.

Morciré Camara à la tumba et DIAKITE M’BEMBA à la guitare basse, le tout équilibré par les accompagnements très fins de Ibrahima Kouyaté donnent aux BALADINS un style reconnaissable entre mille autres.

Pour les avoir vus à maintes reprises en explosion dans les dancing, pour avoir même servi de levain à leur excitation, je sais comment ils savent faire leur travail, comment ils savent faire vibrer les foules.

Les baladins sont en réalité un « orchestre-mystère », dans leurs éclipses, quand on s’accorde à croire qu’ils sont en déliquescence, ils ressurgissent avec titres foudroyants. Faut-il en conclure pour cela que ces éclipses sont nécessaires ? peut être. Quant à nous, nous pesons sincèrement qu’il serait mieux de rester toujours présent sur le podium du succès avec des chansons fétiches comme KOGNOKOURA, parce qu’à l’heure qu’il est les formations musicales guinéennes sont plus que jamais engagées dans une sérieuse émulation et ce ne sont pas les idées qui manquent, le IXème Festival national des arts et de la culturel l’a bien prouvé ! il est aussi à remarquer que ces éclipses blottissent les fans et adeptes de l’orchestre dans une attente souvent ennuyeuse et hop en attendant un peu plus d’attention à telle autre formation, et voilà que si les BALADINS ne font pas vite, un ami est déjà presque perdu. Puis c’est un second et ainsi de suite…

Non ! nous croyons franchement que cette situation, ces éclipses souvent longues d’ailleurs ne sont guère à l’avantage de la formation.

Nous nous réservons cependant d’anticiper car les BALADINS y répondront certainement très bientôt, concrètement. Mais d’ici là, la question que l’on peut également se poser serait de savoir si ce éclipses sont des moments d’inspiration ou de respiration. Justin Morel Junior, Jeudi, le 19 juillet 73

 

BALA et les BALADINS s’expliquent

« … La question que l’on peut également se poser serait de savoir si ces éclipses sont des moments d’inspirations ou de respirations ». Telle était la conclusion de notre dernier article sur BALA et ses BALADINS (Voir Horoya n°2015 du 19-7-73).

Cette question a soulevé un sympathique brouhaha de satisfaction pour la raison bien simple que c’était la question qui intriguant tous les mélomanes guinéens. Pour eux, la poser était certes un peu osé mais c’était les soulager par l’espoir, voire, la certitude d’assouvir enfin leur inquiétude. Le problème étant étalé au grand jour, la réponse n’allait point tarder.

Quoi qu’il en soit ont affirmé certains les baladins useront de leur sagesse de doyens pour sortir de ce qui semble être une impasse.

Cette fois ont dit d’autres, les BALADINS sont vraiment attaqués et traqués. Pour rien au monde ils ne répondront à cette question. D’ailleurs, ils ne le peuvent même pas. Dans le mutisme qu’affichait l’orchestre, nous aillions épouser cette dernière opinion lorsque les BALADINS nous ont invité à venir participer à la soirée qu’ils animaient le samedi 21 juillet 1973 à la « PAILLOTE ». Avouons que l’occasion bien que bonne nous a fait un peu tiquer. Mais qu’importe, l’amitié, exige sommes-nous dit en fin de compte.

A cœur ouvert nous nous y sommes rendu, à bras ouverts les BALADINS nous ont accueilli. Ils sont sympathiques ! comme ces nombreux fans et admirateurs transportés, dansant, épanouis, heureux comme si les BALADINS exerçaient sur eux un quelconque pouvoir extatique. Comme eux donc, nous nous sommes allégrement détendu. Plongé dans cette musique joyeuse et bien enlevée, bercé par ces palpitantes improvisations collectives, emportés par ces fiévreuses notes de plus d’une demi douzaine de chants nouveaux, nous ne sentions guère le temps passer. Et pourtant, il passait. L’annonce de la fin de la soirée vint le confirmer. Nous en étions encore à notre faim de mélomanes. Nous allions remercier les BALADINS pour cette merveilleuses soirées quand Moriba Pivi le chef d’orchestre nous a déclaré ;

Nous avons voulu réponde du tic au tac ! avant de vous expliquer quoi que ce soit, nous avons voulu concrètement démontrer que nous n’étions pas en réalité en baisse de forme, loin de là.

Nous avons une démonstration quasiment juste, mais depuis KOGNO KOURA, reconnaissons que vos fans et admirateurs sont vraiment sur leur soif. Rassurez-vous, rassurez non admirateurs, notre retour nous le croyons modestement sera de taille !

Pour les rassurer davantage, il importe également de leur expliquer vos éclipses.

Cette question capitale est, il faut le reconnaître un peu embarrassante. Mais cependant, nos éclipses elles sont dues à deux raisons principales. La première est certainement connue de beaucoup bien que l’on semble l’ignorer. En effet, pour former l’orchestre de notre sœur Mariam Makeba, cinq musiciens de Baladins furent sollicités. Ils forment aujourd’hui le « Quintetten Mariam ». Il nous fallait donc trouver de nouvelles contestations soulevées par ‘article paru dans Horoya, soucieux du succès de la musique guinéenne en générale et celle des Baladins en particulier ; nous avons prix la ferme résolution de faire une stratégie neuve par une plus grande présence dans l’arène musicale du pays avec de « méchants » titres (entendez formidables). Les choses vont changer, faites-nous confiance, le folklore du peuple du Guinée est inépuisable. Nous saurons le mettre à profit.

En tant que co-doyens de la musique guinéenne avec les tambourinis, avez-vous des propositions concrètes pour le progrès de cette musique ?

Cela est juste répond Bala, nous sommes conscients et c’est pourquoi nous nous sommes davantage attelés au travail pour bouleverser dans un temps relativement court tous les jugements sceptiques et tous les spéculations qui se tissent autour de notre formation.

Parlons plus concrètement : que signifie un temps relativement court ?

Pour être plus précis, dans deux mois au plus tard, nous sortions un superbe 33 tours qui fera feu sans abuser du terme.

Nous pouvons d’ailleurs vous citer quelques titres nouveaux de notre répertoire dit Souleyman N’Diagne : AMASA qui signifie littéralement « Il n’est pas mort », un hommage au grand patriote africain Patrice LUMUMBA. Le chant HAFIA-CLUB est une dédicace spéciale à l’équipe championne d’Afrique des clubs pour l’exhorter à poursuivre vaillamment le chemin du triomphe. Il y a également MARIAM et WOULI KABO, deux chansons d’amour très intéressantes. Enfin NAZOKI de l’orchestre BAKUBA, une adaptation zaïroise très réussie…

Cependant, un certain temps de travail s’imposait pour mieux nous connaître car jouer collectivement ce n’est pas chose facile. Voilà ce qu’on peut appeler : la première éclipses des Baladins.

La seconde raison est bien simple ; ce sont non congés que certains baptisent également du nom d’éclipse. Faut-il préciser ici qu’à tour de rôle chaque orchestre national a droit à un mois de congés pour nous permettre de mieux souffler.

Vous pouvez aisément vous rendre compte que nos éclipses ne sont pas du tout fantaisistes car la plupart de nos superbes sont réalisés durant ces moments stratégiques. Pensez un peu à SARA. SAKHODOUGOU, KAIRA. KONGO KOURA. ANCIEN COMBATTANT et tant d’autres.

Pourtant, en réduisant la durée de ce temps, vous ferez le bonheur de nombre de vos admirateurs et adeptes !

C’est vrai, répond Pivi. Après les fraternelles réactions d’approbations.

Nous pensons, intervient Souleymane N’Diagne que les contacts répétés avec le public de l’intérieur pourront nous donner des occasions particulières d’enrichir notre répertoire par une meilleure inspiration. Est-il besoin de rappeler ici que nous ne faisons pas la musique pour la musique mais que tous nos morceaux sont tirés du berceau culturel guinéen, du peuple dont nous sommes issus et à qui notre musiques s’adresse en premier lieu. Notre musique est un message d’authenticité africaine.

Quel est alors, l’orchestre africain qui vous intéresse particulièrement et pourquoi ?

Le tout-puissant OK JAZZ DU ZAÏRE est à notre avis dit Bala, l’orchestre africain qui, par la personnalité de sa musique et l’engagement dont il fait montre nous intéresse le plus. Et son spectacle présenté à Conakry lors du 9ème Festival national des arts et de la culture nous a davantage convaincus. Il est l’expression des activités du peuple zaïrois.

Et vous, le peuple de Guinée est-il pour vous source intarissable ?

Indubitablement !, s’exclame Pivi, et c’est le lieu de rendre un hommage mérité au camarade Président stratège Ahmed Sékou Touré qui nous a fait prendre conscience de la valeur de notre culture en nous apprenant à respecter notre peuple par son action inlassable de formation idéologique.

A chaque peuple sa culture, nous enseigne-t-il, alors pourquoi aller chercher ailleurs ce que nous avons à notre portée. Notre culture est là qui nous appelle par la morale révolutionnaire à mieux la fructifier. En un mot, la révolution culturelle socialiste est pour nous une véritable boussole !

Sur ces mots, nous avons quitté Baladins. En Guinée, le vedettariat est inconnu. Les artistes, issus du peuple sont au sein du peuple. Et notre entretient prouve bien que les Baladins sont des musiciens. Sans emportement, avec un calme admirable, un entrain naturel, ils ont voulu répondre à nos questions.

Une fois de plus encore la démonstration est faite que dire la vérité qu’elle plaise ou qu’elle blesse n’est pas un mal.

« La vérité est révolutionnaire » Justin Morel Junior

 

Papa Kouyaté nous offre la “JMJ”

C’est dans un ambiance de joie explosive qu’a eu lieu l’inauguration de la très sélecte boîte de nuit de notre grand ami, le célèbre Papa Kouyaté, dimanche soir… à la « JMJ ». Au rendez-vous de la « JMJ » dimanche soir, il y avait le chef de Cabinet du ministère de l’information, monsieur Emile Tompapa, c’était « la nuit de l’information » il avait aussi Justin Morel Junior qu’il n’est pas nécessaire de présenter aux lecteurs puisqu’il est des grands journalistes de la RTG, et qui à notre nouveau lieu de récréation emprunte son nom. En plus des nombreux journalistes et techniciens de la RTG que vous connaissez tous, j’ai également eu le plaisir de retrouver mes collègues de Horoya, Sory Dieng, Aguibou Bangoura notamment, ainsi que notre collègue togolaise, Ayoko Folly que Justin Morel Junior a bien voulu présenter aux guinéens en début de semaine dernière, sur les antennes de la RTG.

Ce fut du reste Mademoiselle Folly qui a pris la micro en premier lieu pour présenter la « JMJ » aux journalistes dans une courte communication, enthousiaste et ému et où elle mentionna Papa Kouyaté, qui travaille comme vous le savez avec Matriam makéba depuis longtemps, le très célèbre percussionniste guinéen Papa Kouyaté qui a beaucoup voyagé et qui a eu l’excellente idée d’investir judicieusement dans la création de la « JMJ », contribution notable à l’épanouissement de la musique et de la récréation, « saine recréation » dans notre capitale.

« Saine récréation ». En effet, permettez moi de paraphraser Monsieur Emile Tompapa qui, a en juger par temps qu’il a passé en notre compagnie, a dû se recréer sainement. C’est vraiment une Boîte bien. Bien dans le sens impeccable. En Compagnie de mon épouse Marie, je suis entrée dans une salle climatisée, flottante dans une pénombre qui n’était pas obscurité. J’ai noté l’excellent décor mural, tableaux et objets d’art africain évoquant la musique, la beauté, l’amour.

A la porte, j’ai été accueilli par le stylé Mohamed dont les allures d’aristocrate semblaient relevés par son très délicats rôle de garçons de service ; il m’a conduit au côté sud de la salle, à travers la piste de danse vers mes collègues de Horoya. On ne sent bien ici, dis-je à Maris. Aucun risque d’étouffer car, la climatisation est bonne. Les sièges sont rationnellement arrangés autour de la piste, il y a des glaces panoramiques qui permettent au danseurs de s’admirer.

Plus tard, après avoir fait un tour aux toilettes où j’ai constaté le même rationalité, le même souci de confort et d’élégance, Justin Morel Junior prenait le micro pour inviter les journalistes à danser.

Et croyez-moi pour paraphraser encore monsieur Tompapa, je retournerais bientôt  la « JMJ » je l’ai promis à Mohamed et j’espère que j’y ferai la connaissance d’autres collègues de la RTG, autant les garçons que les belles filles qui m’ont littéralement ébloui dimanche soir.

Ah j’oublias, notez aussi, chers lecteurs que nul délestage ne pourrait interrompre votre joie de danser à la JMJ, qui est pourvu d’un groupe électrogène autonome. Et puis, la musique y est variée excitante, électrifiante. Vous vous y amuserez à volonté. Ibrahim Sory Yansané

 

La Star des étoiles de Conakry - Par Justin Morel Junior 

Portait -  Babadyan Kaba,

La musique est une passion gourmande, dévorante. Lorsqu’elle s’empare réellement de son homme, un succès ne suffit pas, à son tour, il devient vorace.

Sinon, comment expliquer que Babadyan Kaba ne se soit pas contenter de son triomphe avec la romance chantée qui fit de lui en un tournemain une gloire de la jeune chanson guinéenne : Maderi avec la manne des Tambourinis ? Mais non ! Après  Maderi, Walignouma Lombalya, Lamban, Babadyan avec Salimou des Etoiles de Conakry vient de crever le plafond de popularité.

En fait, sans le crier – mais en le chantant- ce jeune filiforme qui promène sa mince silhouette dans les rues de la capitale avec une étonnant assurance a su passer maître dans l’art de mitonner des plats musicaux au goût de grand public.

La technique vocale de Babadyan, est faite de jaillissements successifs où alternent avec une stupéfiant dosage les voix de tête et de poitrine,     atténuant ainsi le fait de saturation que peut provoquer son timbre sans les enregistrements.

C’est un juste équilibrage des chants criés et de cris chantés. Cela lui sied à merveille. Lorsqu’on l’écoute, à ses éclats de voix succèdent souvent des phrases presque murmurées. Est-ce peut être une influence lointaine des premiers chants hindous qu’il a entendu dans les films qui tournaient dans les années 60 en Haute Guinée ? Certainement, puisque lui même affirme que c’est à seize ans, en 1968 que sa passion pour la musique devient viscérale. Dans les rues, en classe, au stade, partout sauf à la maison, il frédonnait inlassablement des airs captés à la Radio ou dans les films. A la maison, Elhadj Madifing Kaba et Sarangbé Chérif, ses parents ancrés dans la tradition, pensent tout naturellement qu’il n’est pas de son rôle de chanter. « D’autres sont faits pour ça » répètent-ils à tous les coups à leur fils. Mais la musique, elle, se moque bien de ses préjugés et les chemins qu’elles emprunte pour réaliser ses desseins sont insondables. Babadyan contourne ainsi la volonté de ses parents pour s’acheter un petit harmonica et illustrer les partitions instrumentales des pièces musicales qu’il reprenait à la guise de son imagination adolescente et son inspiration naissante.

Et voilà que deux camarades d’âge qui jouaient dans la jeune formation Milo Band de Kankan II, Moussa Traoré Dijinna et Cheik Nabé vont l’initier au monde de la musique en groupe : l’orchestre. Et puis, tous les soirs, il assiste aux répétitions du Horoya-Band qui ont lieu au Milo Bar. Assidu et attentif, il ne faut pas longtemps pour qu’il assimile tous les répertoires. Oublié l’école et son cortège de restrictions ! Matin et soir, Babadyan est au Milo Bar pour suivre selon son expression « mes cours préférés : la musique ». Lanciné Kanté, chanteur principal de l’orchestre a été frappé par sa régularité. Un jour, il l’approche et lui dit gentiment : « Petit, je constate que tu aimes beaucoup la musique, il faut continuer, c’est très bien. »

Son père, lui, est totalement scandalisé quand il apprend que son fils avait oublié le chemin de l’école. La frasque est sévèrement réprimée. Chicote et anathèmes sont de la partie. Il pense couper court en le déracinant, il l’envoie chez des frères à Siguiri. Contrairement à toute attente, c’est là d’ailleurs que sa vocation artistique se concrétise, chantant un jour tout seul, au bord de la route, il est découvert par Coplan Cissé un mélomane à l’affût de « porte-voix » pour son orchestre régional : le Manden Könö. Pour lui, Babadyan est l’idéal pour renforcer la section vocale dudit ensemble. Par prudence, les autorités de la jeunesse régionale préfère le tester dans la seconde formation : le Niani Band. En cette année 1969, les jeunes de Siguiri vont découvrir un voix prédestinée à la romance, au lyrisme le plus franc. Ils conseillent Babadyan qui les écoute et se lance en bon guinéen dans les recherches sur le folklore.

Ils se penche notamment sur les chansons des chasseurs : les « Séréwas ». il réussit à adapter quelques uns en orchestration moderne, ce qui lui vaut d’être membre de l’orchestre fédéral : le Manden Könö. Il participe au XIIIème Festival National en 1970 à Conakry, découvrant par la même occasion le goût de comparaison en présence de la grande palette d’artistes de talent venus de toutes les régions du pays. Jusque là pourtant il n’est pas un compositeur de taille, c’est plutôt un interprète doué des ailes folkloriques. Seule une terrible déception sentimentale réveillera le génie qui dormait paisiblement en lui. En 1973, sa dulcinée le quitte dans une mascarade de mariage que seule la cupidité des parents de la jeune fille peut expliquer. Sur ce terrible, de cœur, il se révolte et crie à la face du monde sa déception. « C’est une trahison sans raison » chantera-t-il dans Maderi ; et il n’en avait point l’habitude.

La colère de Babadyan gratifie les mélomanes d’une des plus belles compositions sur le drame des mariages forcés et l bêtise de la vénalité des rapports humains. La déception décidément féconde l’inspiration des artistes.

Kélétigui et ses Tambourinis vont épouser en 1975 Babadyan pour ravigoter leur section vocale et essouffler une âme nouvelle au titre Maderi. C’est ainsi que tout le monde va oublier que Babadyan l’avait déjà chanté à Siguiri. Lucidité.

Pour se maintenir au top niveau dans la capitale, il faut bien plus qu’un simple coup d’éclat ; il en faut plusieurs.

Ceci explique cela, sachons-le. Ne nous étonnons donc pas de retrouver Babadyan à la tête des Etoiles de Canakry, sorte de jam-session avec des musiciens comme Ibrahima RDA, Alphadio, Ahmed Kaba, Ali Diabaté, Sidiki Wandel, Alpha Doumbouya, principalement du Syli authentic, Horoya-Band et Kélétigui et ses Tambourinis.

Les interprétations des Etoiles de Conakry notamment Salimou sont incontestablement parmi celles qui ont le plus marqué l’année musicale en Guinée.

Babadyan et les Etoiles de Conakry ont tout simplement démontré que la musique guinéenne se porte bien. Mais les Etoiles de Conakry, ce n’est pas le port d’attache de Babadyan ; aujourd’hui, plus que jamais, il a les ressources morales et musicales nécessaires pour étonner encore tous ses fans et créer autour de Kélétigui et ses Tambourinis, sa rampe de lancement, un véritable mouvement populaire. C’est ce qui reste à faire maintenant. JMJ

 

Le TABARO, un nouveau son dans la musique guinéenne

 Acoustique, électrique ou électronique. Pour faire la musique aujourd’hui, il faut savoir choisir entre ces éléments : les combiner ou les prendre séparément. Tout est possible et avec, la musique.

Les jeunes du Tabaro par l’innocence de l’âge et l’attrait du modernisme aurait peut être finalement cédé à la tentation fatale de l’électronique s’ils n’avaient pas été regroupés et conseillés par un mélomane averti qui a toujours été passionné par les sons nouveaux : Tabassy Baro.

C’est lui qui en écoutant jouer son neveu Fodé a été franchement impressionné par sa technique instrumentale : doigté limpide, frappes mi-étouffées, mi-éclatées. Pourtant, il savait bien qu’il avait servi de bassiste à Bongi Makéba. Seulement. C’est qu’il  a vraiment prêté attention ce jour là. Et c’est la révélation pour lui. La dialogue est ouvert : « Reprend ce que tu viens de jouer là, on va l’enregistrer » « D’accord, mais Tonton et si je venais avec mon copain qui a une kora et qui aime bien jouer avec moi ? » « Au fond, c’est vrai, ce sont les vacances, va le chercher, on va bien s’amuser. » N’Fanly Kouyaté arrive dans cette atmosphère détendu avec sa kora qu’il fait aussitôt  gicler en de ces notes pétillantes de jeunesse qui font de l’effet.

L’étonnant, c’est que chaque élément apporte un cachet si personnel qu’on s’en détache plus. Choriste, harmoniste, guitariste, chanteur, tous sont exceptionnellement pourvus de talent.

Mais jouer à huit, ensemble, est une expérience difficile pour nos jeunes. De petits problèmes surgissent : la maîtrise du temps, la technique des arrangements, l’harmonisation,.. Ce n’était pas du tout facile et combien de fois ils se sont énervés les pauvres et ont voulu « se bouffer » ! heureusement que les visiteurs étaient là pour les calmer et Tabassy Baro avec sang froid ramenait toujours le calme et le sourire.

Ah ! J’avais oublier de vous dire que les répétitions avaient toujours lieu à la Sig Madina. Tous les soirs de 15 H à 19 heures. Ainsi, jour après jour, le répertoire s’est enrichi : « 20 Sylis mon ami », « Soungouroun Dangba », « Myria Koura » etc.

Personnellement, ce qui nous intéressait dans cette assemblée, c’était la nouveauté des sons. Une Kora accordée aux accents modernes sans pour autant perdre la technique de jeu traditionnelle. Un harmonica aux sons frétillants ou coulés dans une belle sonorité où l’âme africaine est bien vivante.

Des guitares et chants absolument fantastiques, le rythme est soutenu par « Dyin Doun Doun » calebasse renversée sur une bassine pleine d’eau, que l’on frappe de mains ou avec des baguettes pour établir les sous-bassement rythmique. Ces instruments acoustiques vont permettre aux jeunes musiciens de Tabaro dont la moyenne d’âge est de vingt ans, de produire l’effet nécessaire sur le public, après leur passage dans les studios d’enregistrement de la Radio Télévision Guinéenne. Ils vont également jouer avec un rare bonheur des titres de blues avec le célèbre Johnny Copeland en tournée guinéenne. C’est un début vraiment ensoleillé.

Le Tabaro est un nouveau nom et un son nouveau dans la musique guinéenne. Il confirme la continuité de la seconde révolution de la musique guinéenne amorcée depuis 1974 par les Camayenne Sofa poursuivie par un rush de jeunes assemblées aux talents surs : Syli Authentique, Fonikée Orchestra, Demba Orchestra, Sankaran Echo, Fils du Rais, etc.

Le public a bien accueilli la musique de Tabaro, le son est certes nouveau mais il est fondamentalement guinéen. Avec douze titres enregistrés pour un départ, on peut s’attendre à de nouvelles œuvres pendant les petites vacances de février. Pendant que leurs chansons commencent à envahir les antennes de la « Voix de la Révolution », les jeunes eux, ont sagement repris le chemin de classe. Il appartient à leur encadreur de veiller à ce que les musiciens en herbe ne prenne pas les buissons. Les parents encore une fois sont catégoriques : « pas d’école buissonnière pour faire la musique ! »

Pour le moment, le problème ne se pose pas, car l’encadrement qui est assez efficace évitera aux jeunes de tomber à la tentation des figues scolaires. 

PERSONNEL DU TABARO

1.    Fodé Baro Junior : guitariste solo et chant, chef d’orchestre

2.    N’Fanly Kouyaté : kora

3.    Abdourahmane Barry : harmonie, chant

4.    Habib Williams : guitare basse, chant

5.    Ahmed Sékou Kouyaté : chant

6.    David Kandé : chant

7.    Laye Condé: ryrthme (Dyi Doun Doun)

8.    Petit Condé Dioubaté : guitare accompagnement

9.    Tabassy Baro : impresario (encadreur). Justin Morel Junior

 

Les cinquante ans de Momo Wandel

Momo Wandel est un merveilleux saxophoniste à l’imagination facile et à l’inspiration féconde. Le doigt sensible et le souffle puissant, il a la science du saxo. Ses soli sont colorés, chatoyants, languissants de beauté. Avec un feeling débordant, il atteint à la perfection instrumentale des plus grands maîtres du sax. Sa voix éraillée et métallique à la Louis Amstrong et la maîtrise incontestable de son instrument font de lui un artiste au talent éclatant. Il sort ainsi de l’ornière de l’indigence musicale pour constamment offrir à son public des œuvres balisées de repères mélodiques d’une inspiration soufrée. Né le 30 octobre 1926, la vie de Momo Wandel se confond à l’histoire de la musique guinéenne moderne. Vous connaîtrez dans notre prochain numéro la trajectoire artistique de ce musicien de l’Orchestre KELETIGUI et ses TAMBOURINIS. JMJ

 

KALEIDOSCOPE de la musique Guinéenne par Justin Morel Junior 

En considérant la musique guinéenne comme un immense kaléidoscope, nous sommes très vite éblouis par les reflets dia-près de certaines formations orchestrales. Ce sont elles que nous allons vous présenter en ce Trentenaire du Parti Démocratique de Guinée.  

KELETIGUI ET SES TAMBOURINIS

Ils ne sont pas à l’âge du biberon. Ils sont des doyens et mesurent toute la responsabilité de leur état. C’est pourquoi, honnêtement, ils veulent blanchir sous le harnais de la célébrité. Créateurs du premier concert guinéen : « Soundiata », les Tambourinis ont un style caractérisé par la rayonnance alpestre des cuivres. Momo Wandel, Bigne, Camara et Maître « Kélé », ravigoté par la présence de T.T. (Talibé Traoré) ont « surfiné » leurs jeux des lèvres. On a connu des tambourinis avec Mamgboya, Toubaka, Donsoké, Soundiata, Bébé, etc… Aujourd’hui encore un long frisson de jeunesse fait mouvoir l’Orchestre.

Après une éclipse que beaucoup ont taxé d’écluse, il réapparaît et impose un chanteur et un chant : Babadyan et Maderi. Le coup d’éclat est réussi et augure déjà de merveilleuses choses. Enfin, Kélétigui et ses Tambourinis pour le 14 mai offrent un Show d’un type nouveau. Parions que c’est sera show et beau !

 

BEMBEYA JAZZ NATIONAL

Personne ne niera qu’avec le Bembeya la célébrité a rencontré son garant le plus sûr et certainement le plus efficace. Relevant le défi du destin par la perte cruelle de Demba, le Bembeya Jazz National, nous est revenu sous un soleil nouveau. Continuité, tel est le mot qui sert le mieux la personnalité artistique de cette assemblée. Le second souffle de Bembeya est rageur, car les artistes prennent le taureau par les cornes ! Pour eux, il ne s’agit pas de s’asseoir dans le fauteuil de la consécration rembourré des lauréats nombreux glanés ici et là ; il s’agit de constamment se parfaire grâce aux initiatives nouvelles. Sékou Bembeya « orageux » guitariste aiguise encore son doigté Moussa Mory et Salifou accordant leurs voix aux nouvelles partitions. Dorego et ses amis travaillent de nouveau leur coup de langue tandis que Mangala et Siaka au rythme composent de nouvelles recettes. Attendons un peu et nous serons bientôt servi à satiété. 

HOROYA BAND NATIONAL

C’est la benjamine des formations nationales et c’est connu que les benjamins sont généralement des enfants gâtés. Enfant chéri du public cet orchestre va toujours quasiment été. Mais il y a bientôt une année que plus personne n’en parle. L’affection du public s’effrite et l’orchestre semble sombrer dans un certain anonymat. Venu de Kankan où il a grandi, Horoya Band National est un grand maître du verbe ; il l’a maintenant prouvé par ses triomphes aux concerts du Festival National. Mais depuis…Pourtant ses supporters férus affirment et crient partout : « Horoya Band va revenir en trombe ! ». On veut bien le voir. 

SUPER BOIRO BAND

Une formation qui produit beaucoup et qui s’est imposée aux Festivals Nationaux par la qualité de ses concerts. Le SUPER BOIRO possède une musique puissante, livrée tantôt avec force, tantôt avec un calme charmant.  Yarabi Kani, Were, So I Si Sa, Somono, Khamulamna, sont des chants qui ne laissent  pas différents. Superbe ouvrier de la musique de Boiro Band sait que « celui qui ne connaît pas autre culture que la sienne propre ». Aussi ne tripatouille-t-il avec le folklore des autres pays. Il reprend correctement avec le souci de lui apporter honnêtement les couleurs locales. Voilà pourquoi au FECTAC 77 de Lagos les hommes de Mamadou Niassa furent auréolés d’applaudissements frénétiques dans la presse rigériane. 

LES AMAZONES (Orchestre Féminin)

Des femmes dynamiques qui coltinent ensemble depuis plus de quinze ans et qui « tricotent » une musique très maternelle. Etre musicienne n’est-ce pas un lourd fardeau, quand on a choisi passionnément de l’être. Et le moins qu’on puisse reconnaître, c’est que les Amazones aiment sérieusement la musique. Des mandolines et banjos jusqu’aux guitares électriques, elles ont trimées longtemps et furent souvent brimées par le paternationalisme méchant de certains. Mais le découragement n’existe pas dans le dictionnaire des Amazones, la Révolution dans le cœur, aux doigts et sur les lèvres, elles ont toujours chanté le Peuple et l’émancipation de la femme africaine. Elles composent, orchestrent et interprètent aisément n’importe quel titre, au FESTAC 77 de Lagos, elles l’ont prouvé à la face du monde. Le chef d’orchestre NYEPOU HABBAS dit toujours : « Nous nous sommes données à la musique, pourquoi la musique ne se donnerait-elle pas à nous ? »

 BALLA ET SES BALLADINS

Sara, Kaïra, Kognö-Koura, Lumumba, Samba, Kèmèbourama ! Ah ! Ces Balladins, ils sont vraiment des poètes. Voyez ces rimes de leurs titres à succès que pourtant plusieurs années séparent, c’est tout simplement séduisant. C’est la preuve que cet orchestre est constant, stable. L’univers sonore qui nous fait à chacune de ses compositions, est ainsi conçu. Jamais de brouhaha inutile. Même quand de BALLA, l’orchestre est passé sous la direction de PIVI, qui a senti un bouleversement ? Non ! avec les Balladins, c’est la préciosité dans la sérénité ? comment peut-il en être autrement quand des vieux routiers comme MANFILA KANTE, SEKOU Docteur, SOULE et Ibrahima rencontrent des « aventuriers » militants de la chanson comme Emile et MAMADOU PUSKAS ? Les Balladils ont orchestrés une vingtaine de titres-choc qui vont les catapulter très loin dans l’arène international de la musique.

 

LA NOUVELLE TROIKA MUSICALE 

CAMAYENNE SOFA, NIMBA-JAZZ, SYLI AUTHENTIC, voici trois formations orchestrales fédérales qui portent en elles l’espoir de la musique guinéenne nouvelle. Le CAMAYENNE SOFA a à peine quatre ans d’existence, cependant, il a déjà réalisé deux  33 tours et plusieurs 45 tours. Son style se caractérise par une éblouissante dynamique contrepointée de voix chaudes et de guitares bondissantes.

Le NIMBA par son morceau-show BABANIKO a fait une excursion réussie dans la forêt sacrée en exhumant à souhait cette ambiance hautement culturelle des cérémonies d’initiation. BABANIKO est un chef-d’œuvre musical à deux étages rythmiques, le premier plus lent est assaisonné de voix gutturales et de phrases de sax en leitmotiv ; le second plus rapide est l’éclosion totale de l’œuvre musicale avec la participation pleine de tout l’ensemble orchestral.

Le SYLI AUTHENTIc, lui, il nous a surtout apporté une musique mélodieuse par le charme innocent des chanteurs et le jeu fondamentalement en mineur de la guitare solo-« Andrée », « Mafory » et A YENA constituent des titres repères. Et même quand, tout exprès, l’orchestre fait des couacs, l’on est tout simplement muets d’admiration. Dans la musique guinéenne, aucun orchestre n’est une « copie certifiée conforme d’un autre », chacun est si originale que dès, les premières phrases musicales, le mélomane reconnaît aisément l’auteur de l’œuvre. Mais, chaque composition est toujours une intéressante aventure que le mélomane ne refusera jamais. CAMAYENE SOFAS

Que de frissons nous parcourent à l’écoute des morceaux-fétiches des « sofas », creuset d’une poésie attachante chargée de futur ! Ils sont treize, ils sont jeunes. Une jeunesse qui leur a fait élire le nom rutilant de « sofas ». Nom de gloire pour la renaissance de la musique. Renaissance ! Quel toupet ! Mais celle-ci a fait l’éclat nécessaire pour s’arracher le pavois  des hits-parades des stations africaines.

Avec des tubes excellents accrocheurs parce que sympathiques d’une fontaine de mélodies savoureuses. Leur contenu soutient cette joie de chanter, de faire la musique. Nanimbali qui souligne avec conviction de façon irrésistible (c’est cela la raison du succès), l’incontestable don mélodique de nouveaux architectes de la musique africaine orchestrée.

Il y a aussi le « super Konyo Koura » de 1974 de la même signature qui soutire à la nouvelle mariée son sourire de bonheur dans la belle atmosphère de l’alliance. D’une séduisante simplicité, une plage poétique, toute ruisselante de rosée des plus belles partitions, Konyo Koura fit beaucoup dans la conquête du public.

Mais si cet orchestre a aujourd’hui l’estime de bon nombre d’amateurs de la musique guinéenne, il faut néanmoins indiqué qu’il dérange certains milieux qui ne lui pardonnent pas d’avoir été le pionnier d’une autre forte expression musicale. Ces milieux-critiques estiment que les sofas affirment une paresse artistique qui s’illustrent par l’absence d’instruments à vent, hors mis l’harmonica à son sein. Mais cela peut-il entraîner une condamnation ? peut-on reprocher au peintre d’exprimer son moi à travers une fresque qu’il cherche à faire apprécier suivant son goût ? Si le choix de la figure ou du paysage, le droit lui revient également de faire le choix de ses couleurs. Soyons objectifs. Les sofas émergent d’un style simple qui évite l’étouffement. Aussi, ils instaurent une nouvelle époque qui engendre une diversité. Pour la musique guinéenne, c’est une liberté qui ouvre de nouvelles perspectives, comme nous le confiait cet auditeur Bobolais de « Ballade Musicale » à notre passage en Haute Volta à propos de CAMAYENNE SOFA, en juillet-août 1975. d’ailleurs cet auditeur voltaïque comme tant d’autres n’avait pas caché son désir de rencontrer ces jeunes guinéens à la musique d’une allure imposante. Ce que construisent ces jeunes est du vent de la renaissance. Il est d’une esthétique mûrement élaborée par leur fraîche intelligence. C’est pourquoi cette résistance farouche aux critiques et à toute dénaturalisation de leur style. Ils comptent surtout sur le particularisme de leur personnalité pour polariser l’attention du public, populariser les objectifs de notre Parti dans l’édification d’une Guinée nouvelle. Ces jeunes croient aux vertus de l’aventure plutôt qu’à celles de la théorie.

D’autre part, ce qui est explosif, dans le cadre intime de ces jeunes fabricants de la nouvelle conception, c’est la danse. Ce que perd l’oreille, l’œil le gagne au centuple. Si vous aimez la danse, allez applaudir le trio vocal sofa sur les planches vernies du Palais du Peuple, ils ont dans leur sac de charmants ouvrages sautillants, des culbutes, des saillies profondes et des glissades qui vous laissent pantois dans votre fauteuil.

Aussi, de ce trio germe le soutien efficace des interventions du guitariste soliste Jeannot, son respect du temps des mouvements dégage de ses cordes une sonorité bouleversantes de pureté unie, souple comme la voix humaine à la recherche de la beauté de l’expression des doigts de KEMO KOUYATE sur une guitare sèche dans « DJANDJON » et KONYO KOURA par exemple.

La belle de l’exubérance de l’entente Jeannot trio force également une section-batterie à se déployer avec un talent frisant l’innocence pour régler votre divertissement. Cette section n’a peut-être pas l’orientation des sens de l’office des emballeurs de BALLA et ses Balladins, de KELETIGUI et ses TAMBOURINIS ou la furie de la batterie de MANGALA mais elle rend un service appréciable à l’assise musicale de l’orchestre. Tour à tour graves et violentes, méditatives, plaintives et passionnées, les exécutions de François BEAVOGUI révèle un artiste au tempérament sensible qui nous promet du génie. A chaque apparition, il ne cherche nullement à impressionner le public par des prouesses de virtuosité, un peu comme s’il jouait pour lui-même et non pour un éventuel auditeur, la nature des œuvres enregistrés par Syliphone récemment le prouve admirablement. Le seul détail que nous pourrons lui reprocher, comme à tous nos organistes, le manque d’utilisation des jeux de l’orgue. Reste que notre jeune talent nous évitera aussi le trop-fantastique de l’organiste qui joue de la langue, les touches de l’instrument. Les doigts suffisent pour créer la touche de lumière experte à éclairer avec passion tout un paysage intérieur luxueux, créer une ambiance de ferveur, de recueillement.

Eviter RIAD CHALOUB , c’est retirer à l’ensemble uns préciosité qui paie bien le cachet au chef d’orchestre François KOIVOGUI.  L’harmonica en voie de disparition dans l’orchestration sourit dans ses préoccupations esthétiques avec ce jeune d’une façon vivante. Amateur pointilleux, RIAD ne force jamais à se concentrer, et ses interprétations des chansons de MAMADI CAMARA, le premier chanteur, sont splendides, enjouées et d’une fantaisie rythmique alliée à une maîtrise technique qui ne peut que lui valoir des éloges. Les services de ses poumons répondent parfaitement bien à notre exigence. Les faiblesses de RIAD sont seulement enregistrées au niveau d’une absence dans le jeu, celle-ci devenant constante, ne tue-elle pas le talent qui s’affirme ?

Les sofa, c’est aussi la sagesse de Mamadi Camara, le premier chanteur, une voix qui bouleverse. Elle exécute les œuvres de l’ensemble avec zèle et discipline. Un rien de solennité bienséante, un sens très juste du rythme général ,beaucoup d’humanité, de dignité et de chaleur noblement contenue. Dans les chansons de charme, la voix de Mamadi, claire et prenante, est expressive à tel point qu’elle est pénétrante. Sa découverte apporte un timbre persuasif. Il dégage dans chacune de ses chansons un souci constant de bien faire. Tout cela compte dans une carrière qui s’annonce bien : « Kadija », « Kini-Kini », « Labhantè », Tonzoni sont des titres que l’on oubliera pas si vite. Les sofas, des jeunes qui demandent concours et compréhension de la nature d’une jeunesse combative, pleine de ressources inépuisables. Une jeunesse qui se doit d’observer discipline et rigueur. Les sofas existent de part leur volonté, de part celle de la communauté tout entière. La vocation qu’ils ont allumée offre de nouvelles possibilités à notre attention. Orchestre Fédéral de Conakry II, nous pensons que les cadres de cette Fédération sauront les amener à suivre les directives d’une réussite qui se projette dans le temps. Ce sera pour eux l’ascension.  

Camayenne Sofas composition 1976

François Koivogui, guitare-basse, Chef d’Orchestre

Jeannot, guitare solo

Kaba Diabaté, guitare médium

Ahmed Kaba, guitare médium

Mamadi Camara, premier chanteur

Youssouf Bah, deuxième chanteur

Zeze Guilavogui, troisième chanteur

François Beavogui, orgue

Riad Chaloub, harmonica

Boubacar Diane, technicien

Mohamed Lamine Castro, tam-tam

Pierre Koivogui, batterie

Karamo Touré Tumba

Dix ans déjà

Bec et ongles engagés dans la chair du temps, voilà dix ans que le Camayenne Sofa se bat comme un aigle dans l’arène du succès. Attachante et merveilleuse aventure que miraculeusement d’un « jam-session » en 1973 sous le patronyme de Camayenne Sextet ? Cela fait bien onze ans ! Mais non ! Dans la comptabilité de l’Orchestre, tout est réalité seulement à partir du mardi 24 Janvier 1974, le jour où, pour la première fois, les musiciens au grand complet montaient sur un podium pour jouer publiquement avec des instruments modernes. Tumultueuse. Rebondissante. Intéressante, la vie de Camayenne n’est décidément pas facile à écrire. Pensez un seul instant qu’au cours de ces dix années l’orchestre a changé cinq fois de Chef. Tour à tour papa Kouyaté (batteur, aujourd’hui membre du groupe MAKEBA). Jean Baptiste William, (Guitard solo), François Koïvogui (bassiste aujourd’hui en exil Ivoirien) Chaloub Riad (harmoniste, chanteur) et encore Jean-Baptiste William ! A vrai dire c’est lui qui reprendra le gouvernail à chaque fois que le navire SOFA a voulu chavirer car de tous les membres fondateurs, il est le seul qui soit resté. Fondateur de l’ex Camayenne SEXTET, aujourd’hui Camayenne SOFA, je suis par exempte de ceux qui ont quitté. Volontairement j’ai rendu mont tablier parce que mon métier d’animateur national et de critique d’art était devenu incompatible avec celui d’artiste intégré à un ensemble particulier.

Au fond tous les partants avaient leur raison. Fondée ou non. Exemple : Papa kouyaté ex-chef d’orchestre a quitté le groupe à l’appel de l’impératrice de la chanson africaine Miriam Makéba. Il faut être fou pour refuser un tel honneur ! Mamady Camara Kala (chanteur) pierre Koïvogui (batteur) et son frère sont allés en Côte d’Ivoir certainement tentés par les réussites fulgurantes des Mory Kanté, Salif Kéïta et Sam Mangwana qui ont intelligemment utilisé Abidjan comme rampe de lancement. Fondant là-bas une réplique de leur orchestre d’origine sous le titre de (SOFA MULTINATIONAL), nos jeunes n’ont malheureusement pas encore connu le succès rêvé.

Le Show-biz est hélas une hydre bien gourmande et qui dévore ses petits sans même en frémir. Le système Camayenne SOFA c’est que le groupe a su passer ses diètes, ses déserts, ses tunnels sans étaler sa nudité. En ensemble mâture, il a su remplacer sans éclabousser la sensibilité de son public. C’est ce qui explique qu’avec tous ses problèmes, les SOFA ont toujours répondu présent à l’appel des palmarès avec des titres qui, gravés ou non, ont largement recueilli l’humanité, inondé les antennes et les discothèques pour imposer leur image de marque. Chef de file de la seconde révolution de la musique guinéenne le Camayenne SOFA n’a jamais voulu décevoir sa génération qui en a fait un avant-garde du renouveau. Défiant la mémoire du temps, on se rend compte que le répertoire de l’orchestre est solide. Plus de 120 titres. Choc dont la plupart malheureusement ne sont pas gravés su disque. Les thèmes traités sont variés et saisissent bien le « quotidien pluriel » de la vie. Les voici, les célèbrent hits de Camayenne SOFA.

1973-« KOGNO KOURA » ;

1974-« NAMIMBALI »

deux chants qui célèbrent l’amour qui conduit au mariage et au respect de l’être choisi pour la vie.

1975 : « KOULOUMBA » l’Orchestre s’essaie dans les chants épiques et réussit en nous embarquant dans la pirogue de la vie qui synonyme de lutte.

1976 : « KADIJA » et LABATHE » le thème de l’amour revient avec la notion de destin car chante ‘orchestre : « dans cette vie terrestre, tout vient à son heure »

1977 : « GBAMOUYALE », Camayenne SOFA s’attaque aux rites sacrés de la Guinée Forestière, exhume les chants essentiels des cérémonies d’initiation re et repense en même temps la structure de ses arrangements pour épouser les contour de la polyphonie et de la polyrythmie propre à cette région du pays. Toujours en 1077 avec « DOUGOULAMINI », l’ensemble fustige l’aventurisme factice des fils du pays qui ne peut mener qu’à la ruine de l’âme et à l’affûtement de la personnalité.

1978 : « KPOVA », La Guinée Forestière toujours omniprésente à l’allure de saissantes mélopées ou la fiancée conseille son homme de fuir la léthargie et à faire la cour à la terre avec une daba. Ce titre comme « NNIMBALI » sera repris à Abidjan par le Camarayenne SOFA Multinational.

1979 : Avec au vocal le jeune Youssouf BA (aujourd’hui membre du BEMBEYA) le folklore de la Guinée maritime va à son tour jouir des caresses musicales de la jeune formation. Le succès « khannouva », c’est l’amitié bien souvent plus sincère que l’amour.

1980-81 : « FEMARA » devient un hymne en République du Mali. Encore une fois le Camayenne dément ceux qui le croyaient mort avec le départ des Mamady Camara et des frères Koïvogui.

1982-83 : TAXIMAN, un chant qui nous révèle un vieux briscard » Lamine Castro DOUMBIA, Tumbiste reconverti merveilleusement en chanteur. Suivant cet exemple de Borroso et Papaito !

Voilà à grand coup de princeau le répertoire rétrospectif des titres marquant de l’histoire de Camayenne SOFA.

Pour fêter ses dix ans, l’ensemble dans sa nouvelle formule, sous la direction de Jean-Baptiste William (Jeannot) est entré dans ses studios de la radio télévision guinnéenne enregistrer dix titres ! J’ai personnellement assisté à ces séances et je puis vous assurez que les jeunes ont déposé de révitables trésors musicaux. C’est l’accouchement sans douleur de chants qui crient déjà au succès comme les nouveaux-nés crient à la vie. Une fourchette de neuf artistes piqué au cœur de la musique pour en sortir au des compositions saignantes d’amour profonde.

Faisons donc connaissance avec cette équipe à l’allure dynamique, à la joie contagieuses.

Jean-Baptiste Williams, Guitare solo, Chef d’orchestre. Un tumbiste reconverti en grinceur étincelant et qui n’en finit pas de nous étonner avec son « pharse » d’un lyrisme communicatif. C’est le maestro qui ne se donne pas des airs de conquérant mais offre plutôt une image de conciliateur convaincant.

A la guitare rythmiUZ PIERRE LEON FERNANDEZ rutile en accords plaqués déponiblés de toute banalité. Il va à l’essentiel en idée harmoniques parfaites.

ABOU BARRY, à la guitare basse est un polyvalent qui sait que son instrument ne doit pas être une vieille poutre mais un pilier en béton armé pour bien soutenir l’édifice musicale.

RIAD CHALOUB m’apparaît comme la véritable révélation des SOFAS, celui qui de l’harmonica est passé simultanément au chant grâce à son caractère de musicien opiniâtre. Il lit et écrit la musique des SOFAS, il éclate au chant comme un ténor longtemps.

ZEZE GUILAVOGUI animateur consommé, il a séduit tous les publics avec ses pas de danse où la souplesse et l’intelligence bataillent de façon superbe. Il fécond de son talent toutes les compositions et interprétation de chants forestiers des SOFAS.

MAMADY KOUROUMA, à la baterie est un rythmicien qui est passé maître dans l’élaboration de contre coups qui créent l’illusion de deux batteurs au sein de l’orchestre-A cause de sa grande ressemblance physique avec le célèbre chanteur zaïrois on l’a surnommé TABU LEY.

LAMINE CASTRO DOUMBIA. Révélé par le succès « TAXIMAN », ce tumbiste aux combinaisons sonores authentiques, se déouvre une âme de chanteur et n’en démord plus. Il ne s’est pas laissé faire dans le nouveau répertoire. Vous en aurez bientôt des échos !

Enfin, pour la première fois de leurhistoire la Camayenne SOFA a enregistré avec deux souffleurs : moïse Camara et François Charles. Le premier est saxo-ténor, un transfuge du Sombory Jazz de Fria, à quelques 150kms de Conakry. Son jeu scintille toujours de sentiments langoureux. Son saxon dit sa gentillesse.

FRANÇOIS CHARLES : Un remuant saxo alto qui après une aventure en Sierre Léone a rejoint la Guinéen, convaincu que son avenir se trouve ici. Virevoltant ventiste à vous couper le souffle avec ses exhibitions acrobatiques.

En tout donc neuf musiciens ont fêté en studio. Des musiciens certains sans outreconidance de leur prochains succès avec les bouquets sonores qu’ils viennent de nous offrir et qui sentent bien le parfum de leur détermination à poursuivrent le succès. Pour moi qui ai été un point de départ de cette formation musicale, je n’ai qu’un souhait à formuler que la ligne d’arriver ne soit pas pour de main. Parce que dans ce métier, celui qui se croit arrivé commence en réalité à dégringoler. Sur la route du succès Joyeux anniversaire, nos vœux les plus sincères.

Justin Morel JUNIOR

MUSIQUE : Les virtuoses de 76

Depuis longtemps déjà, la « Voix de la révolution », la radiodiffusion nationale, organise chaque année par son émission « en direct avec les artistes du peuple », un HIT-PARADA NATIONAL.n Le Hit Parade national, c’est le baromètre de la population de nos artistes et de leurs œuvres. C’est un vote en quelque sorte en ce sens qu’il est la résultante de la somme arithmétique des différentes choix des nombreux auditeurs de l’émission.

Chaque année, 12 titres musicale sont choisis par les auditeurs. C’est l’occasion aussi de connaître la côté de popularité des musiciens. En 1976, Momo Wandel. Sékou Docteur, Sékou Bembeya, Papa Kouyaté et mamady Camara ont été les cinq géants de la musique guinéenne.

Momo Wandel ! Un nom qui martèle notre sensibilité de mélomanes dès qu’on le prononce. Momo Wandel ! Celui que les jeunes guinéens se plaisent à appeler le « Sax-Soleil », tout simplement parce qu’il est un excellent dans son folklore, il maîtrise tous les accents de la musique moderne. Momo Wandel, c’est le folklore guinnéen multiplié par la foi révolutionnaire et la passion obsessionnelle de la musique. Il sait être langoureux, sentimental et profond quand il rencontre par exemple une histoire d’amour comme dans MARIE. Féroce et swiguant ses dandinant et dodelinant la tête avec le charme irrésistable d’un vieux galant de cinquante ans dans

« MIRIAMAGNI », « SAX PARADE » « TAM-TAM SAX »,

etc. Momo Wandel a toujours fui les milieux où les médiocres passent pour méritants. Toujours prêt servir là où on le sollicite, Momo Wandel est allé à Lagos au FESTAC 77 avec le SUPER BOIRO.

Là encore, son saxophone rayonna tel le grand astre sur tout le Festival. Au Passé florissant, au présent rutilant et au future fascinant, Momo Wandel restera pour la musique guinéenne, nous en sommes certains un nom éternel.

SEKOU BEMBEYA « L’EXHIBITIONNISTE »

Guitariste exhibitionniste, Sékou Bémbeya l’est à plus d’un titre. Quand il prend son instrument, il devient soudain un intrépide et rongeur cavalier. Son cheval : sa guitare. Il sait la faire galoper et trotter cabrer et hennir dans un spectacle inouï d’amour franc, de passion noble.

ALLAKAKE, BALLAKE, WARABA, WISKY SODA, MAMY WATTA, TENTEMBA, ETC.

L’on pourrait ainsi rimer plusieurs de ses titres achevés, exceptionnels. Chevilles ouvrières du Bembaya Jazz National chanteur de charme qui aida souvent Demba au vacal. Beau garçon d’une trentaine d’année, Sékou Bémbaya qui est encore célibataire semble bien se plaire en compagnie de son amante, la guitare.

SEKOU DOCTEUR « LE PREICIEUX »

Rarement j’ai rencontré un artiste aussi posé, précis et dont la préciosité n’est point mièvrerie. Pas grand de taille, il a voulu l’être par la magie de sa guitrare enchanteresse dont il peut faire jaillir tous les sortilèges inimaginables avec une bonhomie extraordinaire. Sékou Diabaté tien de son père El Hadj Sidiki Diabaté ce goût du secret et de la discrétion, cette passion bienheureuse pour la musique. On ne mentirait même pas en disant que le Petit Sékou a têté la musique aux seins nourrissiers de sa mère.

Guitariste soliste des Baladins, il fut choisit pendant un certain temps par la grnde Makéba pour l’accompagner. Il fera deux ans avec elle.

Puis Sékou Diabaté que tout le monde surnomme « Docteur retourna aux Baladins avec un bon bagage d’expérience. Il insufflera ainsi à cet Orchestre un nouveau dynamisme dans la création artistique. Véritable médecin desâmes, la guitare de Sékou Docteur livre une musique aérée, éthérée qui libère le cœur des souillure quotidiennes.

Papa KOUYATE « LE FOU DU RYTHME »

Naturellement brouillant et envahissant même, PAPA ne pouvait pas faire batterie. Cette machine à musique intéressante et vivante. Papa Kouyaté le « fou du rythme » sait que battre c’est user du sens de la mesure du reflex aussi, mais surtout de l’intelligence pour être dans le temps et créer le mouvement musical par son action et son inspiration fécondes sur l’instrument.

La technique rythmique de Papa échappe aux classifications traditionnelles qui, vainement rattachement tout batteur à max Raoch Art Blackey ou Kenny Clark. Loin des étiquettes, Papa a son style, sa personnalité. Il la révèle par ses coups et contrecoups ages ou sauvages à souhait, ses accords rythmiques qui couvent et font éclore des mélodies épatantes, le souffle bavard ou bruyant de ses symboles.

Ce qui est encore plus admirable chez Papa, c’est cette tension juvénile qui l’anime tout le temps et rythme toujours sa vie.

MAMADY CAMARA « L’ENFANT TERRIBLE »

On ne naît pas chanteur, il est vrai, mais il n’est pas faut de dire que Mamady Camara est né en chantant, tant son premier cri fut si beau. Ce fut une inneffiable cantilène que la sage-femme qui le reçut n’oubliera jamais. Mamady est né le 13 août 1949 à Bamako de parents guinéens. Il rejoint en 1955 sa tante Mariama à Yendé Milimou à mi-chemin de Guéckédou et Kissidougou. Après de longs moments de tâtonnements dus aux études, Mamady boulingue entre temps. A Bamako, il joue avec l’Oranam (orchestre de la radio nationale du Mali), le Railn Band en 1971. Mais déjà en 69, il rencontre la Nianda-Jazz de Kissi qui le séduit.

Après un rapide flirt avec Bamako, il retourne en Guinée en 1973. EN janvier 1974, il est à Conakry pour ses études. Augrés du « hasard c’est le Sextet Camayenne puis le Camayenne Sofa. Vace S. KOGNO KOURA, NAMIMBALY, KADIJA, KOULOUMBA, MAMADY s’impose grand chanteur.

Justin MOREL Junior

LE SHOW SPECTACLE GLOBAL EN MUSIQUE

Au FESTAC 77  de Lagos, les formations du Syli Orchestre National ont triomphé largement tant par la beauté et l’originalité de leurs oréations, que par la qualité exceptionnelle des artistes, instrumentistes et vocalistes. Tous les orchestres nationaux ont participé au Festival de Lagos dont le rang de «Super Boiro Band » du « Bembeya Jazz National, et des « Amazones ».

De la vie unanime de tous les musicologues présents à cette fête artistique et culturelle, la musique africaine exécutée sur des instruments modernes doit désormais se communiquer spectaculairement. Qu’est-ce à dire ? Simplement que la musique poli rythmique ne se produit pas passivement tel un concert en chambre que les oreilles apprécient dans un état second, pour ne pas dire en somnolence rêveuse. Le rythme est vie et chaleur. Celui qui le produit doit le ressentir fortement, et incoerciblement pour le communiquer à un public réceptif. Il doit circuler de l’artiste au spectateur. Un courant qui libère et prédispose au balancement « swing », au frémissement, au frétillement, à l’explosion et par dessus tout à l’engagement.

Il y a donc une musique africaine de chambre, type cordophone avec la Kora. Il y a une musique légère des balafons (du point de vue rythmique). Mais la musique de communion, celle moulue par une grande formation moderne doit être constituée d’écho sonore d’un show, d’un « longplay » au sein duquel se penche toutes les volubilités sonores des instruments maîtrisés.

Avec en plus les mouvements individuels et collectifs des artistes dialoguant par les chants, les paroles, les cris et les claquements de langue ou de mains de concert avec le public dans une ambiance qui associe totalement les deux protagonistes en présence : artistes et auditeurs.

Ce sont surtout les animateurs chanteurs qui sont l’âme des shows. Ils sont astreints à chanter et à danser avec puissance et aisance. C’était incroyable tour de force que de chanter en dansant si l’on considère déjà que la danse est le plus difficile des sports. Ou trouver ce souffle d’athlètes increvables, cette énergie incroyablement inépuisable ? Et cela des heures durant dans le feu de l’animation fiévreuse !

A notre époque de gadgets électroniques de production et diffusion de musique, le chez soi pour consommer de la bonne musique rythmique. Les orchestres modernes qui ne font pas de show n’amassent plus d’auditeurs nombreux. Les mélomanes ne sortent plus que pour admirer le spectacle d’une grande formation en prestation. C’est justement la raison qui pousse Manu Dibango à conseiller à tous les jeunes africains à faire du show. Mais quel spectacle, quel show ? Pas les improvisations d’artistes déboussolés, tourmentés par d’excessifs excitants ! Non ! Pas d’ambiance démentielle avec des jeux affolants de lumière colorée sur  un fond. Sonore, hurlant à la démence ! Non ! Mais tout bonnement le beau et bon spectacle de l’artiste qui aime honnêtement et qui communique en les amplifiants aux dimensions du peuple. Par la danse, la musique instrumentale, les rythmes superposés, un état d’âme, des inspirations émotionnelles disques les plus rares, les bandes les plus recherchées à la portée de toutes bourses. Tout le monde peut rester du moment. Il doit convaincre, sensibiliser le public à telle point que celui-ci soit porté à suivre, à lui répondre, à le deviner en le comprenant parfaitement.

Nos artistes traditionnels ne font plus rien de plus dans nos villages parce qu’ils connaissent bien le public dont ils valorisent les créations. Nos artistes traditionnels font du show à toutes leurs représentations. Et c’es bien beau ! Un exemple à suivre !

Namakan Samaké l’« Ange » de N’Zérékoré

Aussi bizarre que cela puisse paraître. Après maintes réflexions, la passion, la vraie contient toujours de la « folie ». cette folie de la foi qui conduit au don total de soi, à la chose choisie. Cette folie qui pourfend la froideur des mystères. En cela, chacun est un peu fou non ?

« Sentir ce que l’on fait, incarner ce qu’on le fait, c’est la meilleure manière d’être soi-même, la façon la plus efficace de s’assumer », c’est la pensée cardinale de Namakan Samaké.

Chef d’orchestre du Nimba Jazz de N’Zérékoré, « Sama » est un charmant chanteur dont la voix a des décharges électriques qui font illico faire passer un courant de symapathie.

Ancien de « Goumbé » du groupe RDA (de 1955 à 1957), Samaké Namakan n’est pas un nouveau venu à la musique. C’est lui qui dirige aujourd’hui, les « symphonies forestières » du Nimba Jazz n’est nullement natif de la Guinée australe, il est né à Kankan en 1942 de Baba Samaké  et Noumoussou Condé.

A sept ans, il est inscrit à l’Ecole régionale de Kankan. Les cours l’intéressent c’est la découverte des choses de la nature et même des choses. Il fait de son mieux et ses maîtres le trouvent intelligent. Cependant, ils pensent qu’il peut mieux faire. Comment mieux faire en classe quand la passion artiste vous dévore ? Entre-temps, il faut venir en aide aux parents donc se jeter dans le combat de la vie avec les moyens de bord. En 1962, il est instituteur. Il va successivement servir dans les villages de Soumankoi Foussein et Guimballa dans la confédération de Kankan.

Là, parallèlement à l’enseignement il anime des troupes folkloriques dans le constant souci de se faire une voie dans le monde des arts. En 1966, il est membre fondateur de l’Union Band de la Section de Kankan, au micro, il est une révélation qui est tout de suite adoptée par la jeunesse. Sa voix en effet, possède un timbre original, heureux mélange de vélours et de miel. Allez comprendre ! En tout cas, à Kankan, on ne s’y trompe pas : « Samaké est valable » affirment les mélomanes.

Le 17 octobre 1966, au cours d’une mémorable soirée, amakan Samaké avec le tract du prosélyte mais le calme du connaisseur s’impose sans pourtant se prendre au sérieux. Passionné de nature, il tissera l’étoffe de sa personnalité sans rapiécer celle des autres.

Se lançant dans la composition à corps perdu. En 1969, le « Milo Band » et le Stard Band vont bénéficier de ses serfvices. Puis il collabore un temps avec le 22 Band de Kankan avant d’aller tenter sa chance à N’Zérékoré où le succès lui a enfin souri avec éclat.

Depuis le 27 juillet 1972 celui que tout N’Zérékoré appelle « Grand Sama » n’a plus connu de tunnel. Il occupe sa place au solei de la musique guinéenne. En 1973 le Nimba jazz est Médaille de Bronze de musique moderne pour le CGR de N’Zérékoré.

En 1975, premier prix des orchestre modernes dans la quinzaine de N’Zérékoré. En 1977, le succès Babaniko est présenté par l’orchestre national super Boiro band au FESTAC de Lagos.

Premier ex-aequo avec le 22 Band de Kankan au 12ème Festival national des arts et de la culture, le Nimba Jazz de N’Zérékoré sous la direction de Samaké a donc traversé la période la plus faste de son histoire.

Mais que réserve demain à « Grand SAMA » et à ses valeureux musiciens ?

Non ! La question est mal posée. Disons plutôt que nous réserve demain « GRAND SAMA » et ses valeureux musiciens ? Encore une surprise de taille : un concert Show qui fête la réconciliation et la cohabitation des hommes et des animaux : l’exemple des célèbres singes anthropoïdes de Bofossou dans la région de Macenta est restituée avec aért sur scène.

Réellement ne aut-il pas un peu de folie créatrice pour réaliser un show comme ça ? Puisse Samaké, l’ange de N’Zérékoré garder longtemps cette option du succès permanent. Ainsi soit-il. Justin Morel Junior

 

Les « AMAZONES » AU NIGER

Amazones ! Voilà un nom qui résonne encore très fort dans les oreilles des mélomanes nigeriens.

Les images qu’ils gardent du récent séjour des musiciens guinéennes dans leur pays sont encore trop vivantes pour que l’oubli les gagnes.

Oubliers les amazones ! Les Nigeriens ne peuvent pas. Il l’ont dit au chef d’orchestre « Votre tournée est historique. Après vous, les femmes du Niger ne seront plus comme avant ».

L’histoire nous le dira. Pour l’instant revenons à ces palpitantes nuits offertes par les Amazones à Niamey, Zinder, Maradi et Dosso.

Tout commence le lundi 15 décembre au Complexe socio-culturel de Niamey. Il est 21 heures dans ce complexe à ciel ouvert ensoleillé « sunlights », un imprésario enthousiaste et pétride faconde annonce l’événement. « Ce sont des  femmes qui jouent comme des hommes » crie-t-il, la comparaison exhale un paternalisme mais qu’importe ! Cela crée l’ambiance et c’est l’essentiel.

Soudain, les unes après les autres, onze jeunes femmes apparaissent, élégantes, impressionnistes alors que crépitente et tonnent les applaudissements les Amazones s’arment de leurs instruments puis attaquent. PDG, Capital, Teleke, etc. Toutes les sections carburent à merveille. Neypou Habas la guitare solo, rêveuse, déverse des notes belles et juste sur un public bouleversé. Les chanteurs Fatou Cissé et Kanko Camara de leurs pas de danse authentique illustrent toute la musique de l’orchestre.

Dans le torrent musical des amazones qui déferle sur les spectateurs, la batterie de Kadé Diallo marque les cascades dévastatrices auxquelles ils ne peuvent guère échapper. Le spectacle se fera en deux parties de 60 minutes chacune. La première au cours de laquelle les musiciens feront ample connaissance de leur public en essayant de saisir leurs réactions. La seconde où l’orchestre sûr de lui va attaquer à plein gaz. C’est là réellement que les amazones se font connaître. Chaque musicien se révolte, explose. Les spectacle gratifiés crient leur bonheur. Certains n’en peuvent plus, ils sautent sur la scène et se mêlent à la grande fête des Amazones. Il n’y a plus de hiérarchie d’âge, jeunes et vieux, hommes et femmes se lancent dans la danse. C’est le phénomène des Amazones : magnétisme tous azimuts.

Témoins privilégiés du show : tous les mass-médiade la capital. La radio et la télévision en font leur bonheur de Africa-Média et El Hadj Moukaila, les promoteurs de la tournée.

Réaction : les Amazones sont choisies pour animer le banquet offert par le président Seyni Kounthé à l’occasion de 22ans d’indépendance de la République.

Au rendez-vous, les grandes formations nigériennes :  « La Fan », la « Caravane » et le « Super Sony ». Les Amazones séduisent une dédicace spéciale au Niger et à son Président sensibilise le tout Niamey réuni en ce jour solennel. Les Amazones alternent l’animation avec leurs frères musiciens nationaux. A leur pause, à la surprise générale, le Président nigérien se lève et vingt les féliciter et les entretenir.

L’instant est sublime. Les Amazones mesurent, émues, la portée de leur action. Simple et souriante, le Président Seyni Kountché dit au camarade Mamadouba Bangoura : « à cause de leur talent, les Amazones doivent aller à l’intérieur du Niger ». C’est ainsi que la tournée des Amazones qui devait durée cinq jours, à triplé. Zinder au cœur du Niger. Maradi la ville commerciale et Dosso, chef lieu des chefs traditionnels accueilleront tour à tour avec faste, amour et respect les braves musiciennes guinéennes. En retour, les amazones seront plus, motivées, plus dévouées. Elles offriront des soirées dansantes dans le souci d’un contact plus approfondi. Les préfets, sultans, sous préfets et maires de toutes les régions traversées ont dit l’impact de la tournée des Amazones.

L’émancipation de la femme nigérienne reçoit là un souffle puissant. La Guinée qu’on ne connaissait pas tellement se fait bien connaître de nous ». La Guinéen jusque là vue de Niamey était « la lointaine patrie de la Révolution », réduite à des clichés, soumise à des images d’Epinal fournies par une certaine presse internationale. C’est ce jugement que les Amazones viennent de bouleverser en offrant l’image de la Guinéen libre et épanouie où la femme et l’homme construisent la nouvelle nation.

La tournée des Amazones qui se situait au lendemain du soumet de l’Autorité du Fleuve Niger a porté la preuve de la totale disponibilité de la Guinée.

Après un jours réussi, les Amazones quittaient le 3 décembre Niamey pour venir fêter la nouvelle année au pays. Les Amazones au Niger, c’est après tout un jalon important dans l’émancipation de la femme nigérienne. JMJ

 

LES AMAZONES EN HAUT VOLTA OU « LA FURIA » DE OUAGA

Des femmes saxophonistes, batteuses, guitaristes, on avait jamais vu ça à Ouaga ! C’était incroyable ! Il fallait vraiment les voir pour y croire ! La Radio, la télé, l’observateur, bref toute la presse locale sensibilisée et mobilisée. Se sont les Amazones, l’orchestre féminin de la Gendarmerie nationale en Haut Volta du 12 au 18 mai 1977. Une semaine durant donc ces braves femmes que leurs admirateurs appellent tour à tour : Tigresses, Diablesses et Déesses de la musique africaine allait surchauffer le tout Ouaga malgré ses <?xml:namespace prefix = st1 ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:smarttags" />45°C à l’ombre. Les amazones, par l’affluence inhabituelle à l’Hôtel de l’Indépendance où elles étaient logées avaient compris qu’ici, le guinéen était aimé, admiré et respecté.

Et quand débuteront les spectacles, à la maison du peuple, au don CAMILLO, au Palladium, au BAMMESS MIXTE, des officiers, partout tous les Amazones ont démontré qu’en Guinée la liberté a apporté l’égalité de l’homme et de la femme au service de l’authenticité de la culture africaine.

Pendant leurs spectacles, de grappes humaines surexcitées de satisfaction, des cris, des rires, des pleurs de bonheur, des tonnerres d’applaudissements ; toute la gamme de sentiments humains de joie portés au paroxysme dans une indicible ambiance de fête, de grande fête fraternelle. Sur scène, les Amazones sont déchaînées dans une sorte de « furia » artistique bouleversante et séduisante. Nyépou Habbas, le chef d’orchestre, courbée amoureusement sur sa guitare en tire des solos délirants qui plongent la foule dans une sublime extase. Salématou, a bassiste, électrique et sympathique. Les chanteuses Fatou et Kanko sautillantes et brillantes animatrices. Et puis, cette fulminante batteuse Kadé Diallo qui a « frappé » le public par la force et la finesse de son style rythmique. Diaraye et Noumoussou à l’accompagnement dans « WOUSSE », « PDG », « ASHIKO », « ANGELINA » ont littéralement fait trépigner chaudement les gens les plus respectables. Les saxophonistes Fatou, Djénabou, Juliette, Noké et la tumbiste Mariam ont toutes abattu un beau boulot dans une musique offerte avec féminité, humilité et grande humanité.

Soirées des diplomates et des cadres du pays, des femmes, des jeunes et soirées pour tout le monde. Toute une ville organisée pour voir ces guerrières de la musique africaine, militante et combattante : les Amazones de Guinée. Après les spectacles, l’Hôtel de l’Indépendance toujours bondé des fans, des « fanas » attendant des autographes, demandant des adresses. En ville, le car qui transportait les musiciens étaient suivi des véritables essaims. Tel un cortège de je ne sais qui ou quoi. Ça ne s’était jamais fait à Ouaga ! C’est dans cette euphorie générale que le chef de l’Etat le frère SANGOULE LAMIZANA, recevra en visite de courtoisie le lundi 16 mai, les Amazones pour leur dire : « vous êtes venues, on vous a vues, vous avez convaincues ». Qui dira mieux ? Justin Morel Junior

 

KONOMBA TRAORE : L’artiste du Peuple voltaïque

La peinture et la littérature des actes de foi

Il y a en Haute Volta qui juxtapose la plume et le pinceau avec maîtrise et maturité. C’est Konomba Traoré. Peintre et poète, cet homme l’est en plus d’un titre. Premier Prix de Littérature du cercle d’Activités Artistiques et Littéraires de Haute Volta (CALAHV), Deuxième prix de peinture au concours du CALAHV et titulaire du Diplôme d’honneur du concours sur philatélique de dessin. Quand il écrit, il choisit les contes. Les plus beaux contes de son pays et de l’Afrique. Il en tire toujours une morale qui ne trahit jamais sa conception de la vie : l’amour de la patrie et l’amour du bien.

Quand il peint, il préfère les portraits des grands hommes. Il aime le langage des visages. Loin d’un banal reproducteur des photos, cet artiste voltaïque requiert dans ses tableaux le mouvement intérieur, restitue le volume du sujet de façon remarquable. Son art est spontané, naturel. Il l’explique lui-même : « un jour, j’ai pris une de mes photos et après l’avoir bien regardé, je me suis dit que je pouvais en faire quelque chose. J’ai pris un crayon, une gomme et du papier blanc. Je me suis mis à me dessiner. Le portrait ne me ressembla pas du tout. Je m’étais fais des naseaux fumant, des yeux trop gros pour une petite tête, une bouche très large. Quand j’ai trouvé tous ces défauts, j’ai essayé de les corriger et j’ai recommencé plusieurs fois avant de réussir (un peu). J’étais ainsi parti »

Konomba n’est donc pas de ceux là qui, sortis de grandes écoles, se jettent dans la mystification en pratiquant un art si ésotérique, que seule une certaine « élite » peut le comprendre. Konomba Traoré n’est certain pas un génie, encore moins un illuminé, son art est si proche de nous que l’on si accroche sincèrement, naturellement. Aime-t-il le beau ? Evidemment, mais il sait aussi que le beau est souvent fonction de notre sensibilité et de l’intérêt que nous nourrissons pour l’objet considéré. Alors, Konomba Traoré  essaie au maximum d’approcher le beau « universel ». c’est ardu mais c’est passionnant.

Dans la vie, Konomba est chef d’Arrondissement à Sindou, dans la sous-préfecture de Banfora. Avec ses frères, il entretient les meilleures relations. Il trouve en eux et avec eux ses profondes sources d’inspiration.

Littérature et Peinture sont deux mondes qui s’interpénètrent dans l’univers artistique de cet homme. Il conte des histoires patriotiques et peint les patriotes. Presque toujours. Samary Touré, Béhanzin. Quezzin Coulibaly, N’Krumah. Patrice Lumumba, Ahmed Séku Turé…sont parmi ses plus beaux tableaux. Il peint pour les éterniser, pour défier le temps qui ne peut ronger ceux qui luttent pour leur Peuple. Ces héros morts ou vivants sont des symboles éternels dont l’exemple doit galvaniser la jeunesse Africaine d’aujourd’hui. Il nous confie : « J’ai tellement de commandes du portrait du Président Ahmed Sékou Touré que je n’arrive plus à m’en sortir. Tout le monde veut avoir le portrait de Sékou Touré chez lui ». Grand ami et admirateur de notre cher « Prési », sa grande fierté est la lettre personnelle d’encouragement et de félicitations que lui a adressé, le 10 mai 1970, le Président Ahmed Sékou Touré.

A 28 ans, Konomba a la vie devant lui. Ses joies et ses peines. Ses contours et détours. Il le sait. C’est important. Pour vivre, lui, a choisi l’engagement : le camp du progrès.

Auréolé de plus belles palmes artistiques et littéraires de son pays, Konomba Traoré ne perd pas pour autant la tête. Il sait ce qu’il veut. « Je m’interdis de peindre pour de l’argent les réactionnaires et toutes les choses abjectes. Je peints par amour. C’est un acte de foi ». Courage, Konomba, la peinture engagée, c’est bien une arme de combat. Justin Morel Junior

 

LES AMAZONES ET LE BALLET NATIONAL DJOLIBA AU BENIN

La fête de l’amitié

Dans le cadre des échanges culturels, entre le République Populaire révolutionnaire de Guinée et la République populaire du Bénin, un ensemble artistique composé de l’orchestre des Amazones et du Ballet National Djoliba vient de séjourner du 29 novembre au 15 décembre 1981 au Bénin. Conduite par le camarade Almamy Conteh secrétaire général de la JRDA de Conakry 1 et accompagnée par les camarades Mohamed Lamine Camara, Directeur général adjoint du service national des arts et Olory Pierre Togbé Vice-présidence de la colonie béninoise en Guinée, la désignation artistique de notre pays a sillonné toutes les six provinces du Bénin : Cotonou pour l’Atlantique, Lokossa pour le Mono, Porto-novo pour l’Ouémé, Natitingou pour l’Atakora, Abomey pour le Zou et Parakou pour le Borgou.

Dans toutes ces provinces, les Guinéens ont joué en un tout homogène pour montrer avec faste toute la richesse de leur patrimoine. Mais voyons en détail les deux ensembles.

Venir au Bénin était réellement un pèlerinage artistique attendu par les Amazones pour la simple raison qu’elle tiennent leur patronyme des célèbres Amazones du Roi Bhanzi. Parcourant tout le Bénin en compagnie du Djoliba, c’est certainement à Abomey, capitale de ces braves guerrières que les musiciennes guinéennes seront le plus applaudies. Au complexe culturel « Les Amazones d’Abomey », les musiciennes joueront au plus que parfois. Des notes sûres, des paroles mûres, une musique pure. Les femmes venues nombreuses s’enivrent de fierté en voyant les Amazones jouer des aires béninois et africains sans fioriture. Les guitares, les cuivres, les percussions, les voix, tout avec elles confirment aisément que la musique est avant tout un nom féminin.

Voici le Ballet national Djoliba en scène.

Des tambourinaires incendiaires qui créent des nappes sonores qui enveloppent les spectateurs dans une indescriptibles béatitude. Les persussions sont tour à tour frottées, cognées ou battues à des vitesses étourdissantes. Dans ce tourbillon musical exceptionnel, des danseurs trépidants se détachent, se déhanchent, pivotent, sautent se regroupe, se séparent, se séparent puis se retrouvent en une de ces multiples figures sorties d’une chorégraphie savamment élaborée où pourtant seuls les solistes peuvent improviser à volonté. En back-grounde, les chanteurs aux voix mélodieuses soutiennent la danse en beauté et en toute efficacité.

Sur les différentes scènes des six provinces du Bénin, le Ballet national Djoliba présentera tour à tour les numéros suivantes :

-  Cocktail de tam-tam : Le tambour messager de l’Afrique profonde ;

Lamba : Le problème du mariage africain, quand l’amour triomphe de la vénalité des rapports humaines ;

-   La mère : la légende de la source hantée par un monstre qui exigeait que chaque année lui soit offerte une jeune fille pour qu’il libère les eaux ;

-   Mandé Bory : les chasseurs triomphant des animaux et organisent la Bamboula ;

-   Le récital : hommage aux combattants de la liberté africaine.

L’extraordinaires pour nous aura été de voir avec quelle facilité les danseurs, les acrobates et les musiciens du Ballet national ont su jouer au naturel. Sur les scènes  réduites, ou en plein air, ils ont su avec intelligence se passer des décors sophistiques du Palais du peuple à Conakry pour se produire avec efficacité en des lieux où beaucoup d’ensembles auraient signé forfait tout simplement. Mais, le Djoliba, lui est allé à la rencontre avec dans sa panoplie artistique ses nombreuses années d’expériences internationale.

Ainsi les spéctateurs de Cotonou, Lokosso, Abomey, Natingou, Para et Portonovo ont littéralement coblés par les artistes guinéens que le camarade Kapochichi, ministre de l’alphabétisation, de la culture populaire, invitera à l’hôtel Beau Rivage de Porto-Novo à un fraternel déjeuner. Avant le repas, il dira aux artistes : « vous n’êtes pas seulement les ambassadeurs de la culture guinéenne mais vous êtes aussi et surtrout ceux de toute la civilisation africaine, vraie authentique, profonde. »

La révolution béninoise qui est une jeune révolution doit boire à toutes les sources révolutionnaires et je puis vous assurer en accord avec ma conscience que, frère artiste guinéen, vous nous avez largement désaltérés.

Tout africain honnête, intellectuellement se doit de vous rendre hommage. Nous vous félicitons et vous encourageons dans votre noble travail ».

Le camarada Almamy Conteh, chef de la délégation guinéenne, secrétaire général de la JRDA de Conakry I, choisira la voie de la modestie en disant : « Merci, fères du Bénin. Je voudrais simplement que vous sachiez que tous vos mots sont des raisons pour nous de persévérer dans la difficile mais exaltantes voix de l’expression de la personnalité africaine.

Loin de nous l’esprit de suffisance ! Nous avons aussi à apprendre auprès de vous car notre révolution est riche de sa Jeunesse ».

Le dimanche 13 décembre 1981, le Chef de l’Etat béninois, le Président Mathieu Kérékou décide le dernier spactacle des artistes guinéens soit gratuit, offrant ainsi « l’incroyable occasion » à tout Cotonou et aux fans descendus de l’intérieur d’apprécier les Amazones et le Ballet national Djoliba sans frais.

C’est le point culminant du séjour béninois de nos ambassadeur. Les musiciennes et ballerines, les rythmiciens et danseurs avec un naturel qui n’a d’égale que leur qualité réussiront à séduire tout le Hall des Sports. Fulminant de vitalité et de virtuosités, la reine de Amazones, Nyépou Habbas, de sa guitare enchanteresse sécoue tous les cœurs ; ses sœurs en amicale complicité lui laissent la bride au coup ! Elle réussit le coup ! Les spactateurs explosent, envahissent la piste quand les Amazones avec au vocal Fatou Cissé attaque le folklore béninois dans le chant slogan « Ehuzu-Dan-Dan ».

L’exultation totale rise le délire. Ce soir les Amazones mijotent des plans musicaux avec des ingrédients importés des quatre coins du continent africain. Dans leur tenue immaculée, des Amazones apparaissent en véritables colombes messagères de l’Amitié des Guinéens aux Béninois.

Le ballet national Djoliba en cette solennelle soirée à laquelle assistent tous les membres du gouvernement béninois et tous les diplomates de la place, décident de jouer son va-tout en un programme de quatre vingt dix magnifiques minutes. Trois numéros seront joués : Lamban, la Mère et « Un pot pourri », original d’aires guinéens et béninois intitulé « Hymne à l’amitié guinéo-Béninoise ». Les artistes vont se surpasser ; les danses acrobatiques, les sauts périlleux, les mimes, les chants, les pas, tout est fait avec une telle passion, un tel engagement, un tel goût du risque qu’à tout instant une sueur froide coule dans le dos des spectateurs ! Le Directeur acteur du Djoliba, K. Sano dans un extraordinaire tour de force soulève quatre de ses artistes en une de ces admirables figures qui font crépiter la salle d’applaudissement frénétiques – Indescriptible.

Pour finir en beauté, les acteurs se transforment en chanteurs pour interpréter l’Hymne à l’amitié guinéo-béninoise ».

« Nous sommes prêts pour la Révolution Démocratique Africaine ? En avant la Révolution ne peut s’arrêter. Vive l’amitié guinéo-béninoise ! »

A la fin du spectacle sous les ovations nourries d’un public satisfait, le Président Mathieu Kérékou se dirige vers les 65 artistes guinéens (Amazones et Djoliba), les projecteurs de la télé ensoleillent alors la scène, les flashes des photo-reporters deviennent de sympathiques clignotants dans cette atmosphère illuminée de gaieté générale. Chaque geste du Président est suivi avec émotion. Il salue un à un tous les artistes.

Incroyable ! Lui que la presse internationale accuse d’avoir le sourire difficile, rayonne ici, chahute là, rit, congratule, s’attarde un moment avec les chefs des ensembles et les vedettes. Pour chacun des Guinéens il a un geste ou un mot affectueux. Une ambiance de famille quoi : Loin des rigueurs du protocole d’Etat.

Ce geste d’amitié, les Amazones, Djoliba et ces spectateurs témoins ne l’oublient jamais. Avant de s’envoler pour la troisième conférence de l’UMOA à Dakar, le Président Kérékou fera une déclaration officielle dans laquelle, il tiendra encore à remercier de vive voix les artistes de notre pays et son frère de lutte, le camarade Président Ahmed Sékou Touré, pour la qualité de l’œuvre de la revalorisation du grand patrimoine culturel africain. Le ministre de l’Alphabétisation et de la Culture populaire, le frère Kapochichi remettra enfin de séjour un discret présent au nom du gouvernement et du Peuple béninois aux artistes guinéens.

Et, je ne trouve pas mieux pour achever cet article que ces mots du ministre Kapochichi : « A la veille de notre deuxième festival national, vous êtes, artistes guinéens, le plus beau cadeau que pouvait nous faire la Révolution guinéenne. Nous vous disons merci ». Justin Morel Junior

 

JEANNE MACALEY : UNE DANSEUSE ETOILE

Je n e sais plus ni où et ni comment j’ai connu cette jeune femme au regard de feu, à la démarche de fauve ou de félin. Je ne sais vraiment plus comment. Pourtant, je sais pourquoi. Je la reconnais cette danseuse-étoile à l’élégance naturelle qui brûle les planches du Palais du Peuple des éclairs de ses pas.

Sa vie commence en dentelle pour continuer en ligne brisée avec la mort de sa mère Sera Angélique James, jusqu’au jour où la découvrent des artistes consommés qui tâtent très vite en elle les pulsions d’une grande artiste en herbe. C’est en 1961, alors que les Ballets Africains répètent leur programme aux Iles de Loos, à Fotoba que le coup de foudre éclate. Jeanne rencontre sa dulcinée : le théâtre. Elle va alors tout abandonner, ses études pour toujours et ses parents pour un moment. Son père Albert est déchiré. Lui qui aime tant sa « Jeanine ». Sa grand-mère, son homonyme veut employer les grands moyens mais Albert dans un élan de cœur irrésistible l’arrête. Subrepticement. Dans la famille la colère gronde un temps puis s’apaise et se dissipe avec les succès que Jeanne remporte sur scène. De la réprobation, elle devient objet d’admiration, bijou de fierté, joyau d’orgueil familial. Qui aurait cru ? Jeanne ardement arrache des rôles de soliste dans les niméros « Tiranké », « Veillée de Kora » et « Minuit », chant et danse presque tous les autres tableaux. En bourlingueuse raisonnée et inspirée, Jeanne avoue en rimant les noms de villes : « Berlin, Washington et Bonn, Tokyo et Kyoto, Bamako et Maputo, Luanda et Osaka sont parmi les villes dont les publics m’ont profondément impressionnée. Mais il y a surtout Malenje en Angola où j’ai vu des gens venus nous voir mourir sans nous voir. C’était vraiment pitoyable, pathétique et sublime. Je ne peux pas oublier Malanje ». De ce jour ensoleillé du 13 Août 1948 qui l’a vu naître à cette terrible et triste nuit de Malanje, il y a une distance que seul le souvenir peut mesurer.

L’expérience de la vie a certes transformé Jeanne, mais elle ne lui a pas retiré son dynamisme d’enfant, son enthousiasme pour la vie. Elle qui a fait la plonge et joué les canailles dans le quartier de Boulbinet reste cependant une croyante fervente, qui ne se sépare jamais de sa chaîne en croix de Jésus Christ.

Jamais gnangnan dans ses gestes, Jeanne est une jeune femme gaillarde, un peu garçonne même. Mais, ce dernier jugement s’effrite dès qu’on la regarde vivre, sérieusement, sincèrement. En effet, des vérités nimbent son visage d’une béate innocence. Vérité de la femme qui aime ce qu’elle fait, vérité de la femme qui aime son prochain. Dans « Tiranké » cette parodie sentimentale où elle joue la jeune fille indécise qui secoue les cœurs au rythme de sa démarche sensuel et se moue suggestives, Jeanne s’amuse, nous amuse donne la leçon de morale « Il faut savoir choisir et savoir aimer son choix ». Les autres spectacles des ballets africains nous montrent, sanglée dans ses constumes de scène, une femme qui a travaillé son corps.

Quand commence le show, aux rythmes spasmodiques des tamtams et des couleurs, Jeanne danse comme une biche. Aux stridulations ondulées de la flûtes, aux grincements amoureux de la guitare, aux pincements sensuels et « provoquants » de la kora, Jeanne répond par la souplesse et la finesse en des contorsions corporelles serpentines qui semblent libérer son être de la…pésenteur.

« Je danserai longtemps encore dit-elle, car la danse c’est chanson du corps, le symbole de la santé et de la joie de vivre ». C’est  vrai, Jeanne macauley c’est surtout la joie de vivre libre. Justin Morel Junior

 

NICOLE SARR : Le micro à défaut de l’avion 

Pour l’auditeur assidu de l’ORTS, les fonctions exactes de Nicole Sarr à la radio, peuvent être un véritable casse tête : jugez-en vous mêmes si vous êtes assez matinal, il peut vous arrivé quelque fois de l’entendre à 6 heures du matin présenter les émissions de la journée. Vers midi, programme de variétés musicales, à 13h au bulletin du journal parlé… Non, ce n’est pas fini car, si vous avez la patience de prolonger écoute, vous pourrez l’entendre faisant de la publicité le même soir. Alors, comme disent nos amis d’un certain pays africain, Nicole Sarr, ce qui même ?

« Tout jeune, je ne rêvais que d’être hôtesse de l’aire. Malheureusement mes parents s’y opposaient. Je comprends au aujourd’hui leur réaction bien que très décue à l’époque : ils ne voulaient pas me voir tout le temps voler vers des cieux inconnus, car ils m’aimaient énormément ».

c’est ainsi, donc qu’après la classe de seconde, elle embrassa la carrière de secrétaire de direction puis, ce fut le virus de la radio. Les premiers contacts en firent une animatrice, mais avant tout, une productrice extérieure : « A mes débuts, j’animais le disque des auditeurs et cela pendant dix ans. Ce fut en quelque sorte mon baptême de feu, et depuis, j’ai beaucoup appris. Je me suis mise toute de suite dans le bain et là, je dois préciser que je bénéficiais d’un conjoncture favorable. En effet, je n’était pas timide, je n’avais ni peur du micro, ni du monde puis qu’ayant déjà fait du théâtre et de la chanson, je me suis plusieurs fois produite en spectacle ».

Tout de suite donc, la confirmation. Mais comment allier aujourd’hui, une vie de famille très remplie, une vie professionnelle non moins intense et une multitude d’autres activités sans jamais broncher. Ecoutons l’intéressé : « en tant que mère de famille, je suis héureuse, j’ai quatre enfants et je m’occupe d’eux dans la mesure du possible. Cependant, je trouve quand même peu de temps pour me distraire. Le samedi, lorsque je ne suis de service, je vais au cinéma, ça me détend ma vie professionnelle ? contrairement à ce que pensent certaines gens, les tâches d’un animateur ne sont pas de tout repos : quand je doit monter à 6h du matin, il faut que je sois sur pieds à 4h. la relève commençant à 5h et quelque soit le temps. Avouez que ce n’est toujours drôle. L’animateur doit monter son émission, consulter la bibliothèque de la radio, la discothèque, la bandothèque, rencontrer certaines personnes, enregistrer son émission et ce n’est qu’après avoir rempli les fiches de droits d’auteurs que l’on peut enfin dire que le travail est fini. Je crois que ce n’est pas facile, surtout, si je suis en même temps journaliste ».

« Voix d’Afrique »

« Je reçois un important courrier, des lettres me viennent de plusieurs pays africains, d’ailleurs, c’est d’eux que j’ai reçu le surnom de voix d’Afrique et je tiens valablement à jouer ce rôle. Voilà, ce qui m’a poussé à mettre sur pied un émission que j’ai nommé : « survol du continent noir ». Malheureusement je crais d’être incompris car voici presque 2ans que j’anime cette émission, et bien que j’invite les auditeurs à écrire pour donner leurs critiques et leurs contributions, les lettres n’affluent pas comme je le souhaite. Mais, je ne me laisserais pas faire et aussi longtemps que ce sera nécessaire, je lutterai ». Ce qui explique peut être ton goût prononcé pour la musique africaine ? « Mon goût pour la musique africaine ? C’est très simple, quoi qu’on puisse dire. Je suis Africaine et surtout Sénégalaise, et c’est un élément de taille, j’aime ce qui est sonore, j’aime le rythme, ça fait parti de moi. Je n’ai fait aucun effort pour aimer la musique africaine. Peut être que c’était un devoir, entant qu’animatrice. On peut bien sûr me reprocher de ne pas pénétrer dans le folklore, ce vrai, mais je crois qu’il n’y a d’autres qui sont plus trompés que moi dans ce domaine. Néanmoins, pour ce qui est de la musique moderne, j’ai le sentiment d’accomplir ma mission. Cependant, il y a des aléas car pour avoir des éléments, je dois faire le tour des maisons de disques, souvent je contacte certains étudiants africains afin d’avoir des éléments d’autres pays, parfois même j’écris directement aux artistes pour qu’ils m’envoient leurs succès, c’est ainsi que je corresponds avec Adré Marie Talla, Kémayo et enfin avec des animateurs (Justin Morel Junior, par exemple).

La polygamie, pas mauvaise !

« En dehors de mon travail, j’ai aussi des petiotes idées sur des problèmes qui concernent la femme. Pour la polygamie, par exemple, je ne serais pas longue puisque mon marie n’a qu’une femme, mais je crois que, dans la conjoncture économique du monde, on a beaucoup discrédité ce terme. Dans l’Afrique traditionnelle, en tout cas, la condition d’une femme polygame était loin d’être servile. En effet, la femme pouvait disposait d’une autonomie enviable et dans beaucoup de sociétés africaines, elle disposait de sa propre habitation, de son champs, de son bétail et d’autres biens. En plus, les rapports entre les épouses étaient régis par des règles rigoureuses qu’elles soient morales, religieuses ou sociales. Le seul inconvénient a été l’existence des demis frères et des rivalités qu’elle a entraîné. A mon avis, je ne trouve pas de mal dans la polygamie, il est nécessaire te le Corah qui est la base de cette pratique, dit que l’homme peut prendre quatre femme mais il faut qu’il soit capable de le faire mollement et matériellement.

Seconde mère

« Le problème du Xessal ? Je suis mal placée peut être, en effet, je suis presque « rouge ». Cependant, je suis totalement contre ce fléau. Car, il m’arrive de voir une femme noir plus belle que moi et des femmes noires plus belles que les européennes. On a longtemps dit que les femmes faisant du Xessal pour être belles, cependant, s’il faut être doré pour plaire, je ne jamais vu un homme se teindre ».

Des projets ?

« Oui, la télé. Car jusqu’ici, et très modestement, beaucoup de gens me posent la question de savoir pourquoi, après avoir travaillé si longtemps ma diction, je n’aurais pas des visées par-là. Mais je fais confiance à mes supérieurs car je suis sûre qu’ils me comprennent. Mieux, ils ont m’adoptée. Comme mes autres collègue du reste, et c’est assez important. J’y arriverai, Incha Allah, et avec les conseils de mon chef de chaîne Ndiaye Mody Guirandu que je considère comme ma deuxième mère grâce à son appui moral, je suis sûre d’y parvenir un jour.

 

La Seconde Révolution

La musique guinéenne a déjà acquis ses lettres de noblesse-j’allais dire note-avec des formations orchestrales célébres comme Kélétigui et ses tambourinis, Balla et ses Balladins, Bembeya Jazz nationa, super Boiro Band, Horoya Band, les Amazones. C’était on peut dire les géants de la première génération de la musique guinéenne. Depuis 1974 avec la naissance de Camayenne Sextet-devenu plus tard Camayenne Sofa- et deux annéses après le Syli authentique, puis rush avec « Fonikee Orchestra » « Demba Orchestre », le « Sankara », les fils du Raïs, le Tabaro et les Morifindia, la tendance s’est confirmée, le phénomène installé, le mouvement consolidé.

C’est le début d’une ère nouvelle animée par des enfants terribles qui naissent avec des dents et mordent les grands à la stupéfaction générale. Cette nouvelle génération de musiciens guinéens, étudiant pour la plupart, a le goût des aventures, la passion des risques.

Armés de science à l’université, ils n’ont peur de rien. Ils prennent leurs instruments et jouent à horizon ouverts. Mais, la musique a des secret pour la science. Ils sont enfouis dans les alcôves de l’expérience. Seuls les aînés donc pourront souvent faire éclater une inspiration bloquée par l’inexpérience. Les doyens sont complices de la situation. C’est certain. Et tant mieux pour la musique guinéenne, elle prouve ainsi avec éloquence sa maturité.

Et tout cas, je me rappelle les secours et les conseils de Traoré Kélétigui quand j’étais membre de Camayenne Sextet. Je sais aussi que les musicien de Bembeya, Horoya ou des Amazones ont souvent passé leurs instruments à ces jeunes loups pour leurs spectacles publiques ou leurs enregistrements en studio.

Si hormis les camayenne Sofa et le Sylin authentique, les autres ensembles juvéniles n’ont pas encore acquis la notoriété internationale. Cependant, il faut reconnaître qu’à l’intérieur du pays, ils ont bien bouleversé l’ordre des choses et sont largement plébiscité. Exceptés les deux premiers ensembles, les autres n’ont même pas encore sortis de disque mais leurs enregistrements sur bandes magnétiques inondent les discothèques de Guinée.

Penchons-nous avec plus de détails sur la troïka de cette nouvelle génération.

Camayenne Sofa : Cet orchestre est né d’un jam session de jeune qui voulaient tout simplement enregistrement un poème Aboubacar Demba Camara. Nous sommes en 1974. Le poème. Il décide bricoler quelques titres. Le succès n’attend pas.

Etudiants pour la majorité, il fallait travailler vite et bien pour retourner au cahier et livrent. Mais la musique est une passion qui dévore. Ainsi de jam-session, l’orchestre est devenu institution, des musiciens sont partis, d’autres sont arrivés, toujours fidèles à l’esprit du groupe.

La musique de Camayenne Sofa embrasse le « tout vital ». Elle traite de la paix, de la guerre de l’amour, de la mort, de la vie. Camayenne Sofa livre une musique qui concilie rythme et mélodie en perpétuel renouvellement. Les rythme bruts de la Guinéen forestière copulent avec les mélodies du Foutah, les percussions et voix mandingues, les chants spontanés de la Guinée maritime en un amour fécondant. Résultat nés : Kogno Koura, Kouloumba, Tara, Kadija, Kini Kini, Nanibaly, Famara, etc.

Orchestre des pionniers de la capitale, cet ensemble qui naît deux ans après les Sofas a bien entendu dans les violons du vent les symphonies et les harmonies dont le grand public avait besoin. Aussi sans hésiter a-t-il suivi la direction du vent. Les mélodies couvées par Syli Authentic sont chaudes, suaves et toujours sentimentales. Depuis leur tube « Andrée » ces étudiants n’ont plus démenti leur inclination pour les notes douces coulées dans les arrangements sur mesures. Un orchestre qui se métamorphose de façon superbe pour le bonheur de ses fans. 1er orchestre de la fédération de Conakry 3, le Syli Authentic a désormais un rival de taille, le tout nouvel ensemble : « les Morifindian ». Un duel musical qui confortera les vrais mélomanes.

Les fils du Rais ;Un patronyme original qui crée l’intérêt et la sympathie. Un musique au temps très personnel. Un style tous azimuts qui broie ou pétrit des genres musicaux différents en des accents guinéens indutables. A ce titre, les chansons « Sinka », « Salimou », « Mafoudia » méritent attention et affection. Les Fils du Raïs travaillent toujours leurs mélodies avec soin, il est à souhaiter les mélomanes de leur fertile inspiration.

Après ce rapide panorama, notons que ces jeunes ensembles de la seconde génération se refusent l’étiquette de « relève ». Dans leur entendement, ils ne relèvent personne, ils sont simplement la continuité de la musique guinéenne. Ont-ils tort ou raison. L’avenir nous le dira. Quoiqu’il en soit, on peut affirmer cependant avec certitude que cette floraison de nouveaux talents et cette explosion de création chez les jeunes constituent bien la seconde révolution de la musique guinéenne. Justin Morel Junior

***************************************************************************************************************Flûte, Flûte d’ou viens-tu ?

Quand la mélodie de l’homme se perd dans les ténèbres du temps, seule l’imagination peut le délivrer du sommeil de l’inexpliqué. La légende côtoie alors allégrement l’histoire et l’anecdote devient le viatique irremplaçable de la connaissance.

Comment la flûte est-elle née ?

Comment cet instrument simple : petit tube percé des trous dont le son direct au cœur, s’est-il imposé dans la musique pour mieux traduire le sublime, le nostalgique le pathétique ? On peut affirmer sans risque d’être démenti que la première flûte fut taillé dans un roseau, mais par qui ? Le musicologue Gleb Anfilov explique dans son ouvrage « Musique et physique » : « Au plus profond de la préhistoire quelque homme de caverne à l’esprit inventif brisa un jour un roseau de ses énormes mains velues et souffla dedans. Le son qu’il en tira lui plut. Son visage au front fuyant s’éclaira d’un large sourire. Cette découverte inattendue constituait un pas de plus de la raison naissante dans la connaissance du monde mystérieux des choses et des événements. Les enfants d’aujourd’hui éprouvent sans doute la même joie lorsqu’ils découvrent qu’ils peuvent siffler en soufflant dans le creux d’une clé ». Qui sait combien de temps mit-on pour trouer ce « style sonore » ? Là, encore, l’homme et l’animal se partagent le brevet d’invention. Mais, il est plus vraisemblable que ce furent les coléoptères et les scolytes qui firent ce « travail », l’homme qui pour mieux souffler boucha ces trous eut l’agréable surprise d’entendre de sympathiques stridulations. Constatant ces avantages évidents, l’homme en fabriqua désormais expressément pour son plaisir. C’est certainement bien plus tard que le « tube sonore » sera muni d’un bec pareil au sifflet du gendarme de nos jours. Le génie anonyme qui perfectionne ainsi aujourd’hui la reconnaissance de tous. Musiciens et mélomanes.

Le « style sonore » aux six trous va donc se répandre, envoûtant les bonnes gens de l’Antiquité.

Des bazars aux baptêmes, pâturages et mariages, la flûte s’installe dans les mœurs sans orgueil. Mais soyons plus direct. Flûte, d’où viens–tu ?

« Je viens de loin. Très loin. Les musicologues rattachent généralement mon origine à l’Orient. J’ai depuis beaucoup voyagé, traversant les déserts à dos de chameaux, dans les caravanes fort bruyantes, voguant sur des mers houleuses à bord des navires de négociants phéniciens, j’ai gagné l’Egypte, la Grèce puis Rome et ailleurs. Au cours de ma truculente aventure, j’ai changé maintes fois de nom, de longueur et de forme.

Au XVIIIe siècle, plus amoureux de moi, les hommes me baptisèrent : « FLUTE DOUCE ». Oh Dieu, ce beau nom ne me porta pourtant pas bonheur. Les gens du siècle m’oublièrent ou me négligèrent. J’étais tout simplement pour eux dépassée, démodée. Pour survivre, je dus m’effacer  et laisser la place à ma jeune rivale ; la flûte traversière. Désormais, je n’étais plus sans égale. Alors je dus me contenter d’exister au gré du caprice de l’homme, mon créateur. Parce que je fus obéissante, il ne me supprima point. Bien au contraire. Ecoutez autour de vous et vous comprendrez. Moi, FLUTE DOUCE, mon orgueil : je suis plus compliquée que la flûte traversière. Comme l’art est simplification, je ne suis point jalouse de ma sœur « rivale » qui, bien que plus simple que moi est née après moi. Je suis fière de mon aînesse. Je me ris souvent des hommes qui hélas se compliquent les choses.

Tenez ! Ma sœur, la Traversière aurait bien pu être moi et moi, elle. Oh ! Vous voyez bien que l’essentiel est que nous existons toutes deux. Rien ne vaut la vie, a dit un de mes créateurs inspirés. N’est-ce pas vrai ? »

Voilà comment l’élégante « tige sonore » raconte son odyssée musicale. La flûte suit la spirale de la vie. Le pasteur nomade qui souffle pour rassembler son troupeau, le musicien d’un grand orchestre qui ponctue les séquences, marque les reliefs sonores des arrangements, et l’enfant qui s’amuse avec son pipeau ont quelque chose de commun : c’est la vie.

Légère et enlevée, douce et mélancolique, profonde et pathétique, la Flûte exprime la vie dans ses contours mouvants et ses lignes droites. Bonheur et pleurs, la vie est faite de tout ça.

La flûte sait dire tout ça. Justin Morel Junior

 

LE BOUM MUSICAL DE N. AWADA

Rarement soirée n’aura marqué autant que celle du 9 août 1984. franchement, au départ, j’ai cru à un bluff. Pas de la part de l’artiste, mais bien de la part de l’initiateur de cette grande première. Je dûs, très tôt, déchanter une fois dans la salle des fêtes. Je me dois, tout de suite, de rendre un hommage à Justin Morel Junior qui a vu juste en allant à la découverte de Nabil Awada. Plus, en obtenant de lui un déplacement pour rencontrer le grand public que composent les mélomanes de la capitale. A ce niveau même, la surprise était grande. Et on est allé au Palais du peuple non pour déguster le menu qu’il se proposait d’offrir – mais pour dévorer des yeux l’homme tel qu’il a été peint à force de mots. Et là, l’assistance est passée de l’un des aspects à l’autre, c’est-à-dire de l’homme à sa propre production.

J’avoue que le Palais du peuple, ce soir là, a fait le plein comme par un jour faste. Les rideaux s’ouvrent. Le Kaloum Star au grand complet est là. Dans les coulisses, Mr Justin Morel dans un latus d’une minute, dégage l’essence du spectacle. Puis sous les applaudissements frénétiques, Nabil Awada, boubou indigot brodé, tenant sa flûte en main, est traîné dans son berceau. Ah ! ce cher berceau qui est tout pour Awada Nabil… On l’installe sur une espèce de podium.

La scène baigne dans un décor naturel qui rappelle bien le paysage de nos campagnes. Malgré l’émotion qui l’éteint, Nabil Awada essaie d’être imperturbable. Il lève son bras droit pour saluer le public. Et c’est l’attaque. Le premier morceau est une sorte de vocalise liminaire. Par la suite, en trois tranches entrecoupées d’intermèdes, Nabil a joué : Témède, Moussoloulé, Ira famma, Aminata (morceaux de sa propre composition) – Yéni papa ndé (joue en duo avec Maître Aliou Barry, chef d’orchestre) Manicero (air par lequel il a appris la flûte) Guantanamera. La note finale de cette soirée a été dédiée à la nombreuse communauté arabe en Guinée, par l’air bien « Ya moustapha ».

Nabil Awada ! Qu’en dirais-je en plus ? Nabil Awada, un jeune homme couché dans un berceau depuis 23 ans déjà, qui défie le sort, le sien, en travaillant positivement. Pour lui et la postérité. Son entrée fulgurante sur la scène nationale apporte une haute note à la musique guinéenne. Son exemple est un des plus beaux, des plus encourageants. Par son opiniâtreté l’homme tient à mériter de la vie. Enfin de compte, Nabil Awada nous apprend à savoir comprendre les autres, à apprendre, à savoir attendre et agir par la suite dans le sens que dicte toujours le destin nôtre. Aussi, son rêve de paraître au grand public a été réalisé et de la manière la plus élogieuse : Un chèque de 500 000 sylis et un poste combiné Radio – cassette lui ont été offerts par les frères Roda et Mr Mohamed Dorval Doumbouya.

Du coup d’essai, Nabil Awada est passé maître de la musique. Son courage va certainement impulser les musiciens guinéens à mieux travailler pour une évolution qualitative.

A la fin de la soirée un Guinéen de la diaspora, Mr Ousmane Baro dira : « Je viens de vivre un beau spectacle. Cet homme handicapé, couché dans un berceau, n’a certainement pas montré tout ce qu’il sait et peut faire. Il me semble qu’il nous a caché quelque chose. C’est, après tout, une soirée mémorable pour moi qui ai été absent, pendant 14 ans, du pays ».

Nabil Awada – Awaadé !…

 

RUMEURS D’UN GALA RATE

Insolite escale. Visite amicale éclair aux studios de la RTG. Interview. Accord pour participation au spectacle de l’artiste handicapé physique Nabil Awada. Joie immense du public pour le geste humanitaire.

Aïcha Koné va donc participer effectivement au « Gala de Nabil Awada ».

Nuit de réceptions intenses avec le Kaloum Star. Le lendemain, le Palais du peuple est bondé comme jamais il ne l’a été depuis les nuits ensoleillées de la orquesta Aragon en 73, des strapontins improvisés et même des gens debout !

Nous sommes le mercredi 16 Août 1984. Nabil Awada ému et émouvant engage le spectacle dans un silence de respect où planait malgré lui une profonde atmosphère de pitié.

Ces premiers instants vont s’éclater pour laisser le public se dépasser et s’éclater à son tour après avoir réalisé que l’Artiste sur scène était un phénomène et un… homme cmme tous les autres.

Quand le musicien est sur scène pense Nabil Awada, il y a une aura de fierté qui ne ressemble à rien d’autre au monde. La musique poursuit-il, j’en ai fait le but de ma vie.

« Mon rayon de soleil »

Le public est en fête. Ses mots et ses notes sont de véritables bains de jouvence.

Et pour l’esprit et pour le corps dans cette ambiance bouillante de plaisir inédit, on crie : NABIL AWADA AWADE ! ce qui signifie : En avant Nabil ! Jubilation !

Alors vint Aïcha ! Explosion dans la salle. Le public s’accroche à ses lèvres : « J’ai tenu à participer au spectacle de Nabil Awada en guise de soutien. Je suis en séjour privé à Conakry mais j’ai accepté de venir jouer pour lui dire toute mon amitié et l’encourager à aimer la vie pour réussir en art ». Touchante Aïcha.

Elle chante « Djigui » puis « Linda » a moitié révérence devant Nabil et le public et Aïcha s’en va ! Les fans fous de Aïcha sont déçus. Leur colère est polie.

Ils ne crient pas, ils ne cognent pas. Ils s’en vont aussi.

Sortis les commentaires commencent. De tous les goûts.

« Aïcha est chichiteuse, on nous l’avait dit »

« D’ailleurs en Côte d’Ivoire, personne ne l’aime vraiment. »

« Aïcha s’est fâchée sur scène, c’est pas artiste. »

« Elle a perdu son public guinéen ».

« Non ! c’est le KALOUM STAR qui ne l’a pas bien accompagnée ».

« Mais, elle aurait pu quand même achever correctement au chant ses deux titres » Tirer son épingle du jeu, etc.

Chacun avait sa part de colère et certains sont allés plus loin dans la désapprobation en ne voulant même plus la revoir en Guinée.

Quelle leçon à tirer de cette participation après tout ratée de Aïcha Koné au gala de Awada ?

Je pense que l’incompréhension fut le maître-mot de la partie. Les fanatiques de Aïcha ont cru à un spectacle exclusif de leur vedette et à tort puisque à la Radio comme à la Télé, il était question d’une participation simplement.

Le tout s’est gâché quand Aïcha, elle même ne crut pas devoir rester avec Awada jusqu’à la fin du show. Elle sortit et ses fans avec, réduisant du même coup l’éclat final d’une soirée à la quelle elle avait décidé volontairement et gratuitement de participer. Le jeune artiste handicapé me confiera le lendemain :

« Je n’ai rien compris au comportement de la sœur Aïcha Koné »

En réalité, personne n’a rien compris de son geste sur scène. A son insu peut-être Aïcha Koné a sérieusement entaché ou entamé le potentiel d’estime que les mélomanes de la capitale ont pour elle. Les explications de son geste qu’elle m’a donné à la Radio dans l’émission Kaloum Midi n’ont en fait convaincu personne, je m’en rends compte aujourd’hui. Quelque chose est donc rompue avec en « back-ground » toutes ces rumeurs qui viennent de Côte d’Ivoire colportées par des vacanciers innocents qui connaissent bien Aïcha Koné. Comment reconquérir ce public perdu ou déçu ? Aïcha Koné devrait sagement y penser avec tout son staff sans colère, sans rancunes, sans outrecuidance. Un public, ça se conserve. Justin Morel Junior

 

DES DISPARUS

Cela, parce que la Guinée a été largement éprouvée depuis le dernier festival tenu en 1979. de grands noms de la musique se sont étients. Fodé Diabaté (Petit Fodé) Directeur Général de l’Ensemble Instrumental national qui avait lui-même succédé à Sory Kandia Kouyaté défunt. Mory Kouyaté, bassiste du Bembeya Jazz national, Marius, Bangoura du Sorsornet Rythme de Bohé, Delphina Gnobé des Amazones, Témouré du Fatala de Boffa et tout récemment la sœur de Mory Kanté, la Nationale Mama Kanté qui à elle seule suffisait pour écumer les festivals

Avec tous ces coups atroces du destin, les guinéens ne font vraiment pas de galéjades lorsqu’ils se demandent comment sera ce XIIIe Festival ? Mais du côté des autorités le calme et le sérieux règnent, les 13 sous-commissions techniques sont déjà à pied d’œuvre et travaillent dur. Hébergement, spectacles, programmes, santé, sécurité, symposium, colloque, salles, scènes, seul un festival.

TOUT EST PREVU

En attendant, sur le plan infrastructurel, trois grands centres sont retenus pour recevoir les acteurs : le Palais du Peuple, le Stade du 28 septembre et la Permanence fédérale de Conakry III. Les troupes artistiques des régions en compétition passeront en rotation dans ces 3 centres où des jurys sont naturellement installés. Quant à la cinquantaine d’orchestres en compétition modernes, elle est chargée également d’animer les différents dancings de la Capitale. Notamment les deux plus grands : « la Paillote » et le « Jardin de Guinée ». Ces animations sont également notées.

Généralement, la grande Mama Africa est toujours au rendez-vous. Entendez Miriam Makéba. Mieux, elle profite de ces occasions pour lancer de jeunes talents ou se produire en jam session avec de grands artistes Sud-africains. Elle a ainsi donné la chance aux Guinéens de voir Leta Mbulu, Caiphus Semanya, Hugh Masekela et bien d’autres. Ses concerts interviennent toujours en bouquet musical final. Elle n’est pas en compétition comme d’ailleurs les troupes invitées.

EVENEMENT UNIQUE

Le Festival culturel et artistique guinéen doyen de toutes les manifestations de ce genre sur le continent est un événement unique et multidimensionnel. C’est un podium privilégié de dialogues ouverts, une sorte de boîte à idées géante où scientifiquement les questions fondamentales de la culture africaine sont analysées par des voix autorisées, des spécialistes confirmés. Le bonheur encore est que cette année presque en même temps que le XIIIe Festival va se tenir le Colloque International sur les Résistances Africaines.

Avec tous ces faits, je crois que pour cette fois le spectre maléfique du chiffre 13 sera bien balayé et je me ferai le devoir fraternel de vous conter le XIIIe festival tel quel. Justin Morel Junior

 

KOUYATE SORY KANDIA

Kandia ! C’est le nom lapidaire de celui qu’il n’est plus besoin de présenter tant son nom s’identifie à la musique africaine. De lui, un confrère anonyme écrivait il y a bientôt vingt ans : « Musicien sensible et fin, Kouyaté Sory Kandia n’égraine sur sa guitare que les notes veloutées de l’amour, l’amour du bien et de la vie et sa puissante voix ne s’élève jamais que pour chanter les vertus traditionnelles de la société africaine dont il sait les moindres principes sur le bout des doigts ».

Descendant direct de BALLA FASSEKE KOUYATE illustre « DJELY » du grand SOUNDIATA KEITA le « Roi Miraculé », fondateur de l’Empire du Mali, Ibrahima Sory « Kandia » appartient à la famille Kouyaté. Artiste de tradition, Kandia naît à Manta, petit village de Bodié dans la région de Dalaba, à environs 400 kms de Conakry, la capitale guinéenne. Il a à peine deux ans, quand sa mère meurt. Cette mort le remarquera. Grand, il composera pour elle une de ses plus belles chansons « N’NAH » qui signifie, ma mère. Dès l’âge de 7 ans, alors que le jeune Kandia fréquente l’école coranique, son père Djely Mady Kouyaté l’initie à l’histoire africaine. En maître pétri de savoir, il enseigne à son fils la vaste généalogie des grands du Mandingue. Musique et tradition orale s’interpénètrent dans ses cours. Maître du verbe et fin joueur de Koni (guitare tétracorde traditionnelle), le vieux Mady offre très tôt à son fils son instrument de prédilection. En 1939, alors qu’il n’avait que 6 ans, Kandia savait déjà pincer et caresser avec amour son « instrument-jouet » que ses mains couvraient à peine. Un peu plus tard, Kandia rejoint la cour royale des Mamou. De 1947 à 1949, il y fait ses preuves. Sa renommée traverse les montagnes de son Foutah natal. Son rayonnement artistique naissant s’amplifie vertigineusement.

A 19 ans, en pleine adolescence, il est incroyablement u artiste complet : sa voix franche et ses gestes simples séduisent et enchantent tous ceux qu’il rencontre. Son succès lui réchauffe le cœur mais ne lui fait pas pousser des ergots. Cependant un ami l’invite à Conakry. L’almany de Mamou lui accorde volontiers une semaine de permission mais son succès dans la capitale prolonge le séjour. Dans la fièvre de la capitale, Kandia se fait des amitiés dans tous les milieux, des artistes aux hommes politiques du RDA. C’est pendant ce séjour qu’il s’achète ce qu’on appelait alors la « guitare des blancs », une guitare espagnole.

Après le succès de Mamou, le triomphe de Conakry et un bref séjour à Manta, Kandia va se fixer pour un temps à Labe en plein Fouta Djalon. Au cours d’une soirée organisée en 1951, à l’occasion d’une tournée du Président Sékou Touré, à Labe, Kandia anime avec virtuosité la cérémonie. M. Sékou Touré, sensibilisé l’invite personnellement à le rejoindre à Conakry. Arrivé à Conakry, en plein spectacle, son micro lâche. Kandia dépose soudain le micro et chante en gorgée déployée, de la manière la plus naturelle. Stupéfaction générale ! Kandia brave le micro et sa voix dans son jaillissement naturel enveloppe l’auditoire et l’étonne. Ce coup de maître, l’élève ne l’avait appris de personne. Encouragé par ce succès et le cœur gonflé d’ambitions nobles, Kandia retourne à Labe et constitue un  ensemble traditionnel de douez membres. Six mois après, les Ballets Africains sont constitués. Sur recommandation expresse de ses bons amis, Kandia intègre cet ensemble auquel il apportera une contribution de qualité. Kankan, Siguiri, Dakar, des étapes vers la consécration internationale.

Première la France. Une tournée dans les provinces françaises, nous sommes en 1956, Kandia entre en studio et sort chez Vogue son premier 45 Tours qui offre plusieurs titres parmi lesquels : Nina, Toubaka, Malissadio et chants de réjouissance. Puis, c’est la Grande Bretagne, la Belgique et l’Allemagne. Toute l’europe est visitée, l’URSS, les Etats-Unis et la Chine le découvrent tour à tour et merveilleux. Satisfaction totale des publics, c’est une tournée triomphale. Mais le succès ne tourne la tête de l’artiste car Kandia aime passionnément l’Afrique et malgré toutes les propositions mirobolantes faites ici et là à travers le monde, Kandia les rejette en disant « l’honneur de l’Afrique ne se marchande pas ».

Le succès populaire et ses contraintes exigent de lui toujours plus de performances, toujours plus de constances. Sollicité pour ses nombreux talents, en 1957, il quitte les Ballets. A la tête de 18 artistes, Kandia fait son premier tour d’Afrique de la chanson, Côte d’Ivoire, Gambie, Sénégal, etc. applaudissent tout à tour l’exceptionnel trouvère et ses frères. La même année, au Festival de Bamako, les guinéens enlèvent le trophée. Kandia est de la partie. C’est la première consécration continentale.

Quand vint la liberté en 1958, la mission du chantre poète, philosophe et historien allait gagner en dimension. Il intègre aussitôt les Ballets africains nouvelle formule. Aux Etats-Unis, la première sortie des Ballets rénovés est saluée par un enthousiaste délirant. A peine, rentrés à Conakry, les ballets avec Kandia partent pour Vienne en Autriche. Là, en duo avec la célèbre vedette Paul Robertson, Kandia chante superbement. Un hommage à la partition africaine à travers la République de Guinée. Légitimement fiers, Kandia exulte et ses amis jubilent. A Boston, devant un partère fourni des diplomates, il entonne l’hymne nationale de la République de Guinée sur l’air d’Alpha  A Boston, devant un partère fourni des diplomates, il entonne l’hymne nationale de la République de Guinée sur l’air d’Alpha Yaya. Satisfecit général.

Lorsqu’en 1960, sur initiative personnelle du Président Ahmed Sékou Touré, l’ensemble instrumental et chorale de la « Voix de la Révolution » est créée, il est aussitôt placée sous l’autorité de Sory Kandia Kouyaté. Composition, adaptation, orchestration des airs populaires, véritable laboratoire de la musique traditionnelle africaine, telle est la mission de l’ensemble.

En grands bourlingueurs, Kandia et ses amis sillonnent encore l’Afrique : la Tanzanie, la Sierra Léone, le Liberia, la Côte d’Ivoire, etc. Cependant en 1964, il devient le directeur adjoint du Ballet National Djoliba. Il y restera 5 années durant. En sa compagnie, le Ballet est auréolé de plus de belles palmes artistiques dont en 1966, en Sicile, la médaille d’or de festival international du folklore. Trois années après Alger, à la grande rencontre africaine, le premier Festival Panafricain des Arts et de la Culture le continent s’incline devant la Guinée en lui décernant la coupe d’honneur d’argent de solo. C’est alors le rush imperturbable vers les palmarès et décorations.

A la recherche de nouvelles sonorités africaines, Kandia fait un mariage réussi avec Kélétigui Traoré et ses Tambourinis, le prix Charles Gros 70 sanctionne l’initiative heureuse. Un disque d’or à la dimension de l’artiste génial. La passion de la perfection et de la révolution l’exhorte constamment vers les autres artistes africains. Ainsi, avec l’extraordinaire choriste SIDIKI DIABATE, il enregistre les plus belles pages de la musique africaine en trois volumes 33 tours. Le dernier chef d’œuvre. Message de fidélité et de vérité historique dédié à la postérité. Kandia devient la voix de l’Afrique. Aux festivals de Tunis et Berles en 1973, Kandia de nouveau Directeur Général de l’ensemble instrumental et chorale de la voix de la Rvolution, incendie les cœurs des spectateurs de bonheur. Partout des salles combles qu’il fait exploser de sa voix humble et belle. Kandia n’était point un homme orgueilleux ; fervant religieux il se considérait simplement comme un artiste tout court. Jamais comme un vedetté. Etre vedette ne lui jamais venu en tête. Il accomplit en 1974 ses obligations religieuses en se rendant sur les lieux saints de la Mecque par un offre gracieuse du parti démocratique du Guinée. Devenu Elhadj Sory Kandia avec ses deux épouses et ses sept enfants, l’artiste fête le triomphe de la foi. Il n’était pourtant pas un fanatique. C’est pourquoi avec le Turban et le Djellaba, Kandia a encore chanté à travers le monde. Je revois encore Kandia au Main Hall du théâtre national de Lagos au festac 77 retrçant la tumultueuse histoire de l’Afrique. Je le revois, ce musicien au doigté sensible et aux notes profondes et directes qui, de sa voix et de ses doigts transperçait le cœur de ce public cosmopolite. Après Lagos, Kandia et l’ensemble sont au mois de mai 1977 en Haute-Volta. La dernière soirée continentale.

Kandia meurt à 44ans au printemps même de sa vie. A 44ans comme l’histoire de ce justicier qu’il chante dans « KEDO » ; médaillé d’honneur du travail, Commandeur de l’Ordre National à titre posthume. Toute sa vie, Kandia a été un artiste de combat, le combat du bien contre le mal, de la vérité contre le mensonge, de la liberté contre l’esclavage. Un clin d’œil sur notre siècle et nous voyons que son combat est loin de s’achever. Kandia ne meurt pas, il demeure le symbole de cette lutte. Justin Morel Junior

 

Le National HOROYA BAND de son triomphe au Dahomey

Dans l’exploration et l’exploitation du patrimoine culturel dans toute sa beauté, le Horoya Band, benjamin des orchestres passe pour l’une des meilleures formations musicales guinéennes.

S’il est encore plus ou moins inconnu du grand public africain et international, c’est que ses tournées à l’extérieur se comptent. Quelques jaculatoires excursions ça et là aux accointances du pays, c’est tout.

Mais cependant, en Guinée, il est apprécié et aimé. Inavomible vainqueur, cinq fois médaille d’or au festival national (de 1967 à 1973) et de manière consécutive), le National Horoya Band écume tous les dancings où il se produit. A Conakry comme partout ailleurs.

Elevé au rang d’orchestre national le mardi 27 décembre 1971, le Horoya Band n’a depuis fait qu’un séjour flash à Bamako en République sœur du Mali où l’accueil fût très fraternel.

Après Bamako, Cotonou s’inscrit par les jeux du hasard en lettres capitales sur l’écran musical de cette jeune formation dont les 12 talentueux jeunes musiciens s’embarquaient le samedi 7 avril 1973 pour le Dahomey en remplacement du Bembeya Jazz frappé et empêché par la perte inattendue de Demba.

Arrivé à  Cotonou pour célébrer le 20ème anniversaire de la « Voix de la Révolution » (Radiodiffusion du Dahomey), la mission du Horoya Band était lourde car il fallait apporter à ce public une satisfaction à la « Bembeya ». Il fallait chauffer, donner un spectacle total. Ce n’était pas du tout facile ! C’était un défi qui n’osait dire son nom ! Il fallait le dévoiler au grand jour. Horoya Band le lit avec un courage, une personnalité et un brio jamais égalés.

De Cotonou à Nattitengou en passant par Porto-Novo, et de Lokossa à Parakou via Abomey, bref, à travers tous les départements entre l public et lui, la communion fut totale et globale. Partout le National Horoya Band de Guinée fut plusieurs fois acclamé et réclamé.

Après un « show-à-tout-casser » au Dahomey, un Horoya Band « New look », nous est revenu. Notre prochain numéro vous le fera connaître.

Un artiste traditionnel

Issu de la grande famille Soron Fo Mamady, Dioubaté de Kankan, Fodé a appris dès son jeune âge les canons tacites de la musique traditionnelle du Manding. Il a joué le balafon, fait du « tama » et gratté la guitare, lorsque sa famille se produisait en spectacle. A l’école, jusqu’au second cycle, il s’est intéressé aux instruments de musique d’importation : harmonica, clarinette, saxophone, trompette et batterie.

Un musicien révolutionnaire

S’il a été employé de commerce, puis maître d’éducation physique, toute son enfance, toute son éducation lui rappelaient d’une manière insistante que son destin d’artiste traditionnel le condamnait à pratiquer de la musique.

Dioubaté, Touraman, Dembakaté ! Des générations de son ascendance chantaient en lui les hymnes immortels composés tout en long de l’histoire des Peuples Ouest-africains. Or en musique, le don prime l’acquis, et si le doué travaille avec passion, il s’impose tout de suite en virtuose. De batteur à Faranah, Fodé s’est retrouvé trompettiste au sein de l’Orchestre fédéral de Dabola.

Un trompettiste au volume précis, aux notes claires et justes, dont le sens de l’improvisation l’a hissé au rang des meilleurs trompettistes guinéens. Trompettiste-chanteur, il est venu en Conakry, et durant son séjour à l’école nationale d’éducation physique et des sports, tous les soirs, il s’est mêlé aux artistes des orchestres nationaux. Tout d’abord, il a appris par cœur le répertoire chanté par Manfila Kanté de « Balladins », puis celui de Manfila de « Keletigui » et ses Tambourinis.

C’est au sein de l’Orchestre fédéral de Kankan que « Petit Fodé » (pour ses intimes) a explosé, s’est imposé pour développer tous les acquis de son talent de musicien.

En effet, c’est en tant que guitariste soliste qu’il a intégré le « Horoya Band », ensuite, cédant la guitare à Balakala, il a formé le fameux duo avec Lansina Kanté ; ce duo qui allait imposer un style original d’animation au sein du « Horoya Band ».

Chanteur-soliste, il a lancé alors les succès que nous connaissons, les chansons d’amour Maninka qui jusqu’aujourd’hui connaisse une vogue inégalée : Takoulata, Soferké, M’ba-la surö, Yarabi-1968, Suro-Baro, Duman, Wèrè-Wèrè, Paya-Paya.

Compositeur-interprète, arrangeur et adapteur de chansons populaires, Petit Fodé au sein de Horya Band a lancé le genre « Rumba de la savane ». Ces chansons légères admirablement équilibrées en parole et en musique, fusaient des lèvres de Petit Fodé avec une aisance époustouflante. Un membre de jury national des festivals, dit de lui, que c’est le chanteur Maninka à la voix adaptée à tous les genres de musique de son terroir. En fait, Petit Fodé est un trait d’union entre l’artiste traditionnel et l’artiste révolutionnaire.

Kankan, un grand centre culturel

A Kankan, les quatre grandes portes (danani) sont largement ouvertes aux points cardinaux de la culture africaine. Ce n’est pas par hasard si le deux août 1968, le responsable suprême de la Révolution y lança la Révolution Culturelle Socialiste.

A Kankan, auprès des grands artistes de « Sididou » (Ensemble Morifindian) de Sorofon – Madila,  et les artistes formant autour de Founissiré Sékou « l’Ensemble Demba Camara », Fodé Dioubaté a appris les grands hymnes qui retracent la vie des Peuples Ouest-africains.

Avec « Tara » d’El Hadj Omar, il a repris « Boloba », l’hymne suprême qui cite le nom des grands chefs africains depuis l’ère médiévale jusqu’à nos jours. Au Palais du Peuple, lorsqu’il entonnait cette grande musique, Fodé était métamorphosé, sa voix enjambait des octaves pour atteindre au paroxysme du pathétique, de l’émotin. En cela, décédé à 39 ans, il avait déjà la stature d’un vieux « Dyélignara » comme on le disait dans les temps anciens, c’est-à-dire un grand artiste du Peuple. A partir de 1967, en trois festivals, Horoya – band est hissé au rang d’orchestre national.

Petit-Fodé, en septembre 1967, septembre 1968, mars 1970, et novembre 1971, a chanté les concerts suivants : « 8e Congrès » Finko, Boloba, Tunyaté, Agression.

En si peu de temps ! Une carrière artistique éblouissante dont la somme est une brillante moisson : Petit-Fodé n’a jamais été un artiste d’une seule formation : en août 1969, il a chanté auprès du regretté Aboubacar Demba Camara au Premier Festival Panafricain d’Alger.

A Tunis en 1973, puis au Festival Mondial de la Jeunesse à Berlin, il a animé au sein de l’orchestre Kélétigui.

UN TRIOMPHE MERITE

A une semaine de la finale du triplé de Hafia-Football Club, nous avons rencontré « Petit-Fodé » qui était en train de composer une chanson à la gloire du Club guinéen, déjà deux fois champions d’Afrique. Deux jours après, Fodé nous a fait écouter trois chansons. A deux, notre choix porta sur l’air qui devint ensuite le grand succès du triplé. Ce tube fut enregistré le Samedi 17 décembre 1977, Fodé était accompagné par une chorale composée de jeunes filles de l’Ensemble Instrumental et Choral de la Voix de la Révolution.

Lorsqu’il fut nommé à la tête de ce grand orchestre traditionnel, il s’attaqua au travail inlassable de composition et d’arrangement. Il améliora le style de prestation de l’Ensemble, disciplina les chansons de la chorale, les mouvements d’ensemble et pas de danse.

Il avait en tête de reprendre les hymnes « Boloba-Tunyale », et surtout « Simba », hymne qu’il a dédie au Responsable Suprême de la Révolution.

Rytmiste, trompettiste, guitariste, compositeur, arrangeur, interprète et animateur, Petit-Fodé a beaucoup donné, il a vécu intensément sa vie d’artiste révolutionnaire. Il a crée des airs sur l’alphabétisation, l’agriculteur, il a magnifié en des accents, si pathétiques sa patrie, la Guinée, son Parti, le PDG et leur guide, le Bien Aimé « Simba » il s’est élevé au rang de ceux des artistes dont le Président Ahmed Sékou Touré fait les éloges en ces termes :

« Grâce à nos griots anonymes, nous avons pu conserver le souvenir de notre passé…

Poètes, compositeurs, chanteurs, sans nom, historiens sans visage, artisans obscurs de notre avenir en tant que dépositaires de nos immenses richesses culturelles, les griots ont fait vivre ce que l’occupation étrangère avait condamné. Sans eux, qui se souviendrait des grandes figures dont le passé de l’Afrique fourmille ?

Fodé Dioubaté repose en paix à la suite d’une production colossale en une vie si brève. Tu avais compris en tant qu’artiste traditionnel, que la décastisation opérée par le PDG te donnant l’égalité et la liberté nécessaires à un révolutionnaire pour produire plus en faveur du Peuple et de sa Révolution.  Ibrahima Khalil Diaré

 

La mort d’un grand artiste

Et le temps passe, insensible aux douleurs des hommes, insoucieux de leurs souffrances comme de leurs altérasses.

Ce mercredi 1er juillet 1981, terrible, la triste nouvelle court toutes les lèvres. Fodé Dioubaté Directeur de l’ensemble instrumental et Choral de la RTG, grand artiste, disparaît en pleine possession de son talent constamment renouvelé par une jeunesse énergétique et radante.

La population plongée dans la stupeur a certainement souhaité secrètement que ce fût là une simple rumeur. Mais hélà, très vite, la cruelle vérité devait s’installer. Et chacun commança à s’interroger sur les sens de la vie et le secret impénétrable de Dieu, le Tout-puissant.

Nul ne pouvait se douter, cet après-midi du mardi 30 juin que lorsque Fodé franchissait le seuil de l’imprimerie nationale « Partrice Lumumba » pour regagner son domicile après une intense séance de répétition avec son ensemble. En effet, c’est au carrefour du cinéma « 8 novembre » que l’accident qui devait le conduire à la mort s’est produit, dans la soirée du mardi 30 juin. Ainsi, à l’aurore de la vie, un jeune artiste populaire s’en va pour ne plus revenir.

Mais peut-on vraiment oublier la mort de ce musicien qui fut au service de son peuple avec foi et abnégation, insufflant à l’entreprise de réhabilitation de nos valeur culturel, l’ardeur du travail bien fait ? Sûrement pas. Et c’est en reconnaissance de tous les efforts accomplis pour ce pays qu’il a tant aimé, que le mercredi 1er juillet dans l’après-midi, le Peuple de Guinée a tenu à lui rendre un hommage ultime.

Au palais du peuple, le chef de l’Etat, le Président Ahmed Sékou Touré et son épouse ainsi que les membres du BPN et du gouvernement se sont inclinés devant la dépouille de l’illustre disparu.

Voilà aussi qui a rassemblé une foule immense non seulement devant l’Esplanade du Souvenir mais aussi au cimetière de Camayenne pour mille et une prière pour le repos de l’âme de Dioubaté.

Ce témoignage de reconnaissance a été également traduit par le camarade Sékou Kaba, membre du Comité central, Commissaire Générl à l’Information, dans l’oraison funèbre qu’il a prononcée.

Sans recherches ni calcul, Fodé avait tissé naturellement autour de lui une toile solide d’amitié dans la franchise, n’ayant jamais su provoquer ni désagrément ni déplaisir. Peu d’artistes jouissent de sa capacité de maîtrise et de sa disponibilité…

Tant de qualités personnelles, alliées sans fard à une aptitude professionnelle éprouvée ont incrusté désormais dans nos cœurs la marque de sa personnalité.

Fodé Dioubaté est mort, entamant à peine son carquois. Son nom briller toujours telle une grosse étoile dans le beau ciel dont rêvent tous les artistes guinéens à jamais soudés à la cause de la Rvolution. Roger Goto Zomou

 

ORAISON FUNEBRE : Prononcée par le camarade Sékou Kaba, membre du cc, Commissaire général à l’information

Camarades cadres et militants

Qui est Fodé Dioubaté ? Il est ici vivant.

Le camarade Fodé Dioubaté est né le 18 mars 1942 à Kankan de Feu Sory Dioubaté et Hadja Fanta Kouyaté.

De 1949 à 1954, il fait ses études primaires à Kankan. Il séjournera en 1961 à Faranah où il travaillera au Comptoir Guinéen du Commerce intérieur. Mais déjà sa vocation artistique était forte. A Faranah donc, il intègre l’Orchestre fédéral en qualité de rythmicien.

Affecté à Dabola en 1962, il change d’instrument et devient trompettiste et chanteur. Sa première apparition publique dans le rôle de chanteur se fera la même année en compagnie du Kébendon-Jazz de Guéckédou passage à Dabola.

Soucieux de sa formation de formation professionnelle, il rejoint Conakry en 1963 pour suivre des études secondaires à l’école nationale des sports.

Il en profite pour jouer les Balladins en 1963 comme guitare-médium, sans pour autant abandonner ses études.

Ses études terminés en 1966, il est muté comme Maître d’Education physique au CER 2e et 3e Cycle Ho-Chi-Minh de Kankan où précisément le Président Ahmed Sékou Touré déclencha la Révolution Culturelle dont il fut un des plus illsutres combattants. C’est au sein du Horoya Band, Orchestre fédéral de Kankan qu’il composera ses premiers grands succès de chanteur soliste Tara, Takulata, Woussè, Koulandja, etc.

La consécration ne tardera pas à venir. Le 7 décembre 1971, le Horoya Band est élevé au rang d’Orhestre National.

Devenu Orchestre National, le Horoya Band composera les plus grands airs épiques de notre Révolution à travers des titres comme Boloba, Tunya, banny, Wara, etc.

Fodé au micro se montrera comme un aède ayant maîtrisé la profondeur du verbe de la savane.

Aretiste militaire, Fodé Dioubaté, était l’incarnation même des préoccupations populaires. C’est ainsi qu’en 1977, les rencontres du Hafia Football Club lui inspireront le Chef-d’œuvre musical qu’on lui doit avec la participation effective de 5 chanteuses de l’ensemble instrumental et choral de RTG.

Artiste ouvert, cultivant l’esprit cllectif dans le travail, Fodé Dioubaté, avant même de devenir Directeur de l’ensemble, avait déjà collaboré avec certains artistes de cet ensemble pour faire le chef-d’œuvre musical connu « Hafia-Club ».

Fodé Dioubaté est nommé Directeur de l’Ensemble Instrumental le 27 janvier 1978, un an après la mort d’un autre géant de la musique africaine, Sory Kandia Kouyaté.

Camarades cadres et militants du Parti-Etat,

Dans la Sourate du « Très Miséricordieux » Souratoul Rahman, nous avons tous lu le verset ci-après : « Il a créé l’homme d’argile comme la poterie ».

Dieu ne voulu pas cependant que le fils d’Adam et d’Eve soit de la pure matière ; il lui donna l’esprit pour avoir les capacités nécessaires afin de participer à la transformation de la société humaine. Cet esprit, Fodé, je l’appelle encore banalement ainsi, n’en fit guère feu d’orgueil. Fodé en fit un instrument décisif de la réhabilitation d’une culture méprisée qui avait pourtant un message à transmettre. Fodé, grâce à ton parti, le parti Démocratique de Guinée, tu as transmis ce message, poussière que tu étais.

Vous camarades présents ici, c’est une occasion pour nous de réaliser que notre vie toujours éphémère doit être consacrée à l’émancipation du peuple. Fodé, cet homme aujourd’hui dans le linceul, ne ménagea aucun effort pour le rayonnement de notre parti, en contribuant activement au développement de la culture africaine.

Qui n’a pas vu un Fodé prestigieux sur le plateau du Palais au point d’un étranger nous souffle à l’oreille : « ce chanteur a une voix difficile à catégoriser ». Nous avons répondu tout simplement : « nous avons les mêmes préoccupations pour ces talents qui jaillissent des profondeurs du Peuple ».

Nous est-il de prier Dieu pour que Fodé soit un habitant du paradis ? Non ! car dans un verset du Saint-Coran, il dit : « Quiconque-Homme ou femme-fait bonnes œuvres… Voilà celui qui entrera au Palais ; et on ne leur manquera pas, fût-ce d’un creux de noyau de date. »

Les bonnes œuvres ? Fodé en fit dès lors qu’il consacra toute sa vie, nous le répétons, à la réhabilitation des valeurs morales et culturelles d’un peuple qui gémit soixante année sous les bottes des ennemis de l’Afrique.

Fodé, si nous n’avions pas un parti comme le PDG, si nous n’avions pas un Leader comme le responsable duprême de la révolution, secrétaire général de notre parti, le Président ahmed Sékou Touré, plusieurs personnes ne seraient pas ici pour te rendre les honneurs de la guerre car la profession que tu pratiquais était considérée comme celle des marginaux, des parias. Hommage donc à notre part-Etat, à notre chef d’Etat, le Responsable suprême de la révolution, le Président Ahmed Sékou Touré, pour avoir organisé et conduit la lutte mettant fin à cette odieuse marginalisation.

Fodé, nous te rendons hommage car tu as mérité et fructifié les résultats de cette lutte.

Fodé que la terre te soit légère !

Prêt pour la révolution.

Poème

Nous sommes vidés

Dans les profondeur de ta mort

Lorsque s’éteint le rossignol

Le bois devient une nuit étrange

Devant les yeux de la vie

Pourquoi Fodé, mon frère

As-tu troqué tes rêves, tes promesses

Contre les mets indigestes des tombeaux

Est ce que ta voix se rallumera

Quand viendra le concert

Des flûtes et des balafonds

Ton souvenir peut-il remplacer

Pour nous les hoquets de la tristesse

Fera-t-il fondre notre douleur

Ou agrandir les pas de ton mérite ?

Je te pose de nombreuses questions

Et dans tes mains, je sens la froideur du marbre

Réponds-moi mon ami 

Ne dors pas, ne dors pas…

Lève-toi avec le refrain

De ton hymne à Hafia-Club

« Ça va là-bas ! ça va là-bas !

Alu balon tanna lu, ça va

Ça va là-bas !… »

Les artistes s’éteignent-ils à l’image

D’une lampe solide dans la nuit

Pourquoi alors as-tu quitté la Ronde

Et pourquoi à présent nous souris-tu

En pêchant de tes yeux le plafond du ciel

Comment peut-tu me répondre

Comment ? Comment parle comme hier

Lorsque nous nous disions de bonnes choses

Utiles aux entrailles de la Partie

Mais tien ! pardonne nos rigoles de soupirs

Et tel un prince tu te lèveras

Pour chanter, toujours chanter

La splendeur de la liberté au nom de la vie

La gloire est ton autel toujours fleuri

Au rendez-vous de tous les grands immortels.

Roger Goto Zomou

Conakry, le 1er juillet 1981

 

HADJA MAMA KANTE, la Voix de Feu

Un festival. Une salle. Une scène…

Une femme forte qui fait fulminer une foule frénétique. Ses gestes, ses moues félines, sa voix éclatée, sa danse dégagées et ses paroles profondes créent sur le public un immense champ magnétique. De fous rires en beaux cris, de silence saisissants en applaudissement incessant, tout clame l’extase, tout explore sous la magie sonore de la chateuse-animatrice.

Quelq’un dans le public délire : «Mama Kanté, c’est trop fort ! Bravo ! Bravo ! Bis ! Mama Kante!

Mama Kanté c’est le nom de cette charismatique cantatrice dont la corpulence en ajoute à sa présene. Son visage de lionne alanguie ou de tigresse rageuse qu’encadre une crinière de tresses rastas fait sourire ou frémir ses fans qui vibrent au rythme de ses lèvrens, enflammées. Et c’est toujours ainsi quand cette femme se produit. Toujours. Voilà les séquences visuelles qui envahissent mon esprit et frétillent dans ma mémoire à l’annonce de la mort de Mama Kanté aux Lieu-Saints de Makka où elle devait accomplir son devoir religieux du « Hadj ».

Mama est donc restée à Makka, foudroyé par une mort subite en cette après-midi du 12 septembre 1982. c’est une perte sensible pour le peuple et tous ceux qui l’ont connue par son œuvre de taille.

Si c’est un topique que d’affirmer les origines populaires d’un artiste africaine, cependant, pour Mama Kanté, l’assertion prend des dimensions nouvelles car cette femme est issue de la grande famille des kanté de Kissougou, un véritable réservoir de célèbres artistes guinéens défunts ouvivants.

Citons en au passage quelques uns :

-      Les regrettés chanteurs guitaristes Facély kanté, et Diarra Kanté ;

-      Djomba Kanté, Directeur de l’ensemble instrumental et choral de Kissidougou ;

-      Manfila Kanté, chanteur des Balladins ;

-      Djélaye kanté, guitare solo du Niandan-Jazz.

Sékou Kanté, chanteur du Niandan-Jazz et la vedette international Mory Kanté, etc.

Sur cette liste désormais figurera en encadré à côté des défunts l’impétueuse Mama Kanté.

Une identité remarquable

Mama naît en 1936 à Kissidougou de Djéli Fodé Kanté, compositeur génial et de Djésira Diabaté, compagne inspirée du maîtrez du balafon. En cette période d’entre deux-guerres, les hommes naissaient avec des tempéraments de feu, raconte l’anecdote qui aurait les snetiers de nos ville, alors. En tous cas, pétulante comme nous l’avons connue, Mama Kanté ne pouvaiut infirmer cette anecdote.

Dans la société traditionelle mandingue, la vie de l’artiste est souvent toute tracée. Il appartient alors à l’individu par son métier d’être plus qu’une personne, une personnalité. C’est ce que voulût Mama Kanté.

Ses premiers pas dans le monde de la musique sont guidés par son père, son cousin Yomba Kanté et sa tante Soba, tous deux émérites compositeurs, sa mère, en intelligence égérie, préfère l’intimité anonyme dans ce qu’elle apporte. Quelques chants frédonnés avec les imperfections de l’âge, des pas esquissés avec bonheur au milieu du cercle de famille réjoui, ainsi va la vie pour Mama durant ces premières années de son enfance.

A partir de 1943, un autre sousin, phénomène guitariste traditionnel Sékou, va prendre Mama en main. Il attise en elle la passion de la musique aux sons de son instrument maîtrisé. Il sera pour elle une vraie parlée dans la vocation naissante. Quand jouait le grand cousin spontanément, Mama s’emportait et dansait toujours. Ses amis se souviennent de cet air populaire qu’elle affectionnait particulièrement : Nanfoulen. Comme elle savait déjà trépigner, la petite Mama ! Comme elle était leste ! Ces qualités essentielles lui sont restées, se sont multipliées et se sont enrichies au fil des années d’expérience. Ecoutant attentivement les aînés, elle découvre la sagesse de la littérature orale. Les contes, proverbes, légende épiques, les chapelets de litanies généalogiques lui ouvrent les portes de la société et celle de l’histoire.

Mais en 1946, son cousin Sékou Kanté la quitte malheureusement pour Dakar où vivait désormais sa mère Soba, remariée à Diaraba kouyaté. La séparation est déchirante pour Mama ; elle pleure de ses larmes innocentes de dix ans.

La famille la console et la réconforte. Les frères Djélaye et Sékou Kanté lui promettent assistance assidue. Ensemble, ils aimeront les fêtes populaires de leurs chansons grivoises. Ils deviennent ainsi le miroir de poche des jeunes de Kissidougou. Le miroir qui ne met pas et dont les reflets montrent avec vitalité la fougue d’une jeunesse enracinée dans la tradition africaine. Sous l’œil vigilant et complice du père, les jeunes s’activent avec bonheur dans les cérémonies de mariages, de baptêmes, etc.

S’associant au passage à d’autres groupes de jeunes, les enfants Kanté élaborent ainsi dans les élans improvisés, la tessiture musicale qui fit éclore la voix de Mama.

En 1951, Mama se marie à Kankou Fodé Kouyaté, virtuose du balafon et alors d’aventure. Son mari appartenait, disait-on, à l’espèce des « oiseau migrateurs ».

Pendant 4ans, ils vont en tournée à travers l’Afrique occidentale : Côte d’Ivoire, Haute Volta, Libéria et Sierra Léone sont tour à tour sillonnés par ce couple de musiciens incendiaires. Mama, angélique ou démoniaque à souhait, Kankou Fodé balafoniste exhibitionniste, faisaient accourir des foules nombreuses et généreuses. Leurs amis témoignent qu’ils vont s’acheter avec les différents dons de retour en Guinée deux camions d’occasion T55-Incroyable peut-être, mais vrai. C’est au cours de cette tournée africaine que Mama deviendra mère pour la première foi en 1953 à Divo en Côte d’Ivoire. Le couple appellera Mamdy, ce charmant garçon. Mama aura par la suite 11 maternités, malheureusement quatre seulement survivront : Mamady, Mamoudou, Djéli Fodé et Aly.

La création de l’ensemble instrument et choral de la radiodiffusion nationale en 1960 constitue l’élément capital de la vie artistique de Mama Kanté, car c’est à l’image de ce laboratoire de la tradition musicale de notre pays que vont naître d’autres ensemble dans toutes les régions avec en tête de liste Kissidougou, son patelin natal.

Chosie en 1962 comme vedette de l’ensemble naissant, Mama par ses vocalises personnalisées, sa gestuelle stylisée devient incontestablement une identité remarquable.

Le texte de ses chants par contribution collective gagnent en vigueur patriotique. Elle débarque ainsi en 1963 à Conakry pour le 2e Festival Artistique avec l’Ensemble instrumental et Choral de Kissidougou, dans leur escarcelle culturelle un titre gorgé d’africanisme : « OUA ».

La conscience nationale vocalisée

Progressivement, Mama Kanté sortira sa province de sa léthargie culturelle comparée à sa voisine, la ville de Gueckédou. En 1966, avec « Sabougnouma » et « Dia 66 », le nickel de la voix la grande Dame de Kissi rutile sur les cœurs des mélomanes guinéens et africains. Elle est décorée de la médaille d’Honneur du travail. Mais, c’est vraiment au Festival artistique et culturel du 9 au 27 mars 1970 que la personnalité de Mama éclabousse le tout-Conakry. Elle ouvrage un nouveau « DIA », « DIA70 » qui provoque chez le critique Ibrahima kalil Diaré une irrésistible tentation de comparaison : « Mama Kanté, écrit-il, c’est la Mahalia Jackson de Guinée ». Cet homage, car c’en est un, de la plume de ce vert critique que qui n’affectionne point les étiquettes ou labels de célébrité collés au dos d’artistes qui veulent être eux-mêmes, est bien étonnant et suffisamment révélateur.

Mama Kanté, c’est la révélation du Festival 70. Volcan en action. Elle fait érruption au Palais du peuple de Conakry, et les laves incandescentes de sa voix purifient les cœurs en détresse. Elle déplie avec un rare bonheur son puissant registre vocal. Elle est en pleine possession de toutes les ficelles des chantres traditionnels mandingues : clartés de l’expression, densité des textes, beauté gestuelle.

Pour plaire et satisfaire son auditoire, Mama Kanté n’eut point besoin de beauté, elle avait un visage dont la plasticité savait épouser un charme souverain. Mais, c’est à partir de l’odieuse agression impérialo-portugain de novembre 1970 que Mama Kanté va symboliser « la conscience nationale vocalisée ». Ses chants vont implacablement fustiger la trahison et exhorter à la lutte glorieuse contre les felons. « Simika », « 22 novembre », « Honte à l’impérialisme », « Mandjou » sont parmi les plus populaires de son répertoire.

Elle règne littéralement à son insu peut être ou avec la complicité de ses coéquipiers sur l’ensemble de Kissidougou. Les arrangements musicaux lui laissent la bride au cou. Soutenue par une flûte pastorale, elle joue le coryphée dialoguant avec un cœur constamment sollicité. Elle apparaît comme une almée con sommée au milieu de balafons, koras, tam-tam et konis déchaînés. A ce rythme, l’ensemble de Kissidougou devient un habitué de la première place au Festival et Mama Kanté une véritable attraction. Et quand Mama fuguait pour s’occuper de sa riziculture, (eh, oui ! Joignant la voix aux bras, notre Mama nationale possédait des hectares qu’elle exploitait régulièrement. Comme vous le devinez, elle ne se nourrissait pas de son art, elle nourrisait son art !), l’ensemble de Kissidougou, même s’il offrait de plus belles voix et de plus belles femmes n’avait point le même crédit.

Le repos mérité

Mama n’appartenait pas vraiment à l’ensemble de Kissidougou, elle était au Peuple tout entier comme tous ces grands artistes qui l’ont précédée dans l’au-delà : Bakary Cissoko, Diara Kanté, Facély Kanté, Demba Camara, Sory Kandia Kouyaté, Petit Fodé Dioubaté, etc. Tous ceux-là qu’elle a chanté dans ce qu’il fut appeler le « testament de Mama » sublime composition baignée de passion et de respect ému.

Cette femme pensait souvent à la mort. Elle ne lui faisait pas peur, me confie un de ses cousins, sans la rechercher quand même, elle croyait en fervente musulmane que ce doit être une sorte de délivrance signée par la volonté divine. Mama est ainsi restée à Makka, aux Lieux-Saints de l’Isalam. Mon prémonitoire parce que mourir à Makka en Pélérinage, pour Mama, la musulmane, c’est comme ouvrir les portes de la vie Eternelle dans le repos mérité du Dieu Vrai. Justin Morel Junior,  10 au 16 octobre 1982

 

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